Voter Bougon ou élire Donald Trump, c'est au départ un vote de protestation contre des élus qui ont perdu notre confiance. Mais le cynisme auquel s'abreuvent certains critiques crée des distorsions. On peut rire de ce discours lorsqu'il s'agit d'un film comme Votez Bougon, mais il est dangereux de le prendre au sérieux.

Bougonneries de fin d'année

CHRONIQUE / Je suis allé voir Votez Bougon avant Noël. J'aurais dû me méfier: après l'invraisemblable victoire de Donald Trump aux États-Unis et la sortie de Bernard «Rambo» Gauthier au Québec, j'ai fait une indigestion des 90 minutes de bougonneries du film de Jean-François Pouliot.
J'y suis allé parce que j'aime beaucoup les comédiens comme Rémy Girard, Hélène Bourgeois Leclerc et Antoine Bertrand. Je m'attendais à une bonne pinte de rire en réaction aux mauvais coups de cette clique colorée et sans scrupules. Mais à l'exception de quelques scènes amusantes, je n'y ai retrouvé qu'une plongée désolante dans le cynisme ambiant et contagieux dont on aime trop se nourrir dans nos sociétés démocratiques.
Je comprends que les médias, dont je suis, sont en partie responsables de ce cynisme. L'essence même du travail des journalistes est de garder un sens critique devant le discours officiel de nos élus. Le quatrième pouvoir, puisqu'on l'appelle ainsi, doit maintenir une saine distance avec les politiciens pour protéger son indépendance et évaluer le plus objectivement possible le fonctionnement de nos institutions. C'est un rôle difficile et nous ne sommes pas parfaits. Mais l'arrivée des médias sociaux dans le monde accéléré de l'information en continu a créé un monstre. Ce n'est plus le quatrième pouvoir, c'est le cinquième dont il est question ici. Un pouvoir qui s'alimente au cynisme, qui dénonce, qui vilipende et qui fait la cour à un public frustré et friand d'une justice expéditive, comme dans le Far West.
Les scandales politiques sont aussi vieux que nos institutions politiques. Mais ce qui a changé, c'est la multiplication des plateformes où l'on peut faire un procès expéditif de nos élus et de nos institutions, sans avoir à documenter les critiques.
Voter Bougon ou élire Donald Trump, c'est au départ un vote de protestation contre des élus qui ont perdu notre confiance. En démocratie, c'est le réflexe normal de l'électorat quand il ne se retrouve plus dans les politiques de son gouvernement. Ce qui est malsain et dangereux, c'est de voir des sociétés se tourner vers des apprentis sorciers qui prétendent avoir des réponses à tous les problèmes, sans en faire la démonstration. C'est ce qu'on a vécu avec la campagne électorale de Donald Trump, et c'est ce à quoi nous a conviés Bernard «Rambo» Gauthier en annonçant la formation d'un nouveau parti politique au Québec. 
Tous les politiciens dorent la pilule pour séduire l'électorat en campagne électorale. On nous promet le changement, la transparence, la prospérité. On a l'habitude de ces promesses et il est généralement possible de faire la part des choses avant d'inscrire son vote. Mais le cynisme auquel s'abreuvent certains critiques crée des distorsions. On peut rire de ce discours lorsqu'il s'agit d'un film comme Votez Bougon, mais il est dangereux de le prendre au sérieux. Donald Trump a promis d'écouter les citoyens américains, de défendre la classe moyenne et de venir en aide aux oubliés du système politique. Mais ses premières décisions ont été de s'entourer de milliardaires comme lui qui n'ont certainement pas à coeur le sort de leurs concitoyens ordinaires, ni même la connaissance de leur réalité.
Tous les nouveaux gouvernements connaissent des difficultés de départ et d'ajustement, même lorsqu'ils sont dirigés par des équipes aguerries. Imaginez la situation quand vous n'avez aucune expérience... Si j'avais une prédiction à faire, à la veille de la nouvelle année, c'est que Donald Trump se dirige tout droit vers des erreurs spectaculaires. Les Américains ont voté Bougon. Le problème, c'est que nous subirons aussi les conséquences de ce vote.