Comme dans le cas de Gerry Sklavounos, l'enquête policière n'a pas permis de recueillir des éléments de preuve suffisamment solides pour convaincre le DPCP que Pierre Paradis a commis un crime.

Le cas de Pierre Paradis

CHRONIQUE / Sans grande surprise, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a annoncé qu'il ne portera pas d'accusation contre le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis. Je dis «sans grande surprise», parce qu'il y a une marge énorme entre une dénonciation comme celle dont M. Paradis avait fait l'objet, et une mise en accusation.
Tout comme dans le cas de Gerry Sklavounos, l'enquête policière n'a pas permis de recueillir des éléments de preuve suffisamment solides pour convaincre le DPCP qu'un crime avait été commis et qu'il y avait matière à porter des accusations devant un tribunal.
Il y a toutefois une nuance importante dans les explications données par la DPCP : dans le cas de Sklavounos, l'organisme a conclut «qu'aucun acte criminel n'a été commis». Dans le cas de Pierre Paradis, l'organisme explique qu'il «n'est pas raisonnablement convaincu de pouvoir établir la culpabilité de cette personne». La nuance est importante parce qu'elle laisse planer un doute sur le comportement de l'ex-ministre.
Mais peu importe cette nuance, la carrière des deux hommes est compromise. La vie politique a des exigences beaucoup plus large que le simple respect de la loi. Elle commande des comportements exemplaires. Au fil des ans, la vie personnelle des politiciens a été de plus en plus scrutée à la loupe. On n'accepte plus les beuveries et les comportements irrespectueux qui étaient tolérés à une autre époque. Sans devoir se comporter comme des curés, les politiciens doivent agir avec dignité et respect.
C'est à ce test que M Paradis sera soumis d'ici l'automne s'il désire réintégrer le caucus du Parti libéral. À Ottawa, en 2015, le premier ministre Justin Trudeau a exclu définitivement de son caucus les députés Massimo Pacetti et Scott Andrews à cause d'allégations de harcèlement sexuel sur deux députées du NPD. Pourtant, les deux hommes avaient nié avoir eu un comportement répréhensible, et ils n'avaient pas fait l'objet d'accusations au criminel.
Que fera Philippe Couillard avec M. Paradis et éventuellement avec Gerry Sklavounos? La décision serait plus facile à prendre si les deux hommes annonçaient qu'ils ne seront pas candidats aux prochaines élections. Ce sera peut-être le cas pour Pierre Paradis qui est en fin de carrière après 27 ans en politique... à moins qu'il ne veuille laver son honneur en briguant les suffrages à nouveau, ou à tout le moins en réintégrant le caucus de son parti. On ignore encore ses intentions. Le député est encore en convalescence et il ne fera pas de commentaires pour le moment.
Le cas de Sklavounos est différent : âgé de 42 ans, il n'a été élu député qu'en 2007. On peut croire qu'il aimerait obtenir l'investiture du PLQ en vue des prochaines élections. Mais le caucus libéral a déjà tranché : même si le DPCP a conclut qu'il n'avait commis aucun crime, son comportement avec le personnel féminin de l'Assemblée nationale a convaincu les libéraux qu'il valait mieux le tenir à distance.
La publication des motifs entourant la décision du DPCP est une pratique relativement nouvelle. En décembre 2015, l'organisme a annoncé l'adoption de lignes directrices autorisant et encadrant la publication de ses motifs lorsqu'il n'y a pas d'accusation. Il veut ainsi protéger la vie privée et la réputation des victimes et des personnes qui font l'objet d'une enquête. Mais il désire aussi «préserver la confiance de la population envers l'administration de la justice et l'institution du DPCP».
C'est une décision très sage dans le monde fou des médias sociaux, où de simples allégations font de vous un coupable à vie, sans autre forme de procès.