Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, a indiqué que ce surplus de 2,5 milliards $ reflète la «bonne performance de l'économie du Québec depuis le début de l'année».

Le porteur de bonnes nouvelles

CHRONIQUE / Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a repris le bâton du pèlerin jeudi, pour aller «vendre» le Québec aux investisseurs internationaux et rencontrer les milieux économiques. Et cette fois, il aura une très bonne nouvelle à leur donner, celle de la hausse de la cote de crédit du Québec par Standard & Poor's, et un coussin de 4,7 milliards $ au 31 mars dernier, pour parer aux imprévus.
Les nouvelles économiques ne font pas souvent les manchettes, sauf lorsqu'elles sont négatives pour les finances d'un État ou d'un pays. La crise grecque nous en a donné un bon exemple. Quand un gouvernement frôle la faillite, il doit payer plus cher pour financer ses emprunts.
Dans son communiqué de presse annonçant la décision de Standard & Poor's, le ministère des Finances a fait valoir que cette nouvelle «devrait se traduire par une augmentation du bassin d'investisseurs susceptibles d'acheter les obligations émises sur les marchés financiers par le Québec». Dis comme ça, la nouvelle ne change pas le sort du monde. Mais si c'est une décote que Standard & Poor's avait annoncée, la nouvelle aurait fait les manchettes. Parce qu'avec une dette nette de 186 milliards $ et un service de la dette de 9,8  milliards $, le Québec n'a pas les moyens d'une baisse de sa cote de crédit entraînant une hausse de ses frais d'emprunt.
Même si le Québec a atteint l'équilibre budgétaire, il doit continuer d'emprunter pour ses immobilisations, comme on le fait pour l'achat d'une maison. L'investissement de 1 milliard $US dans la CSeries de Bombardier aurait été impossible sans les emprunts du gouvernement sur les marchés. On a beau dire que l'État est propriétaire d'un actif en retour de son investissement, soit 49 % des actions de la CSeries, il lui faut quand même financer sa participation à l'avion de Bombardier. D'où l'importance de présenter une cote de crédit solide aux investisseurs. C'est ce que fera Carlos Leitão en Europe. Sa tournée d'une semaine l'amènera à Bruxelles, Paris, Zurich, Francfort, Amsterdam et Londres.
Ce genre de tournée d'un ministre des Finances n'est pas une opération de vente d'obligations. Ce sont les grandes banques, partenaires du gouvernement, qui font ce travail. Ce sont donc les banques qui organisent les rencontres du ministre avec les gestionnaires des grands fonds de pension ou institutions de ce genre, qui décident des investissements à venir. La présentation du ministre devant ces groupes vise à faire valoir la solidité de l'économie du Québec et les perspectives d'avenir.
Ils ont été nombreux, au cours des derniers mois, à déclarer que même si l'équilibre budgétaire est une bonne nouvelle, le gouvernement a été trop rapide dans ses politiques d'austérité. Et qu'il aurait atteint le même objectif sans couper dans les services à la population. Ce raisonnement ne tient pas compte des contraintes de la vie politique en démocratie. D'une part, personne ne pouvait prévoir, en 2014, que l'économie serait aussi favorable. Il aurait été imprudent de poursuivre dans les dépenses sans tenir compte de la possibilité d'une autre récession. C'est quand l'économie va bien que les gouvernements sont en mesure de revenir à l'équilibre budgétaire, pas quand ça va mal.
D'autre part, c'est dans la première moitié de leurs mandats que les gouvernements sont capables de réduire les dépenses, pas à l'approche des élections. On peut faire preuve d'angélisme et prôner des politiques totalement indépendantes du processus électoral, mais ce n'est pas ainsi que ça se passe dans la vraie vie. Si la cote de crédit du Québec est meilleure aujourd'hui que celle de l'Ontario, c'est parce que le gouvernement a agi au bon moment.