Même si les spéculations sur un possible remaniement ministériel en juin ont commencé, Philippe Couillard ne donne aucun indice sur ses intentions.

Comment faire du neuf avec de l'usagé?

CHRONIQUE / Si Philippe Couillard nous a surpris dans le passé, c'est par son imprévisibilité. Ce premier ministre ne gouverne pas selon les règles habituelles du petit manuel.
Normalement, un premier ministre passe son monde au confessionnal à l'approche d'une fin de mandat. Il a besoin de savoir qui sera candidat la prochaine fois, et quelles circonscriptions seront disponibles pour recruter de nouveaux talents. À plus court terme, M. Couillard a également besoin de ces informations pour la formation de son Conseil des ministres qui fera la campagne électorale.
Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, le bureau de M. Couillard ne semble pas très pressé. Même si les spéculations sur un possible remaniement en juin ont commencé, M. Couillard ne donne aucun indice sur ses intentions. Selon trois interlocuteurs différents interrogés au cours des derniers jours, le premier ministre pourrait attendre à la fin de l'été et même en janvier prochain pour présenter son équipe électorale. «À quoi sert de remanier en juin et d'envoyer les mécontents grogner dans leurs comtés tout l'été?» m'a-t-on confié. La sortie du député de Chomedey, Guy Ouellette, en fin de semaine, a illustré les dangers de décisions prématurées. M. Ouellette a dit subir des pressions de la part des autorités du parti qui tentent de le pousser vers la sortie. Il a soutenu que d'autres députés ont fait l'objet des mêmes pressions.
Le fait est que le premier ministre n'aura pas une grande marge de manoeuvre pour changer l'image de son gouvernement en vue des prochaines élections. Tous ses grands ministères sont déjà pris : Gaétan Barrette veut rester à la Santé, Sébastien Proulx est très apprécié à l'Éducation, Carlos Leitão est respecté aux Finances, Dominique Anglade vient d'arriver à l'Économie, et Pierre Moreau gère bien le Conseil du trésor dans l'attente d'un poste plus exigeant.
C'est donc sur des ministères moins visibles que M. Couillard pourra bouger. Non pas pour rajeunir son cabinet, mais pour ajuster le tir. Laurent Lessard ne pourra conserver à la fois les Transports et l'Agriculture. Les regards se tournent vers Pierre Arcand pour les Transports. Pierre Moreau a déjà manifesté un intérêt pour les Ressources naturelles dans le passé, mais il pourrait servir ailleurs compte tenu de ses compétences et de ses talents de communicateur. Stéphanie Vallée éprouve de sérieuses difficultés à la Justice et sera remplacée. Elle est ministre responsable de l'Outaouais, mais la pluie d'éloges internes à l'endroit de son collègue André Fortin de Pontiac laisse croire qu'il aura une promotion.
Les grands points d'interrogation se tournent vers des ministres et députés qui pourraient ne pas revenir. Le départ de Jacques Chagnon pourrait ouvrir une circonscription pour Hélène David ou Pierre Arcand, dont les comtés ont été fusionnés. Christine St-Pierre a encore la flamme, mais l'état de santé de son conjoint la force à réfléchir. Rita de Sentis pourrait retourner sur les banquettes arrières. Pierre Paradis ne reviendra probablement jamais, Lise Thériault semble fatiguée, et David Heurtel a la réputation de faire des crises de colère qui indisposent ses collègues.
Remaniement il y aura même si on ne sait pas quand, mais l'image générale de l'équipe Couillard ne changera guère, d'autant plus que Jean-Marc Fournier entend rester. Les libéraux font remarquer que la plupart des figures de proue du conseil des ministres, les Leitão, Barrette, Coiteux, Anglade, Blais, David, Heurtel et Sébastien Proulx, ont été recrutées par Philippe Couillard. Ce ne sont pas quelques modifications à l'interne qui changeront donc substantiellement l'image de ce gouvernement à l'approche des élections.