Vendredi, Pierre Karl Péladeau s'est rendu à l'Assemblée nationale afin de féliciter les journalistes du bureau d'enquête de Québecor pour leurs reportages concernant Jean Charest et Marc Bibeau.

Le retour de PKP

CHRONIQUE / Pierre Karl Péladeau a rendu visite à ses journalistes à l'Assemblée nationale, jeudi. Il les a félicités pour les reportages de cette semaine sur l'enquête de l'UPAC concernant Jean Charest et Marc Bibeau. Il l'avait déjà fait sur son compte Twitter.
Cette visite, de la part d'un grand patron de presse qui a toujours nié s'ingérer dans le travail de ses médias, a scandalisé les libéraux et mis ses journalistes mal à l'aise.
M. Péladeau a quitté la politique, mais la politique ne l'a pas quitté. Le 30 mars dernier, il a mis en ligne la photo d'une présentation du sondeur Jean-Marc Léger devant l'équipe des chroniqueurs de Québecor. Le «Code Québec... or», présenté par M. Léger, propose notamment un journalisme «anti-système, anti-élite, anti-autorité, anti-mensonge et anti-américain».
Joint au téléphone, M. Léger a expliqué que les baby-boomers diminuent, et que la génération des «milléniaux», nés entre 1982 et 2000 et accro aux médias sociaux, n'accepte pas les valeurs établies et s'attend à un ton beaucoup plus agressif de la part des médias.
André Arthur serait né trop tôt...
Cette politique «anti-tout» que Pierre Karl Péladeau semble vouloir instaurer dans ses entreprises de presse inquiète le gouvernement Couillard et interpelle les journalistes. C'est le sujet de discussion le plus animé dans les corridors de la Tribune de la presse : «PKP est plus dangereux pour le gouvernement comme chef de Québecor que comme chef du PQ», m'a lancé un collègue d'un autre média.
La création récente d'un bureau d'enquête par Québecor à Québec et les événements de cette semaine ne sont pas de nature à rassurer les libéraux. PKP n'a pas fait ça pour enquêter sur Québec solidaire... Leur inquiétude est d'autant plus fondée que les fuites policières sur l'enquête de l'UPAC concernant Jean Charest ont créé une véritable tempête politique. 
Pour le chef du PQ, Jean-François Lisée, ces fuites sont le résultat de la frustration des policiers. «Pourquoi pensez-vous que pendant toutes ces années, des journalistes ont des informations comme hier», a déclaré le chef du PQ. «C'est généralement parce que les enquêteurs sont mécontents du fait que, malgré leur travail d'enquête, il n'y a pas d'accusations de déposées».
Si cette hypothèse est fondée, cela signifie qu'à défaut d'obtenir des mises en accusation, les policiers se font justice et passent maintenant par les médias de Québecor après avoir utilisé la filière de l'émission Enquête de Radio-Canada... 
Ce scénario est troublant. C'est au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qu'il appartient de déterminer si les enquêtes policières ont fait la preuve de gestes illégaux. La directrice du DPCP, Me Annick Murphy, a lancé un cri d'alarme jeudi en commission parlementaire. Elle a fait valoir que les allégations d'ingérence politique, comme celles lancées par le patron du syndicat des policiers de Montréal, Yves Francoeur, mettent en péril la crédibilité d'institutions créées justement pour garantir l'indépendance de notre système judiciaire.
Tous les partis politiques ont admis avoir profité du financement illicite et ils ont remboursé les contributions fautives au Directeur général des élections. Le PLQ a versé 640 000 $, le PQ a retourné 230 000 $ et conteste une autre réclamation de 159 000 $, tandis que la CAQ a versé 35 450 $. Ce que les documents coulés à Québecor nous apprennent, c'est que l'enquête des policiers sur Jean Charest est allée très loin. Compte tenu de l'ampleur de cette enquête, personne ne peut mettre en doute la liberté d'action de l'UPAC. Mais entre un débat partisan sur le sujet et un débat sur les institutions, c'est le premier qui fait le plus de bruit.