Nous savions tous que Françoise David ne serait pas candidate aux élections de 2018, mais personne ne se doutait qu'elle partirait aussi rapidement pour des raisons de santé. Il est permis de croire qu'Amir Khadir ne sera pas, lui non plus, du prochain rendez-vous électoral.

Faire de la politique autrement

CHRONIQUE / Il y a des années que les politiciens se disent qu'il faudrait faire de la politique autrement, sans vraiment définir quelle forme pourrait prendre cet «autrement». Françoise David nous en a donné un exemple. Ce n'est pas le seul, mais c'est un modèle à suivre pour ceux et celles qui désirent combattre le cynisme et regagner la confiance de l'électorat : avoir une cause, un engagement véritable et un respect constant pour l'adversaire politique.
Les causes défendues par Mme David sont bien connues. La pauvreté et la situation des femmes ont été au coeur de son engagement depuis des décennies, bien avant son arrivée en politique active. Son respect pour ceux et celles qui ne partageaient pas ses idées ne s'est jamais démenti. C'est dans son discours réfléchi et bien articulé et non dans les attaques personnelles qu'elle a défendu ses positions.
Évidemment, il est plus facile de proposer des politiques généreuses à partir des banquettes de l'opposition que de celles du pouvoir qui doit trouver le difficile équilibre entre les revenus et les dépenses de l'État. Mais la différence entre Québec solidaire, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec, c'est que le parti de Mme David n'a jamais vraiment prétendu au pouvoir. Par opposition, les péquistes et les caquistes ont une chance réelle de former un jour le gouvernement, ce qui leur impose des calculs partisans parfois douteux. Jean-François Lisée croit-il vraiment possible de tenir un référendum dans un deuxième mandat? François Legault pourrait-il vraiment réduire les impôts tout en maintenant l'équilibre budgétaire? On a trop souvent vu les partis d'opposition copier les politiques de leurs prédécesseurs une fois au pouvoir pour ne pas se montrer sceptiques devant les promesses des politiciens en quête d'une victoire électorale. 
Nous savions tous que Françoise David ne serait pas candidate aux élections de 2018, mais personne ne se doutait qu'elle partirait aussi rapidement pour des raisons de santé. Il est permis de croire qu'Amir Khadir ne sera pas, lui non plus, du prochain rendez-vous électoral.
Que sera Québec solidaire sans ces deux ténors? Personne n'est en mesure de le prédire, pour la bonne raison qu'on ne connaît pas encore leurs successeurs. On ne remplace pas les gens comme Françoise David. Elle a sa personnalité, son style et une crédibilité basés sur des décennies de travail et de militantisme. Que ce soit Gabriel Nadeau-Dubois ou un autre qui postule son siège dans Gouin, ce sera différent. La notoriété est une chose, mais elle n'est pas un gage automatique de leadership.
Il y a une chose importante à retenir dans les propos de départ de Françoise David : l'accélération de l'information n'est pas le gage d'une meilleure gouvernance. «J'aime prendre connaissance des dossiers avant de prendre position, a-t-elle déclaré. Mais combien de fois m'a-t-on demandé de réagir à chaud, très, très vite sur n'importe quoi. J'ai remarqué qu'en quatre ans et demi de travail de députée, je travaillais encore plus à la fin qu'au début parce qu'il faut de plus en plus nourrir la bête médiatique tout le temps.»
Ce problème est bien connu des journalistes. Il a fait l'objet de nombreuses publications et de conférences, mais personne ne semble avoir de solution.
L'autre situation déplorée par Françoise David est tout aussi inquiétante : «Je pense aussi qu'une partie de la population, influencée par des chroniqueurs archipopulistes, rejette les intellectuels, l'establishment qui ne comprendrait rien à ce que vivent les gens.»
Elle a dit vouloir réfléchir à sa contribution sur cette question. Quelle que soit la forme de cette contribution, elle sera la bienvenue.