Le ministre des Finances, Carlos Leitão (à droite), et le premier ministre, Philippe Couillard

La distribution des prix

CHRONIQUE / On s'y attendait un peu, mais personne n'avait prévu que ce budget annoncerait une telle distribution des prix. À moins de deux ans des prochaines élections, le gouvernement Couillard revient avec force sur le message qu'il tente de passer aux Québécois depuis l'an dernier : l'atteinte de l'équilibre budgétaire donne les résultats promis et permet même de diminuer les impôts. Une annonce, je le signale, que personne n'avait vu venir.
«Le gouvernement investira là où les Québécois nous disent d'investir» a déclaré le président du Conseil du trésor Pierre Moreau. Quand on fait la liste des critiques de l'opposition des dernières années, on constate en effet que les libéraux ont tenté de colmater toutes les brèches dans les missions de l'État, dénoncées depuis leur arrivée au pouvoir. On y trouve même de l'argent pour venir en aide aux enfants autistes, un besoin urgent maintes fois évoqué au cours des dernières années. Jusqu'aux agents de la faune qui obtiennent l'embauche de 40 nouveaux collègues...
«Après trois ans de démolition, on a droit à un budget de rafistolage» a tonné le critique péquiste Nicolas Marceau. «Après trois ans au pouvoir, Philippe Couillard peut dire que nous sommes toujours parmi les plus taxés sur terre», a lancé de son côté le caquiste François Bonnardel.
Ils n'ont pas tort. Le tableau des dépenses de missions consolidées pour les 8 dernières années, publié par le ministère des Finances, montre à quel point, par exemple, le soutien aux personnes et aux familles a souffert de l'austérité. Quant au fardeau fiscal élevé des Québécois, il est bien connu.
Ce budget annonce tout de même des réinvestissements importants dans les principales missions de l'État. Des réinvestissements qui ne feront pas l'unanimité...c'est impossible en politique...mais qui seront néanmoins bien accueillis.
Une question demeure : l'optimisme du ministre Leitão est-il réaliste ? Est-ce vrai que le Québec est sorti pour de bon des déficits chroniques qui l'affligeaient depuis une décennie ? Et surtout, sommes-nous à l'abri d'une autre récession?
Nicolas Marceau n'est pas rassuré. François Legault estime pour sa part que le gouvernement s'est bâti des «coussins» suffisants pour éviter le pire.
À cette question, le ministre Leitão fait valoir que le budget contient une provision pour éventualités de 100 millions $, un fonds de suppléance de 643 millions $ et une provision au service de la dette de 150 millions$. Je vous épargne la description de ces provisions, mais elles représentent un grand total de 893 millions $ disponible cette année en cas de mauvaises surprises. En 2018-2019, cette provision dépassera le milliard $. C'est rassurant, mais on est loin du compte si on devait retomber en récession.
Dans l'un de ses documents déposés mardi, le ministère des Finances révèle que la récession de 2008-2009 a entraîné le Québec dans six années consécutives de déficit totalisant près de 15 milliards $ !
Le même document rappelle que la phase actuelle d'expansion de l'économie du Québec couvre 82 mois depuis la dernière récession. La durée moyenne des phases d'expansion des quatre derniers cycles économiques était de 134 mois, mais le cycle qui a précédé la récession de 2008-2009 n'était que de 81 mois...
Voilà qui devrait nous inciter à la prudence. «Il faut résister au chant des cigales dépensières et poursuivre notre chemin comme la fourmi de la fable» a dit Pierre Moreau, en citant Flaubert.
C'est vrai que la cigale de Jean de La Fontaine n'était pas prudente. Mais tout aussi prévoyante soit-elle, la fourmi n'est pas à l'abri des intempéries.
Tout comme le Québec, d'une récession.