Les Canadiens ne veulent pas d'un Trump, mais ils partagent certaines de ses idées.

Éloignez de nous ce visage, mais... 

CHRONIQUE / On n'aime pas lui voir la face, mais nous ne sommes pas si différents de ceux qui l'ont élu. Voilà ce qu'il faut retenir du sondage CROP mené pour la société Radio-Canada afin de mesurer le populisme et la xénophobie chez nous. Les Canadiens ne veulent pas d'un Trump, mais ils partagent certaines de ses idées.
La plupart des faits observés ne constituent pas de véritables surprises. Les gens sont ouverts à l'immigration, ils y voient des éléments positifs, mais leur niveau de crainte est élevé sur les questions comme le terrorisme, le fardeau économique, et l'affaiblissement de leur culture et leur identité. Ces craintes sont plus fortes au Québec qu'ailleurs.
Même si ça ne semble pas politiquement correct, nous sommes donc plutôt favorables à faire passer un test des valeurs «anti-canadiennes» aux futurs immigrants. Et nous croyons, dans une proportion tout de même assez importante (32 % au Québec) qu'il faudrait interdire l'immigration musulmane.
Ce qui étonne une fois de plus, dans ce sondage, c'est de constater la surévaluation de la proportion de la population musulmane parmi nous. Alors qu'ils ne sont que 3,2 %, la moitié des Canadiens estiment qu'ils sont 5 % et plus et certains évaluent ce taux à plus de 15 %.
Cette surévaluation est-elle le résultat d'un débat politique exagéré sur le sujet, ou encore d'une couverture journalistique débridée? Voilà une belle question pour nos politiciens et les médias.
Mais peu importe la réponse à ces questions, il apparaît clair que le Canada est engagé dans un changement démographique irréversible qui en inquiète plusieurs. Un changement qui doit être suivi avec générosité, mais également beaucoup de rigueur et de compétence si on veut éviter les dérapages comme ceux vécus aux États-Unis et ailleurs en Europe.
Ce suivi est d'autant plus important que le sondage CROP montre une fois de plus le pessimisme de la population et sa perte de confiance envers nos élites et nos institutions démocratiques. Et plus encore, même les dirigeants du monde des affaires sont à la baisse dans l'opinion des gens, à un point tel qu'ils se retrouvent quasiment sur un pied d'égalité avec les chefs politiques et religieux.
Une société qui ne croit plus à rien, c'est du chacun pour soi et ça ne mène nulle part. 
La belle affaire
Le ministre Gaétan Barrette n'a pas caché sa frustration, vendredi, à l'annonce de l'entente conclue avec le gouvernement fédéral sur le financement de la santé. Alors qu'à Ottawa, on s'en félicitait... La grande satisfaction du fédéral est d'avoir résisté au lobby des provinces, qui exigeaient une rencontre des premiers ministres avec Justin Trudeau sur le sujet. Les mandarins se souvenaient encore que Paul Martin avait accepté une telle rencontre pendant son court règne...et qu'il avait consenti des hausses annuelles de 6% par année pendant 10 ans. Envoyer Justin Trudeau dans un tel forum aurait été suicidaire pour les finances fédérales. Avec un déficit anticipé dans les 20 milliards $ et plus, c'est le ministre des Finances Bill Morneau qu'on a envoyé au combat. Un ministre qui n'avait pas d'atomes crochus avec Gaétan Barrette et qui ne l'a pas caché.
Résultat : M. Barrette aura moins d'argent qu'espéré du fédéral, et il devra donc se tourner vers son collègue Pierre Moreau du Conseil du trésor pour garnir les goussets de son important ministère. 
Si ce n'est pas déjà fait...