La difficulté de la preuve dans le procès de Nathalie Normandeau n'est pas de démontrer qu'elle a fait du financement politique. Tous les ministres du temps en ont fait. Le défi est de prouver qu'elle a tiré des avantages personnels de ce financement, entre autres.

Controverse autour du procès Normandeau

CHRONIQUE / C'est devenu un sujet de discussion sur la colline parlementaire, au ministère de la Justice et au bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales(DPCP). Le procès à venir de Nathalie Normandeau inquiète et divise profondément les acteurs de la Couronne impliqués de près ou de loin dans cette affaire, a appris Le Soleil.
Les erreurs de parcours et les stratégies policières ne font pas l'unanimité et font craindre que la preuve ne soit pas suffisamment solide pour appuyer les accusations portées contre l'ex-vice-première ministre du Québec. S'il fallait que la Couronne essuie un échec devant les tribunaux, la possibilité de poursuites civiles importantes contre le gouvernement et l'UPAC deviendrait bien réelle.
Dès le départ, c'est l'arrestation même de Mme Normandeau qui a fait controverse. Il aurait été moins spectaculaire et moins douteux de la citer à comparaître, au lieu de l'arrêter aux petites heures du matin en mars 2016, la journée du dépôt du budget, et alors que le renouvellement du mandat du directeur de l'UPAC, Robert Lafrenière, était débattu au gouvernement. Ce show médiatique n'était pas nécessaire pour la bonne marche de la justice.
L'embauche de Mme Normandeau par la station BLVD 102,1 où elle oeuvre aux côtés d'André Arthur, a également inquiété les procureurs. Le DPCP a craint à cette époque qu'il soit difficile d'obtenir une condamnation par un jury de 12 personnes de Québec, pour une animatrice qui a ses fans dans la grande région de la Capitale nationale. On aurait même évoqué, dans certains milieux, la possibilité de faire transférer le procès à Montréal. 
Au départ, la défense demandait un procès devant jury, en espérant que des accusations pourraient tomber à l'étape de l'enquête préliminaire. Mais dans un geste surprise qu'elle n'a jamais expliqué, la Couronne a décidé au mois de mai de sauter cette étape, et de procéder par accusation directe, et devant jury. Les avocats de Mme Normandeau ont vu dans ce revirement, 14 mois après la première accusation, une crainte de la Couronne de voir l'accusée libérée dès l'enquête préliminaire, et une stratégie visant à gagner du temps. «De quoi la poursuite a-t-elle peur» a demandé Me Maxime Roy, l'avocat de l'accusée. Privée de cette étape qui aurait permis à Nathalie Normandeau de contester sans délai les accusations, Me Roy a alors décidé de réclamer un procès devant juge seul. Le juge Richard Grenier lui a donné raison le 8 septembre, et il a rejeté la requête de la Couronne qui demandait alors un procès devant jury. La décision n'a pas rassuré les procureurs du DPCP. 
La difficulté de la preuve dans ce dossier n'est pas de démontrer que Mme Normandeau a fait du financement politique. Tous les ministres du temps en ont fait. Le défi est de prouver qu'elle a tiré des avantages personnels de ce financement, ou que ses interventions dans l'octroi de certaines subventions aux municipalités ont été influencées par Marc-Yvan Côté et les dons au PLQ. On sait déjà que la défense fera valoir que les pouvoirs discrétionnaires d'un ministre lui permettent de prendre des décisions qui ne vont pas dans le sens des recommandations de ses fonctionnaires. On pense aussi que Mme Normandeau fera valoir que les occasions où elle est allée à l'encontre des recommandations de ses fonctionnaires, ont été motivées par le lobby des maires pour leurs projets, et non par Marc Yvan Coté.
La Couronne entend faire entendre 139 témoins à ce procès qui devrait durer au moins quatre mois. Après les audiences de la commission Charbonneau, ce sera l'événement politico-judiciaire le plus suivi au Québec.