Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, a conclu une entente avec le gouvernement Trudeau pendant que les autres provinces discutaient d'un renouvellement des transferts fédéraux en santé.

La trahison de Brian Gallant

CHRONIQUE / Pendant que les ministres de la Santé et des Finances des provinces discutaient du renouvellement des transferts fédéraux en santé avec leurs homologues fédéraux à Ottawa, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, concluait une entente secrète sur le sujet avec le gouvernement Trudeau. Son comportement équivaut à rien de moins qu'une trahison à l'endroit du Conseil de la fédération qui regroupe toutes les provinces et les territoires du pays.
Moins de 24 heures après l'annonce de l'échec des discussions des provinces avec le gouvernement fédéral, M. Gallant annonçait son deal avec Ottawa. Ses homologues des autres provinces avaient déjà compris de leurs discussions de la veille, au téléphone, que le Nouveau-Brunswick les avait laissés tomber avant même le début des négociations.
En conférence de presse, le lendemain, Brian Gallant a expliqué la nature de son entente bilatérale avec le fédéral. Le gouvernement canadien lui a promis que si les autres provinces devaient un jour obtenir des avantages supplémentaires, le Nouveau-Brunswick en profiterait également. 
La stratégie est habile, mais elle n'excuse pas l'attitude de M. Gallant. Il n'a pas joué franc-jeu avec ses homologues. Au cours de sa conférence de presse, il a reproché au Québec et notamment au ministre Gaétan Barrette, d'avoir critiqué ses tractations secrètes avec Ottawa. Il a fait valoir que si une autre province s'ingérait dans les affaires du Québec, M. Barrette serait le premier à s'en offusquer. C'est vrai, sauf que ce n'est pas le Québec seul qui est en cause ici. C'est le partenariat de toutes les provinces canadiennes regroupées au sein du Conseil de la fédération. On ne peut pas être membre à part entière de ce conseil et lui jouer secrètement dans le dos.
Quant aux reproches adressés au Québec, on comprend mal ce que M. Gallant compte gagner en dénigrant ainsi sa province voisine. D'une part, le gouvernement québécois n'a pas été seul à dénoncer sa décision. D'autre part, imaginez la réception qui l'attend, au sein du cabinet de Philippe Couillard, lorsqu'il plaidera la nécessité de permettre au pipeline de TransCanada de traverser le territoire québécois pour se rendre jusqu'au Nouveau-Brunswick. 
M. Gallant a été habilement manipulé par le gouvernement Trudeau. Sa province éprouve des difficultés budgétaires sérieuses, et il a été appâté par l'argent du fédéral. Après avoir réussi une percée dans le front commun des provinces, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, s'est empressé de vendre son offre ailleurs. Il a eu gain de cause à Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse, mais aucune autre province n'a accepté de manger dans sa main. Elles le lui ont fait savoir la semaine dernière, en signant une lettre rappelant Ottawa à ses obligations. «L'offre qui est faite réduirait de 23 % à 20 %, pendant la durée de l'entente proposée, le pourcentage de la contribution fédérale aux dépenses de santé provinciales et territoriales» ont fait valoir les signataires.
Coïncidence, si vous y croyez... le ministère fédéral des Finances a dévoilé, juste avant Noël, un rapport prévoyant des décennies de lourds déficits jusqu'en 2050 pour le gouvernement central. Il n'y a pas de telles coïncidences en politique et ce n'est pas sérieux de faire des projections sur trois décennies. Il est évident que le ministre Bill Morneau utilisera cet argumentaire pour résister aux demandes des provinces. Mais son propre rapport base justement ses conclusions sur les dépenses accrues en santé, à cause du vieillissement de la population canadienne. Or ce sont les provinces qui assument ces coûts. Raison de plus pour ne pas leur couper les vivres.