Le député Guy Ouellette a été arrêté par l'UPAC le 25 octobre.

Eliot Ness chez les élus

CHRONIQUE / J’ai suivi la saga UPAC-Guy Ouellette à partir du Maroc… Mauvais timing pour prendre des vacances, je l’admets! Ma consolation a été de voir que personne n’a encore été en mesure de connaître le fond de cette histoire. Même Philippe Couillard ne sait pas pourquoi l’UPAC a procédé à l’arrestation de Guy Ouellette.

Vu de loin et maintenant avec un peu de recul, l’histoire m’apparaît simple : ce à quoi on assiste actuellement au Québec, c’est au choc des institutions mises sur pied pour préserver nos valeurs, nos libertés et notre système de gouvernance.

Vous avez été surpris de voir le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, parler de «dérive totalitaire» et demander à l’UPAC d’accuser ou de s’excuser? J’admets qu’il est allé loin, mais sa réaction a été celle de l’institution qu’il représente et qu’il est chargé de défendre. 

Cette réaction est similaire à celle de la Fédération professionnelle des journalistes lorsqu’on a appris que la police avait mis certains membres des médias sous écoute pendant des années pour identifier leurs sources. Tout comme les députés, les journalistes sont très jaloux de leurs droits et très méfiants à l’endroit des autorités gouvernementales, judiciaires ou policières qui veulent leur imposer des balises ou des contraintes. Les journalistes savent que leur travail est parfois très imparfait. Mais ils savent aussi que leurs libertés sont indissociables du bon fonctionnement de nos institutions démocratiques.

On pourrait appliquer ce même raisonnement à la police, au Directeur des poursuites criminelles et pénales, à la magistrature. Dans un état de droit, les gens qui sont chargés d’appliquer et de faire respecter les lois doivent pouvoir travailler en toute liberté, sans ingérence politique. Souvenons-nous de la mise sur pied de l’UPAC, en février 2011. Les mêmes élus qui ont créé cette unité anticorruption rêvaient alors d’un Eliot Ness québécois, le patron d’une équipe d’incorruptibles qui a mené une guerre sans merci à Al Capone au début du siècle dernier. La mission et les pouvoirs de l’UPAC ont été encadrés par la Loi concernant la lutte contre la corruption. Dans son serment d’office, le commissaire de l’UPAC a juré de remplir ses fonctions «avec honnêteté et justice et en conformité avec le Code de déontologie des policiers du Québec». Tout le monde était rassuré…

Mais voilà que tout s’effondre avec l’arrestation de Guy Ouellette. Les élus veulent une protection de plus. Ils demandent que le travail de l’UPAC soit soumis à la surveillance d’un comité spécial. Ça n’en finit plus.

L’équilibre des institutions fonctionne normalement assez bien dans nos démocraties. Ce qui va moins bien parfois, c’est l’usage qu’on en fait. L’UPAC a-t-elle abusé de ses pouvoirs en arrêtant Guy Ouellette? Le président de l’Assemblée nationale est-il allé trop loin en lui demandant d’accuser ou de s’excuser? On ne le sait pas encore. Mais ce qu’on sait, c’est que la crédibilité des institutions grandit ou diminue selon l’utilisation qu’on en fait.

Si nos Eliot Ness ont joué aux cowboys en arrêtant Guy Ouellette, c’est leur institution et leur indépendance qui en souffrira. S’ils ont eu raison, c’est l’Assemblée nationale qui se verra blâmée d’avoir fait pression sur la police pour protéger l’un des leurs.

De prime abord, je me refuse à croire au complot dénoncé par Guy Ouellette pour l’intimider. Mais je n’aurais jamais cru possible, non plus, que la police puisse espionner les lignes téléphoniques des journalistes au Québec. Alors, dans les circonstances, j’attendrai d’en savoir plus avant de me faire une opinion.