Gerry Sklavounos se prépare à faire une déclaration publique cette semaine dans sa circonscription de Laurier-Dorion afin de répondre aux conditions de Philippe Couillard.

Ghomeshi, Sklavounos... et Paradis?

CHRONIQUE / La décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de ne pas porter d'accusations contre le député Gerry Sklavounos n'a pas surpris les observateurs avertis. Pas plus que l'acquittement de l'animateur Jian Ghomeshi par un tribunal en mars 2016.
Les allégations d'agressions sexuelles contre Sklavounos et les accusations contre Ghomeshi n'ont pas passé le test du fardeau de preuve nécessaire pour obtenir une condamnation. Dans les deux cas, les contradictions et le comportement des plaignantes ont semé trop de doutes sur les faits allégués. Cela ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé, mais les faits n'ont pas démontré qu'il y avait eu des agressions au sens du Code criminel.
Ces deux cas nous amènent à la situation de Pierre Paradis, démis de ses fonctions en raison d'une enquête policière déclenchée à la suite de la plainte d'une employée, pour des gestes à caractère sexuel. Le dépôt d'une plainte à la police suppose la commission d'un crime, relevant du Code criminel, et non pas de harcèlement sexuel au travail, régi par la Loi sur les normes du travail. C'est plus grave et donc plus difficile à prouver, comme on l'a vu dans le cas Sklavounos.
Selon la table de concertation sur les agressions à caractère sexuel, le harcèlement sexuel peut prendre différentes formes : sollicitation de faveurs sexuelles non désirées, commentaires inappropriés d'ordre sexuel, attouchements, pincements, empoignades et frôlements, et même des questions intimes.
En 2015, les députés à Québec se sont donné une politique pour gérer de tels comportements qui ne constituent pas nécessairement des agressions au sens criminel. On a confié à une conseillère aux ressources humaines de l'Assemblée nationale, Mme Maryse Bourassa, le mandat de recevoir les plaintes et de conseiller les victimes. On a établi un processus à suivre selon la nature de la plainte. Si on se fie aux reproches adressés à Pierre Paradis et dévoilés par les médias, le dossier ressemble davantage à du harcèlement qu'à une agression. 
Tout cela pour dire que la Sûreté du Québec ainsi que le DPCP n'auront pas la tâche facile pour déterminer s'il y a eu agression ou harcèlement. Comment faire la distinction entre un attouchement léger sans conséquence, et un attouchement à caractère sexuel qui pourrait même être qualifié d'agression? Et surtout, comment trancher entre la parole de la plaignante et celle de Pierre Paradis s'il n'y avait pas de témoin?
Selon le Comité conseil du regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, seulement trois plaintes pour agression sexuelle sur 1000 se soldent par une condamnation. Voilà qui en dit long sur le fardeau de preuve à établir et qui explique pourquoi seulement 5 % des crimes sexuels sont rapportés à la police.
Vendredi, M. Couillard a laissé la porte entrouverte à la réintégration de Sklavounos au sein du caucus libéral. Il a lié sa décision à une déclaration de bonne foi du député sur les relations hommes-femmes et le comportement attendu de nos élus.
Je comprends que le premier ministre fasse preuve de générosité, d'autant plus que Sklavounos n'est sans doute pas seul à avoir poussé «la galanterie» trop loin dans ses relations avec les femmes. Mais c'est une erreur. Même si le député a été blanchi au criminel, sa conduite montre un comportement peu compatible avec l'exemplarité attendue de nos élus. Le plus sage, pour lui et le parti, serait qu'il termine son mandat comme indépendant et qu'on laisse aux militants libéraux de sa circonscription le soin de décider s'il a encore leur confiance pour les représenter aux élections de 2018.