Le prochain budget que présentera le ministre des Finances Carlos Leitão (à droite) prévoit cinq ans d'équilibre budgétaire, a annoncé samedi le premier ministre Philippe Couillard.

Le budget de «l'espoir retrouvé»

CHRONIQUE / On s'attendait à de l'optimisme en vue du prochain budget du Québec, mais pas à l'annonce de cinq ans d'équilibre budgétaire par la suite. La nouvelle est venue samedi du premier ministre Couillard, qui a mis les Québécois en garde contre les alternatives comme la CAQ ou le PQ. «Ce n'est pas le temps de confier le Québec à des bricoleurs.»
Les libéraux ont raison de se féliciter du retour à l'équilibre budgétaire. Quand on regarde ce qui se passe en Alberta, qui annonce un déficit de 10 milliards $, ou quand on se compare à l'Ontario, qui s'enfonce dans le rouge, on se console un peu des sacrifices consentis.
Mais ce dont il faut se méfier, c'est de voir le gouvernement se lancer dans des dépenses récurrentes en prévision des prochaines élections. Parce que les prédictions d'équilibre budgétaire sur cinq ans, il faut prendre ça avec un gros grain de sel. Le Québec est très endetté, il n'est pas à l'abri d'une récession, et ses vaches à lait comme Hydro-Québec, Loto-Québec et la Société des alcools n'offrent plus d'aussi bonnes perspectives de croissance. 
Prenons Hydro-Québec, par exemple. On la croyait inépuisable, mais elle ne l'est pas. Lors de la présentation de son budget 2016-2017, le ministre Carlos Leitão attendait 2,6 milliards $ de revenus de la société d'État. Dans sa mise à jour d'octobre dernier, il a soustrait 375 millions $ de sa projection.
Dans son même budget de 2016-2017, le ministre anticipait des revenus de 2,7 milliards $ d'Hydro pour l'année 2017-2018. Sa mise à jour d'octobre ne prévoit plus que 2,250 milliards $, une diminution de 450 millions $! La baisse anticipée des revenus survient en dépit de l'indexation du prix de l'électricité patrimoniale. Cette majoration a rapporté 98 millions $ en 2015-2016, et atteindra 210 millions $ dans la prochaine année fiscale. 
La consommation totale d'électricité des Québécois est d'environ 170 térawattheures(TWh) depuis 2007, «et on sait que notre demande risque de baisser dans les prochaines années» confiait récemment le président d'Hydro-Québec, Éric Martel, en entrevue au Soleil. C'est dorénavant dans la vente accrue d'électricité aux États-Unis et dans l'achat d'entreprises de production ailleurs dans le monde que notre «vache à lait» collective devra faire des avancées. 
Du coté de l'Ontario, les lignes existantes permettraient d'augmenter substantiellement les ventes d'électricité. Du coté des États-Unis, les lignes sont pleinement utilisées. La société d'État mise beaucoup sur un appel d'offre du Massachussetts pour l'achat de 9,45 TWh. Son projet de ligne Québec-New-Hampshire répondrait à un tel contrat, et il vient de recevoir une approbation du BAPE, conditionnelle à quelques exigences. Hydro a également des projets de lignes vers le Vermont et l'État de New York.
Si les États de la Nouvelle-Angleterre continueront de miser sur notre hydroélectricité, ceux du sud qui comptent sur l'énergie solaire ou éolienne pourraient quand même avoir besoin d'Hydro-Québec. «Un des grands enjeux sur la planète, c'est d'être capable de stocker de l'énergie, explique Éric Martel. Quand on pense à la Californie ou à l'Allemagne, qui ont beaucoup d'énergie solaire et d'éolien, leur défi est d'avoir de l'énergie quand il ne vente pas ou qu'il ne fait pas soleil. Alors les batteries deviennent intéressantes. Or nos batteries [développées par l'Institut de recherche d'Hydro-Québec] ont été faites pour accumuler de grandes quantités d'énergie et pour faire plusieurs charges et décharges. C'est une batterie extrêmement sécuritaire.»
Intéressant tout ça, mais ce n'est pas là qu'on ira chercher de nouveaux revenus pour le budget de «l'espoir retrouvé». La prudence est donc de mise.