La lune de miel avec le chef caquiste François Legault, s’il y en a une, commandera beaucoup d’intelligence et de flair politique dans la formation du cabinet et les premières initiatives de ce gouvernement.

La chance au coureur

CHRONIQUE / En politique comme dans la vie, il faut savoir trouver les côtés positifs d’un changement important, qu’il soit désiré ou non. Voilà pourquoi il faut donner la chance au coureur à François Legault et à son équipe, parce que c’est à eux que l’électorat a confié la responsabilité de gouverner. Et si on y pense bien, il est heureux que ces élections ne se soient pas terminées sur une situation aussi incertaine que celle du Nouveau-Brunswick.

La majorité accordée à la Coalition avenir Québec (CAQ) ne laisse planer aucun doute sur la légitimité du prochain gouvernement. Que l’on soit ou non d’accord avec son programme, il a obtenu le droit et le privilège de nous en démontrer les mérites.

Dans le contexte incertain de l’économie mondiale et des politiques de Donald Trump, l’élection d’un gouvernement majoritaire au Québec envoie un signal de stabilité qui sera apprécié par les marchés et les principaux acteurs de l’économie. Ce n’est pas négligeable. 

Ça, c’est le bon côté des choses. De l’autre côté, il faut reconnaître que François Legault a pris des engagements qui se heurteront au dur test de la réalité. L’économie, l’éducation et la santé, ses trois grandes priorités énoncées en conférence de presse, mardi midi, ne se prêtent pas à des résultats facilement vérifiables. Le premier ministre désigné a déclaré qu’il «veut des résultats rapides» avec les médecins de famille pour améliorer l’accès des Québécois aux soins de santé. Même chose pour les pensionnaires des CHLSD. Il me semble que s’il était possible d’améliorer les choses aussi rapidement, les libéraux l’auraient fait depuis longtemps.

En anglais, M. Legault a déclaré qu’il veut «un Québec plus fort au sein du Canada». Ça aussi, ce n’est pas évident. Dans le domaine de l’immigration, il promet «des gestes pour montrer un Québec inclusif». C’est facile à dire, mais de quels gestes parle-t-on ici? 

Le chef de la CAQ n’a pas été plus précis lorsqu’on lui a demandé ce qu’il ferait en matière environnementale. Il a fait valoir qu’il a deux fils, et qu’il est «important de leur laisser une planète durable». Oui, mais encore? Sur ce point en particulier, François Legault sera jugé très rapidement sur l’importance qu’il accordera au ministère du Développement durable dans le choix de ses ministres. Manon Massé lui a annoncé lundi soir, dans son discours de victoire, qu’elle le talonnerait sans pitié sur l’environnement. Le premier ministre élu a tout intérêt à y désigner une personnalité forte et influente au sein de son conseil des ministres. Agir autrement équivaudrait à ignorer que si les Québécois et particulièrement les jeunes ont donné un appui aussi spectaculaire à Québec solidaire, c’est parce qu’ils réclament une volonté politique bien réelle sur l’enjeu des changements climatiques.

On dit souvent que les gouvernements ne sont pas élus, mais qu’ils sont défaits. Mardi midi, M. Legault a remercié l’électorat, et il a qualifié «d’historique» le fait que les Québécois n’aient pas opté pour le Parti libéral du Québec ou le Parti québécois lundi. C’est vrai qu’il y a un côté historique dans les résultats de ces élections, et c’est vrai qu’il y a eu une vague favorable à la victoire de la CAQ. Mais attention! Le résultat de ces élections révèle bien davantage un désir de changement après le long régime libéral, qu’un appui enthousiaste aux politiques de la CAQ. La lune de miel avec M. Legault, s’il y en a une, commandera beaucoup d’intelligence et de flair politique dans la formation du cabinet et les premières initiatives de ce gouvernement. Ce sera difficile avec autant d’élus qui n’ont aucune expérience politique. François Legault a droit à la chance au coureur, mais il devra la mériter.

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