Philippe Couillard a refusé, pour une question de principe, la «main tendue» de François Legault sur la neutralité religieuse de l'État.

Couillard, les juristes et Sklavounos

CHRONIQUE / Question : est-ce qu'il faut adapter la réalité à nos principes ou adapter nos principes à la réalité? Je pose la question parce que j'ai été déçu de la réaction de Philippe Couillard, qui a refusé, pour une question de principe, la «main tendue» de François Legault sur la neutralité religieuse de l'État.
Le chef de la CAQ avait offert d'appuyer le projet de loi 62 si le gouvernement acceptait la recommandation de Bouchard-Taylor interdisant le port de signes ostentatoires aux juges, aux procureurs, aux policiers et aux gardiens de prison. En guise de compromis, François Legault était prêt à retirer sa condition d'appliquer cette interdiction aux enseignants.
J'ai été déçu de la réaction du premier ministre parce qu'au lendemain des événements à la Grande Mosquée de Québec, j'ai hâte de voir nos dirigeants se donner la main pour évacuer «au plus sacrant» leurs querelles politiques sur le sujet.
De prime abord, je pense que les principes ne peuvent ignorer la réalité. L'évolution de la jurisprudence à la Cour suprême du Canada sur les grandes questions comme le droit de mourir dans la dignité démontre qu'aucune institution ne peut ignorer l'évolution de la société dont elle est issue.
M. Couillard aurait été plus convaincant s'il avait discuté de la réalité au lieu de s'en tenir à des principes. Il y a des décennies, par exemple, que l'on souhaite une plus grande représentation des minorités visibles au sein de nos corps policiers afin de faciliter leur travail dans certaines communautés. On veut plus de Noirs, d'hispanophones, de sikh, et... oui, de musulmans. En 1990, le gouvernement canadien a autorisé les policiers sikhs à porter le turban, et personne ne s'en porte plus mal. Quand la violence éclate dans les quartiers à prédominance noire aux États-Unis, on est bien heureux de voir un chef de police noir venir rassurer et calmer les gens. Bref, il y a des arguments qui plaident en faveur du port de signes ostentatoires ou culturels chez les policiers. Je ne dirais pas la même chose pour les juges et les procureurs de la Couronne, mais ce serait peut-être une erreur de fermer la porte à double tour pour la police.
La société change : l'actuel ministre de la Défense du cabinet Trudeau, Harjit Sajjan, portait un turban lorsqu'il est allé rencontrer le secrétaire d'État à la défense de Donald Trump, James Mattis. Même chose pour son collègue Navdeep Bains lors de l'annonce du prêt à Bombardier, mardi. Il faut savoir réconcilier les principes avec la réalité.
Les juristes
C'est l'impasse pour les juristes de l'État. Après une aussi longue grève, ils seraient bien heureux d'accepter les offres salariales du gouvernement. Mais après avoir donné leur appui à la grève avec d'aussi fortes majorités, ils peuvent difficilement battre en retraite sur la question de principe qui les a mobilisés, celle d'un nouveau mode de négociation. Même chose pour le gouvernement. C'est le genre de situation qui nous mène tout droit vers une loi spéciale.
Sklavounos
Une prédiction :  peu importe sa déclaration attendue jeudi, Gerry Sklavounos ne réintègrera pas le caucus libéral. Les risques sont trop grands de voir une attachée politique sortir de l'anonymat pour dénoncer son comportement avec les femmes. Philippe Couillard a tout intérêt à le laisser au purgatoire des indépendants. Comme on dit dans le monde des assurances, le facteur de risque est trop grand. Quant aux prochaines élections, il n'est pas certain que Sklavounos soit le meilleur atout du PLQ. Exception faite de 2014, il a toujours été talonné de près par le PQ aux élections précédentes.