Pierre Paradis a droit à la présomption d'innocence, comme tout le monde, mais il faudra attendre la fin de l'enquête policière pour tirer des conclusions. En attendant, il est clair que sa réputation est gravement entachée, peu importe les conclusions de l'enquête.

Douloureux rappel

CHRONIQUE / Coupable ou pas, peu importe : la carrière politique de Pierre Paradis est terminée. On l'a vu pour Gerry Sklavounos, dont le dossier est encore entre les mains du Directeur des poursuites criminelles et pénales, les enquêtes policières sur les allégations d'agressions sexuelles sont délicates et parfois difficiles.
Lorsqu'il y a dépôt d'accusations devant les tribunaux, il faut parfois compter des années, d'un appel à l'autre, avant d'avoir un jugement définitif. À moins de deux ans des prochaines élections, on voit mal comment M. Paradis pourrait clore ce dossier et se porter à nouveau candidat. Je ne serais pas surpris de le voir quitter la politique avant même la fin de son mandat.
Cette histoire, qui vient assombrir à nouveau le bilan de l'équipe ministérielle de Philippe Couillard, est un douloureux rappel pour tous les parlementaires. Après les allégations de harcèlement sexuel par des libéraux sur la personne de deux députées du Nouveau Parti démocratique à Ottawa, après la dénonciation du député Gerry Sklavounos par Alice Paquet lors d'un rassemblement à l'Université Laval, on aurait pu espérer ne plus jamais entendre d'allégations de ce genre à l'endroit de nos élus. En 2014, le Cercle des femmes parlementaires de l'Assemblée nationale a été mandaté par le président Jacques Chagnon, pour élaborer une politique contre le harcèlement sexuel. Déposée en juin 2015, cette politique a établi une procédure pour gérer les plaintes et offrir des ressources d'accompagnement, comme la médiation ou l'ouverture d'une enquête au besoin. «Je souhaite que cette politique puisse faire en sorte de nous prévenir et surtout de faire en sorte que jamais nous n'ayons besoin de l'utiliser», avait déclaré la députée Maryse Gaudreault, la vice-présidente de l'Assemblée nationale. Tout le monde était prévenu.
Je ne sais pas ce qui s'est passé dans le cas de Pierre Paradis. Il a droit à la présomption d'innocence, comme tout le monde, mais il faudra attendre la fin de l'enquête policière pour tirer des conclusions. En attendant, il est clair que sa réputation est gravement entachée, peu importe les conclusions de l'enquête.
L'opposition a accusé le gouvernement d'avoir tenté de camoufler les vraies raisons de son limogeage du cabinet, en laissant vivre pendant deux jours l'histoire de sa chute d'un cheval et d'une commotion cérébrale. Le mot camouflage est un peu fort dans les circonstances, même s'il est vrai que la communication des véritables raisons de son départ du cabinet n'a pas été exemplaire, comme c'est souvent le cas pour le bureau de Philippe Couillard. Il n'est jamais facile de traiter ce genre de dossier rapidement. Il faut savoir, avant de condamner, ce qui n'est pas toujours évident. La Coalition avenir Québec nous en a donné un bon exemple en fin de semaine dernière, avec sa lenteur à sévir contre son député de Groulx, Claude Surprenant qui a abusé de son compte de dépenses.
Cent fois sur le métier, il faut répéter le message, pourrait-on dire après cette nouvelle histoire de harcèlement sexuel qui tombe sur nos élus. L'Assemblée nationale a beau s'être dotée d'une politique pour contrer ce genre de comportement, ce n'est pas tout le monde qui en a lu le contenu.