Ironie du sort, c'est au Québec et jusque dans son propre comté de Beauce que l'adversaire de Maxime Bernier lui a fait le plus mal en courtisant le monde agricole.

Coiffé au fil d'arrivée

CHRONIQUE / Défaite crève-coeur pour Maxime Bernier qui a mené la course jusqu'à la dernière minute, pour être coiffé au fil d'arrivée par Andrew Scheer, avec une minuscule avance de moins de 1 %. La défaite est d'autant plus frustrante pour le Beauceron que c'est la campagne de l'Union des producteurs agricoles contre son opposition à la gestion de l'offre qui a fait la différence.
Tout au long de sa campagne au leadership, Maxime Bernier avait scandé que sa victoire permettrait au parti conservateur de faire des gains substantiels au Québec et permettrait de battre Justin Trudeau aux prochaines élections. Ironie du sort, c'est au Québec et jusque dans son propre comté de Beauce que son adversaire lui a fait le plus mal en courtisant le monde agricole.
Quelle forme de leadership Andrew Scheer offrira-t-il aux conservateurs? Il est trop tôt pour faire des prédictions. L'euphorie qui a gagné la salle à l'annonce de sa victoire démontre toutefois que l'homme part avec un grand bagage de sympathie. Les militants des partis politiques aiment les gagnants. Or la victoire de Scheer, qui est parti avec sept points de retard derrière Bernier au premier tour pour le dépasser au 13e tour, lui a valu l'admiration de la foule réunie en banlieue de Toronto. Il commence son mandat avec l'appui de 24 députés, ce qui est de nature à l'aider dans son nouveau rôle. D'ailleurs, son autre adversaire principal, Erin O'Toole, cachait mal en entrevue sa préférence pour Scheer.
Le grand gagnant de cette course au leadership est le Parti conservateur qui ne sort pas divisé entre deux clans, comme ce fut le cas dans la lutte opposant Brian Mulroney à Joe Clark, ou encore celle entre Jean Chrétien et Paul Martin. La présence sur les rangs de 13 candidats et le pourcentage important des votes obtenus par plus de la moitié de ces candidats dans le premier tour ont donné lieu à un véritable suspense dont seuls les militants avaient la clef. 
Contrairement aux congrès de leadership traditionnels où les candidats éliminés dirigent leurs appuis vers l'un ou l'autre des favoris, ce sont les deuxième, troisième et jusqu'au treizième choix inscrits à l'avance sur les bulletins de vote qui ont déterminé le gagnant. Ce qui fait qu'on n'a pas vu, dans le congrès d'hier, de batailles pour les militants dans les corridors, ou de gestes de trahisons des candidats les uns envers les autres.
La durée du suspense a également donné une grande visibilité à la conclusion de cette course au leadership qui n'avait pas brillé en raison du manque de notoriété et de charisme des candidats.
Que signifie l'arrivée d'Andrew Scheer pour Justin Trudeau? Il serait farfelu de faire des prédictions aussi tôt. Mais sur le plan de l'image, il pourra opposer sa jeunesse (38 ans) à celle du premier ministre (45 ans), ce qui semble être un atout de nos jours. Sur le plan des idées, il arrive avec des opinions carrément opposées à celle de son adversaire libéral, notamment sur les questions budgétaires et environnementales: il promet la fin des déficits et le rappel de la taxe sur le carbone.
Scheer peut prétendre au bilinguisme même s'il a encore des progrès à faire. Il a promis samedi soir de «s'occuper du Québec», et notamment de venir en aide aux travailleurs forestiers et aux producteurs agricoles. Visiblement, il n'oubliera pas de sitôt que s'il a battu Maxime Bernier, c'est grâce à la lutte menée par l'UPA sur la gestion de l'offre. C'est un appui qu'il voudra sans doute maintenir. Mais avant de «s'occuper» du Québec, il devra d'abord s'y faire connaître... pour mieux nous connaître.