Gertrude Bourdon

Le Jour G comme dans Gertrude et Geneviève

CHRONIQUE / Confidence… J’ai failli appeler cette chronique «Le point G», tellement les libéraux ont manifesté leur plaisir, pour ne pas dire leur jouissance, à l’annonce de la venue de Gertrude Bourdon dans leurs rangs. Heureusement, mes collègues m’ont incité à une petite retenue.

Mais plus sérieusement, la journée du déclenchement des élections, qui est généralement celle du gouvernement, aura été celle de Mme Bourdon. La moitié des questions à la conférence de presse du premier ministre ont porté sur les circonstances entourant la décision de la patronne du Centre hospitalier universitaire de Québec d’aller chez les libéraux et de refuser l’invitation de François Legault.

Normalement, Philippe Couillard n’aurait pas apprécié voir son lancement de campagne passer dans l’ombre d’une simple candidature dans une circonscription. Mais pas cette fois. Parce que faire de la politique, c’est souvent comme jouer aux échecs, prévoir les coups de son adversaire et le prendre en défaut. Or dans ce cas, les libéraux savaient que François Legault passerait une bonne partie de sa campagne à mettre les Québécois en garde contre un autre mandat sous Gaétan Barrette à la Santé. La CAQ avait même diffusé un sondage alléguant que 81 % des répondants souhaitaient un nouveau ministre de la Santé. François Legault avait mis Philippe Couillard au défi de s’engager à ce que le docteur Barrette n’ait pas la responsabilité de ce ministère à l’avenir. L’arrivée de Gertrude Bourdon au PLQ lui enlève cette carte maîtresse. Elle permet aux libéraux de laisser entendre que c’est Mme Bourdon qui dirigera la Santé sous un prochain gouvernement libéral. Gaétan Barrette ne s’en offusquera pas, parce qu’il a contribué personnellement à la convaincre de venir au PLQ. Les libéraux savent aussi que M. Legault pourra difficilement critiquer Mme Bourdon puisqu’il lui a personnellement offert le ministère de la Santé pour tenter de l’attirer à la CAQ.

L’arrivée de Gertrude Bourdon au PLQ est tellement importante pour Philippe Couillard que son autobus de campagne, qui a pris la route de la Mauricie jeudi, est de retour à Québec ce vendredi matin pour participer à l’annonce officielle.

Le chef de la Coalition avenir Québec a également eu son jour G, en lançant sa campagne chez Geneviève Guilbault, dans l’ancien comté de Sam Hamad. «Si on a choisi de lancer la campagne dans Louis-Hébert, avec Geneviève Guilbault, c’est parce que c’est un peu ici que le vent de changement a commencé l’automne dernier dans la partielle du 2 octobre», a déclaré M. Legault.

Le chef de la CAQ a raison sur ce point. Les libéraux admettent d’ailleurs qu’ils ont erré à l’occasion de cette partielle. Ils y avaient présenté l’ancienne adjointe de Sam Hamad, Ihssane El Ghernati, au lieu d’accueillir Svetlana Solomykina, une militante libérale qui avait manifesté son intérêt pour cette circonscription. Mme Solomykina s’est donc tournée du côté de la CAQ, qui lui a ouvert les bras dans Taschereau, le comté d’Agnès Maltais.

Sans grande surprise, c’est en Montérégie, territoire plus favorable au PQ, que Jean-François Lisée a mené sa campagne jeudi. Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois ont également lancé la leur en terrain plus solide, soit dans l’est de Montréal. J’aurai l’occasion de vous en parler plus longuement : la campagne ne fait que débuter.