«Notre approche, c'est d'appuyer la transition numérique. Nous ne voulons pas soutenir des modèles d'affaires qui sont déficitaires», a déclaré Mélanie Joly jeudi en parlant des médias écrits. Des propos que ne digère pas notre chroniqueur.

Carrément insultant!

CHRONIQUE / «Notre approche, c'est d'appuyer la transition numérique. Nous ne voulons pas soutenir des modèles d'affaires qui sont déficitaires.» Ça prenait bien la ministre d'un gouvernement qui fait des milliards de dollars en déficits annuels et qui est incapable de gérer la paie de ses employés à cause d'un système informatique tordu pour tenir de tels propos.
Pendant que le gouvernement Trudeau annonce une exemption de taxes pour le géant américain Netflix, sa ministre Mélanie Joly décrète du même coup que l'industrie canadienne des médias écrits, piratée par d'autres géants comme Google et Facebook, n'aura pas d'aide parce qu'elle est «déficitaire». C'est carrément insultant.
Les propos de la ministre sont à ce point ambigus et imprécis qu'on se demande si elle sait au moins de quoi elle parle. D'une part, elle veut appuyer la transition numérique des médias écrits, mais elle ne veut pas soutenir les entreprises dont le modèle d'affaire est déficitaire. Question : l'industrie des journaux au Canada aurait-elle besoin de l'aide gouvernementale si elle faisait des profits? Bien sûr que non. C'est justement parce que la transition vers le numérique est longue et difficile qu'elle a besoin d'une aide temporaire. Si on attend la mort des journaux pour appuyer la transition, il n'y aura plus de transition.
De la même manière, la ministre semble vouloir limiter son aide à la transition aux médias communautaires et aux périodiques. Mais a-t-elle seulement pensé que lorsqu'elle reçoit sa revue de presse à tous les matins, c'est la presse nationale quotidienne de Vancouver, Calgary, Toronto, Montréal, Québec et Halifax qui l'alimente? Ce dont on parle ici, ce n'est pas de venir en aide aux barons de la presse. C'est d'assurer la survie des salles de nouvelles pendant la transition en cours. 
L'équation est simple : pas de journalistes, pas de nouvelles, pas d'enquêtes, pas d'analyses, pas de chroniques et d'éditoriaux. Toutes les facettes de l'actualité sont concernées : actualités régionales, nationales, sportives, économiques et culturelles.
On m'accusera d'être en conflit d'intérêts parce que je suis dans ce métier? Pas de problème avec ça. Parce qu'en fin de carrière, ce n'est pas de ma petite situation personnelle dont il est question ici. C'est celle des milliers de personnes qui oeuvrent encore dans les médias canadiens, et qui continuent d'y croire malgré des coupes budgétaires et des réductions d'effectifs sévères depuis trois décennies. Si les journalistes ne défendent pas leur rôle dans la société, qui le fera? Certainement pas les Google et Facebook de ce monde qui piratent les revenus publicitaires de nos entreprises.
Le monde change et les sociétés évoluent. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Dans notre métier, c'est le taux de lecture et de fréquentation des médias écrits et télévisés qui est à la baisse. Les jeunes vont s'informer ailleurs, ou croient s'informer ailleurs. Parce que les fake news ou les fausses nouvelles dont se plaignait Donald Trump (à tort dans son cas), existent réellement et sont en pleine croissance. Faire comme si ces changements n'existaient pas et ne menaçaient pas la qualité de nos institutions démocratiques est totalement irresponsable.
Tout comme il est irresponsable, comme l'a fait Mme Joly, de soustraire Netflix des taxes payées par ses compétiteurs canadiens, et de lui confier le mandat de faire des productions originales canadiennes et québécoises. Jusqu'à preuve du contraire, des productions «originales» conçues et décidées aux États-Unis seront des productions américaines, même si elles sont tournées au Canada avec des acteurs canadiens.
Mélanie Joly doit refaire ses devoirs.