Le 1er juillet prochain marquera l'entrée en vigueur de la légalisation du cannabis au Canada.

La mari et l'intérêt public

CHRONIQUE / «Le 1er juillet au Canada sera la fête du cannabis» a lancé Jean-François Lisée, mardi, en faisant état de l'obligation faite aux provinces de se préparer à l'entrée en vigueur de la légalisation du cannabis. C'était un mot d'humour, mais qui renvoie tout de même au grand débat sur les mesures à prendre pour accueillir cette décision.
D'entrée de jeu, un premier constat s'impose: s'il est un sujet sur lequel nos élus doivent éviter les querelles partisanes, c'est celui-là. Les enjeux pour la santé et la sécurité publique sont énormes, les délais sont trop courts, et la nouvelle politique fédérale sera en vigueur avant les prochaines élections générales au Québec.
Nous devrons donc vivre avec ses conséquences dès l'été prochain. D'où la nécessité de s'y préparer de façon responsable, sans débats stériles, et d'arriver avec une position qui fait consensus, tout comme sur le droit de mourir dans la dignité. 
La décision du gouvernement du Québec n'est pas encore connue, mais les positions énoncées depuis une semaine par la Coalition avenir Québec et le Parti québécois comportent trop de similitudes pour nous condamner à un débat partisan sur le sujet. Tout le monde s'entend pour dire que c'est l'État, par le biais d'une filiale de la SAQ, qui devrait s'occuper de la vente de la mari. Les deux partis estiment également que tous les revenus de taxation de ce nouveau commerce doivent revenir aux provinces qui vont en subir les conséquences et assumer les coûts. 
Là où il y a divergence, c'est sur l'approche : la CAQ dit adopter «la ligne dure» et propose que ce commerce soit soumis à des restrictions sévères. L'âge légal pour acheter du pot serait 21 ans et non pas 18 ans comme le suggère le PQ. Il serait interdit de consommer au travail, dans l'auto, les transports en commun et dans tous les lieux publics, parcs, trottoirs et autres places publiques. Bref, partout sauf chez soi, a demandé un journaliste? Même pas, puisque les propriétaires d'édifices à appartements et les associations de condominiums pourraient y interdire la production et la consommation à des fins personnelles. 
Le PQ est plus permissif. Il fait valoir que si on interdit tout, les gens continueront de s'approvisionner auprès du crime organisé. Les péquistes s'intéressent davantage à la production, à la distribution et aux revenus. Ils font valoir que le pot consommé au Québec devrait être produit chez nous, préférablement dans les régions, avec retour d'une partie des profits aux municipalités.
Il faudrait des pages pour énumérer toutes les préoccupations soulevées avec raison par nos élus, les experts et la société civile dans ce dossier. Mais ce qui en ressort, c'est qu'il faudra se brancher avant le 1er juillet 2018, et que l'intérêt public commande un consensus. Cela est d'autant plus souhaitable et possible que les critiques du PQ et de la CAQ, Sylvain Pagé et Simon Jolin-Barrette, sont des députés intelligents et généralement raisonnables. Il me semble qu'il y a là des circonstances favorables au compromis, même en année électorale. 
Le même intérêt public commande par ailleurs que les provinces adoptent une position commune sur le sujet, afin d'éviter que les prix ou les méthodes de commercialisation ne créent une concurrence nuisible entre les régions du pays. Il ne sert à rien de légiférer si le citoyen n'a qu'à magasiner ou à faire ses achats en ligne dans la province voisine pour contourner les lois de sa propre province. Un consensus entre les provinces s'impose également pour accroître les pressions sur le gouvernement fédéral qui veut ramasser une partie des profits, sans en assumer les conséquences.