Guy Leclair

Guy Leclair doit envier Guy Ouellette

CHRONIQUE / On s’attendait tous à ce que les nombreux scandales qui ont assombri le ciel libéral au cours de la dernière décennie viennent hanter la campagne de Philippe Couillard. Assez curieusement, on n’a rien vu de tel depuis le déclenchement des élections. Les enquêtes policières se poursuivent, Nathalie Normandeau attend encore son procès, Marc-Yvan Côté attend la décision de la Cour suprême sur son litige avec Radio-Canada, et le député libéral Guy Ouellette est encore sous la loupe de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Bref, il ne se passe rien de ce côté, et ce sont les partis d’opposition qui se retrouvent sur la défensive dans des dossiers portant sur l’éthique ou le respect de la loi. François Legault avec Éric Caire, Stéphane Le Bouyonnec et Stéphane Laroche, son ex-candidat dans Saint-Jean.

Dans le cas de Jean-François Lisée, c’est l’arrestation du député Guy Leclair pour conduite avec facultés affaiblies, et les propos de sa candidate Michelle Blanc qui l’ont mis dans l’embarras. M. Lisée avait déjà été forcé de bloquer la candidature de deux autres candidats, Pierre Marcotte et Muguette Paillé, pour des propos islamophobes sur les réseaux sociaux.

Ce qui me surprend, c’est de voir la sévérité avec laquelle les partis se sont condamnés les uns les autres, par rapport au mutisme actuel sur Guy Ouellette. Le député sortant de Chomedey, arrêté l’an dernier par l’UPAC, passe complètement sous le radar des débats partisans et des médias. Guy Leclair doit le trouver bien chanceux. Il faut dire que Ouellette n’a pas fait l’objet d’accusations, même s’il a été arrêté et que l’enquête sur son cas se poursuit.

Une fois la campagne électorale terminée, tous ces cas passeront dans l’histoire des accidents de parcours. Mais d’ici là, c’est la réaction des chefs qui est importante. Dans le cas de François Legault, le congédiement du tenancier Stéphane Laroche s’imposait. Ce qui est surprenant, c’est l’ignorance que la Coalition avenir Québec (CAQ) avait de ses pratiques, et notamment du fait qu’il avait été dénoncé à plusieurs reprises pour avoir laissé entrer des mineurs dans son bar.

Mais c’est la controverse entourant Éric Caire et le prêt consenti par le maire Émile Loranger qui a fait le plus de mal à la CAQ. M. Legault a été très mal à l’aise lorsque les journalistes lui ont demandé où Caire avait pris l’argent pour rembourser ce prêt de 55000$. «Je me fie à la parole de M. Caire. Il me dit que le prêt a été remboursé. Bon, est-ce que je vais voir s’il a emprunté à un autre ami ou à une banque? Écoutez, ça fait presque partie de la vie personnelle.» Il en a remis un peu plus tard en déclarant que le comportement de M. Caire était moins grave parce qu’il n’était pas au gouvernement. Et comme si ce n’était pas suffisant, M. Legault a déclaré la semaine dernière que Caire serait ministrable.

Jean-François Lisée a été plus habile en défendant son député Guy Leclair, accusé de conduite avec facultés affaiblies par l’alcool. Il a invoqué avec raison la présomption d’innocence, ce qui n’a pas empêché le député de se retirer de la course électorale mercredi soir.

Là où la défense de M. Lisée en prend pour son rhume, c’est lorsqu’il affirme n’avoir été informé par son entourage que le 24 août de l’arrestation de son député à la mi-juillet. Un député arrêté pour alcool au volant cinq semaines avant le déclenchement des élections et on n’avise pas le chef du parti? Difficile à comprendre.

En temps normal, c’est le gouvernement qui est la cible des accusations de toutes sortes. Mais en campagne électorale, tout le monde est sur un pied d’égalité. Les entorses à l’éthique et les erreurs de jugement des derniers jours à la CAQ et au Parti québécois privent MM. Legault et Lisée d’une carte importante dans les débats des chefs. Il sera plus gênant et risqué d’attaquer Philippe Couillard sur ces questions. Pourtant, la publicité de la CAQ promettait de mettre fin «au gaspillage et à la corruption». C’est comme si on avait échappé ce thème depuis le début de la campagne.