Un policier de la Ville de Québec près du Centre Culturel Islamique de Québec, peu de temps après le drame

Cauchemar

CHRONIQUE / Chez nous, à Québec? Incompréhensible, et d'une grande tristesse. Voir ici, dans une ville, une province et un pays aussi paisibles, la manifestation de la haine et des préjugés qui font des centaines de milliers de victimes ailleurs et qui forcent l'exil de familles entières qui fuient la guerre et les génocides... Le choc est brutal.
On ignore encore, au moment d'écrire ces lignes, l'identité et les motifs des auteurs de cet attentat. Mais on pleure déjà les victimes, tout comme on a pleuré celles du Bataclan et celles de tous ces lieux visés par des criminels qui se donnent le droit de vie ou de mort sous prétexte d'idéologie ou de cause à défendre. Parce qu'il s'agit de criminels, sans plus.
Cette fois, les victimes sont nos soeurs et nos frères de la communauté musulmane de la ville de Québec. Une communauté paisible, que l'on côtoie tous les jours dans la rue, à l'université, dans les transports en commun, dans le taxi, dans les commerces.
Ce soir, nos pensées vont à tous ces gens qui ont fait du Québec leur patrie d'accueil, et qui ne méritent pas de subir cette haine qui fait tache d'huile partout sur la planète.
Il est tentant, devant un tel drame, de spéculer sur les liens possibles entre cet attentat et le discours xénophobe de Donald Trump, qui vient de fermer les frontières à plusieurs pays musulmans. Ce discours aurait-il conforté ceux qui, parmi nous, voient une menace dans l'immigration en provenance de pays musulmans? Ce serait terrible.
Que faire au lendemain d'un tel drame? Les autorités répondront de façon habituelle. Elles dénonceront cette brutalité, elles promettront des mesures policières accrues pour protéger les communautés visées. Mais il faudra davantage. Dans l'immédiat, ce sont les Québécois qui doivent réagir et porter leur amitié et leur compassion jusqu'aux portes de la mosquée touchée, comme on l'a fait devant le Bataclan ou Charlie Hebdo. Il faudra pousser notre amitié plus loin encore et tripler nos efforts pour rassurer ces concitoyens, nouveaux Québécois, qui sont venus partager notre vie et notre pays.
Ce n'est pas un fait divers banal qui vient de troubler notre quiétude : c'est un acte de barbarie qui appelle la haine et la vengeance, une réaction en chaîne qu'on a vue ailleurs et qu'il faut éviter ici. Aujourd'hui, il faut pleurer les victimes. Demain, il faut se donner la main pour mieux se connaître, pour panser les plaies et bâtir un avenir commun à l'abri de telles atrocités.
Parce qu'autrement, c'est invraisemblable, ce qui nous attend. Imaginez un monde où il faudrait des gardiens armés à l'entrée des églises et des mosquées...