Alors que Gaétan Barrette a chambardé le monde de la santé à coup d'ultimatums et de directives, Sébastien Proulx (à droite) lance sa réforme sous le signe de la consultation et de la valorisation.

Barrette bouscule, Proulx consulte

CHRONIQUE / Le Québec dépensera 54,6 milliards $ dans la santé et l'éducation au cours de l'année budgétaire 2017-2018. C'est plus de la moitié des dépenses courantes de 93 milliards $ du gouvernement. À eux seuls, les ministres Gaétan Barrette et Sébastien Proulx gèrent la quasi totalité des budgets alloués à ces deux missions de l'État. Ils en mènent large, mais pas de la même façon.
Ce qui m'a frappé, dans le lancement de la politique de réussite éducative de Sébastien Proulx mercredi, c'est de voir à quel point l'approche du ministre de l'Éducation est différente de celle de son collègue à la Santé.
Alors que Gaétan Barrette a chambardé le monde de la santé à coup d'ultimatums et de directives, Sébastien Proulx lance sa réforme sous le signe de la consultation et de la valorisation. Alors que Gaétan Barrette a prôné la centralisation des pouvoirs jusqu'au bureau du ministre, Sébastien Proulx promet la décentralisation et une plus grande autonomie aux écoles et aux professeurs.
Il faut dire que la santé faisait face à une résistance très forte du monde médical. Gaétan Barrette a mené les batailles des médecins spécialistes dans son ancienne vie de leader syndical. Il a sans doute jugé qu'une approche autoritaire était le seul moyen de changer les choses. Mais son comportement tient aussi beaucoup à sa personnalité.
Sébastien Proulx, par contre, nous annonce une réforme dont les objectifs et les moyens feront consensus. Personne ne peut s'objecter à une valorisation du personnel enseignant, à la modernisation des encadrements pédagogiques ou à la contribution du milieu des affaires à la réussite éducative.
Ce qu'on veut voir, par contre, ce sont les gestes concrets que va poser le ministre au cours de la prochaine année pour donner un sens à sa politique. C'est bien de se donner des objectifs pour 2030, mais ce gouvernement ne sera pas au pouvoir pendant 13 ans de plus...
Il faut cependant accorder une chose à Sébastien Proulx:  il n'est pas que de passage à l'Éducation, et il a pris son mandat avec l'enthousiasme de quelqu'un qui veut vraiment faire bouger les choses. Le monde de l'éducation a vu trop de ministres passer au cours des dernières années. Il est incroyable, en rétrospective, que Philippe Couillard ait pu faire l'erreur de confier ce mandat à Yves Bolduc, en 2014, pour faire de la place à Gaétan Barrette à la Santé.
L'arrivée de Sébastien Proulx à la tête de ce ministère a finalement permis de voir quelqu'un aux commandes qui s'intéresse vraiment à ses dossiers, qui visite les écoles, qui parle aux professeurs et aux administrateurs. Proulx a des enfants à l'école, et ça paraît. L'homme est dynamique et il a une bonne expérience politique qui remonte à l'ADQ de Mario Dumont dont il a été le leader parlementaire. Qui plus est, il est un excellent communicateur et il a pris la tête du ministère à une époque où le gouvernement abandonne ses politiques d'austérité pour investir davantage dans les grandes missions de l'État.
Bref, les astres sont bien alignés.
Il y a des décennies que les partis politiques à Québec insistent sur la nécessaire réforme de l'éducation. André Boisclair en a fait sa priorité en 2005 lorsqu'il a pris la direction du Parti québécois. François Legault promettait de s'attaquer au décrochage scolaire lorsque Lucien Bouchard lui a confié l'Éducation en 1998. Philippe Couillard a fait sa campagne électorale de 2014 en promettant d'investir sur la scolarisation et la formation de nos jeunes. De promesse en promesse, on finit par ne plus y croire. Sébastien Proulx a un an pour démontrer qu'il peut faire une différence. C'est court.