Du début jusqu’à la fin, elle a montré sa connaissance des sujets, et surtout son vécu sur le terrain. Son ton m’a rappelé par moments la sagesse de Françoise David dans ce genre de forum.

Et le gagnant est...

CHRONIQUE / S’il fallait déclarer un gagnant au débat de TVA, ce serait une gagnante. Manon Massé de Québec solidaire a démontré jeudi soir qu’indépendamment de la crédibilité contestée du cadre financier de Québec solidaire, elle pouvait tenir un discours politique pertinent. Du début jusqu’à la fin, elle a montré sa connaissance des sujets, et surtout son vécu sur le terrain. Son ton m’a rappelé par moments la sagesse de Françoise David dans ce genre de forum.

Jean-François Lisée, qui s’était démarqué dans les autres débats, a totalement raté sa rentrée. Au lieu d’y aller avec l’élégance et l’humour qui ont caractérisé sa participation à Radio-Canada et à CBC, il a été trop agressif. Il est sorti des sujets lancés par l’animateur Pierre Bruneau, qui a dû le rappeler à l’ordre à plusieurs reprises dans la première partie du débat. Lisée en a été visiblement déstabilisé.

Philippe Couillard et François Legault sont sortis indemnes de cet événement. M. Legault avait bien compris qu’il lui fallait conserver son calme au lieu d’invectiver son principal adversaire comme il l’avait fait à Radio-Canada. Pris en défaut par Philippe Couillard sur l’épineuse question de l’expulsion des immigrants, il a d’abord nié l’intention qu’on lui prêtait. Mais comme il n’allait nulle part avec ses arguments, il a habilement évacué cette controverse : «Je ne suis pas parfait, ça m’arrive de faire des erreurs. J’écoute mes gens et je me corrige». Sur cette lancée, il a reproché à Philippe Couillard de donner des leçons aux autres au lieu de les écouter.

Le chef libéral a bien mis à profit la formule de débat de TVA qui lui laissait plus de temps pour s’expliquer sur des sujets parfois complexes comme celui des soins dentaires aux jeunes de 16 ans et moins et aux aînés. Il a également profité de l’occasion pour expliquer sa déclaration du matin, concernant les gens qui n’ont que 75 $ par semaine pour se nourrir.

Ce fut un excellent débat que celui de TVA. La formule utilisée, celle des face-à-face, a permis de véritables discussions de fond entre les chefs, au lieu de laisser place à la cacophonie qui a caractérisé le premier débat. Et chapeau à l’animateur Pierre Bruneau, qui a su diriger les discussions avec son doigté habituel, mais avec fermeté au besoin.

Quel effet aura ce débat sur l’électorat? Difficile à dire, d’autant plus que les chefs se retrouvent vendredi soir chez Guy A. Lepage pour son émission de dimanche soir. Mais si effet il y a, ça ne pourrait que profiter à Québec solidaire dans des circonscriptions comme Taschereau, à Québec, où le parti a des chances réelles de l’emporter. Aux dépens du Parti québécois? Ça reste à voir. Mais Mme Massé a certainement convaincu bien des gens hier soir que les valeurs véhiculées par son parti valent la peine d’être considérées.

Je doute par ailleurs que ce débat change quoi que ce soit pour le Parti libéral et la Coalition avenir Québec (CAQ). François Legault et Philippe Couillard n’ont pas pris de risques inutiles. Ils ont joué leurs cartes avec prudence.

Il y a eu quelques bonnes citations pendant ce débat. Celle de Manon Massé dans son mot de la fin, m’a beaucoup plu: «Mes adversaires, c’est pas ces trois personnes-là, c’est la peur.»

Elle ne parlait pas de la peur du changement proposé par la CAQ. Simplement de la peur qu’ont toutes les sociétés de se lancer véritablement dans de grandes remises en question comme celle qui s’impose pour contrer les changements climatiques.