Les rénovations débuteront au printemps 2016 pour se compléter à l'été 2019.

Courage, confiance ou arrogance?

CHRONIQUE / Il faut avoir un certain toupet pour déposer un projet de loi majorant le salaire des députés au moment même où les employés de l'État manifestent dans les rues pour obtenir un contrat de travail plus généreux. Est-ce du courage, de la confiance ou de l'arrogance? Tout dépend de quel côté on se situe entre la capacité de payer du gouvernement et les réclamations salariales des syndicats.
C'est très particulier comme décision, deux jours avant la réunion du Conseil général du Parti libéral, à Québec.
Pourquoi avoir déposé ce projet de loi dans un tel contexte? Visiblement, le gouvernement Couillard veut mettre tous les dossiers controversés derrière lui avant d'entamer la troisième année de son mandat en avril. Ses trois victoires aux élections complémentaires de lundi l'ont conforté dans ses intentions, mais cela ne veut pas dire qu'il a raison.  
On est loin des grandes manifestations du printemps érable. Les casseurs ne sont pas dans la rue aux côtés des syndicats qui ne les auraient pas tolérés. Mais le dépôt de ce projet de loi ne fera qu'alimenter le cynisme. À cet égard, il aurait été plus sage d'attendre après la fin des négociations avec les syndicats. Mais alors, on l'aurait accusé d'hypocrisie... Entre deux maux, lequel choisir? Pas facile de gouverner!
Pédagogie et démagogie  
Indépendamment du mérite de la stratégie gouvernementale, on a assisté à de beaux exercices de démagogie sur le salaire des députés, ainsi que sur les hausses salariales offertes aux employés de l'État.
Bernard Drainville a fait valoir que la population n'acceptera jamais une hausse salariale de 31 % pour les élus, alors qu'on offre un maigre 3 % sur cinq ans aux fonctionnaires. Premièrement, le pourcentage utilisé est faux. Pour calculer la valeur réelle de la hausse proposée aux élus, il faut tenir compte de la suggestion de majorer leurs cotisations au régime de retraite et de prélever de l'impôt sur le forfait de 16000 $ non imposable auquel ils ont droit actuellement.
La réaction de Françoise David a été plus responsable : elle a demandé qu'on lui fasse la démonstration du résultat au final dans les poches de l'élu : si au net les changements proposés constituent une hausse du revenu, elle s'y opposera. Si ce n'est pas le cas, elle l'approuvera.
Le pire dans tout ça, c'est que tous les députés sont d'accord sur la nécessité de revoir leur rémunération dans le sens des recommandations du rapport indépendant préparé sous la direction de l'ancienne juge en chef Claire L'Heureux-Dubé. Mais trois ans plus tard, ils disent encore que ce n'est pas le bon moment. Résultat, ils vont se priver de l'allocation de transition accordée à ceux qui quittent la politique sans raison valable, mais ils n'oseront pas, une fois de plus, faire les changements qui s'imposent à leurs conditions salariales. Gros-Jean comme devant, qu'ils ne viennent pas se plaindre de leur salaire!
Les syndicats  
L'autre grande controverse qui porte à la démagogie concerne les propositions du gouvernement aux employés de l'État. Les syndicats font valoir qu'on ne leur offre que trois hausses successives de 1 % sur un contrat de cinq ans. Ils font abstraction du fait que les propositions de «relativités salariales» du gouvernement constitueront une correction à la hausse moyenne de 2,3 % pour la quasi-totalité des salariés en 2019. Il faut donc parler ici d'une hausse totale moyenne de 5,3 % sur cinq ans, et non pas de 3 %.
Ce n'est pas le Pérou, j'en conviens. Mais ce n'est pas la grosse misère, d'autant plus que la progression dans les échelles salariales représente également des hausses importantes de revenus pour près de la moitié des employés de l'État.