Saint-Marie-Saint-Jacques, circonscription de Manon Massé, ne disparaîtra pas, à la grande joie de la principale intéressée et des militants de Québec solidaire.

La Jeanne d'Arc de Sainte-Marie

Les libéraux ont créé une vedette chez Québec solidaire en s'opposant à la fusion de deux circonscriptions rouges (Mont-Royal et Outremont) aux dépens de celle de Manon Massé, Sainte-Marie-Saint-Jacques. «Une Jeanne d'Arc», a lancé spontanément mon collègue Simon Boivin. C'est exactement le résultat de cet épisode qui a pris fin jeudi, avec le maintien de la circonscription de la députée de Québec solidaire.
La bataille convaincante menée par Mme Massé et son monde a eu raison des arguments de l'équipe libérale, forçant la Commission de la représentation électorale à effectuer un humiliant virage à 180 degrés sur sa décision précédente. La députée en est sortie grandie et mieux connue, ce qui lui a valu une diffusion en direct sur RDI de sa conférence de presse à Montréal.
C'est rarissime ce genre de couverture des médias pour Manon Massé et les élus de Québec solidaire... Sa victoire arrive à point pour le parti qui se dirige vers les prochaines élections générales sans Françoise David, qui a toujours été sa figure de proue avec Amir Khadir.
Remarquez bien que l'existence de Québec solidaire divise le vote souverainiste et fait l'affaire des libéraux. Mais la victoire de Mme Massé n'en est pas moins un camouflet à la face même du PLQ, qui avait mis l'expertise d'avocats connus pour sauver ses deux circonscriptions. C'est particulièrement humiliant pour le doyen de la faculté de droit de l'Université de Montréal, Me Jean-François Gaudreault-DesBiens, qui avait signé un document juridique à la défense de ces circonscriptions. Il y faisait valoir notamment  qu'elles abritaient «des segments importants des communautés anglophones et juive du Québec».
La Commission de la représentation électorale, présidée par Pierre Reid, le directeur-général des élections, avait «acheté» l'argumentaire libéral et sacrifié à la place la circonscription de Mme Massé qui l'a appris sur le tard. Légalement, c'était sans doute correct. Mais politiquement, c'était difficile à justifier et c'en était devenu gênant devant le succès de la campagne populaire menée par la députée et ses partisans. 
Imaginez un peu : dans sa première décision, la Commission de la représentation électorale maintenait Mont-Royal et Outremont à cause «d'une croissance démographique prévue à moyen terme dans ce secteur», des «disparités économiques» devant être prises en considération, et «des liens d'appartenance de certaines communautés touchées».
Dans sa décision de jeudi, la Commission vire de bord et maintient Sainte-Marie-Saint-Jacques à cause «des constructions domiciliaires à venir qui auront une incidence sur la croissance démographique à moyen terme», des «disparités économiques» et de «l'absence d'appartenance entre les quartiers» regroupés dans sa première proposition.
Si Jean Charest était encore là, il dirait de la commission ce qu'il disait de Mario Dumont, à savoir qu'elle a agi en «girouette». Correction... Il ne le dirait pas, mais il le penserait. 
Nous sommes Charlie...
Pendant qu'on s'inquiète des discours haineux au Canada, le président américain répand son fiel sur ceux qui ne sont pas d'accord avec lui, notamment les journalistes. Ses attaques répétées contre les médias, qu'il accuse d'être «les ennemis des États-Unis», alimentent la haine de ses partisans de droite. Nous ne sommes pas en Turquie où Erdogan jette les journalistes en prison et ferme leurs journaux. Mais dans un pays comme les États-Unis, où l'on ne compte plus les fusillades mortelles, il y a lieu de s'interroger sur les dangers de tels propos. On ne voudrait pas d'un drame à la Charlie Hebdo sur le continent, mais quand on exploite la haine à ce point, ça devient inquiétant.