La collaboration promise par Justin Trudeau avec ses homologues provinciaux a souffert, lundi, lors de la rencontre sur la santé à Ottawa.

Adieu la collaboration!

CHRONIQUE / Pour comprendre l'échec de la rencontre de lundi sur la santé à Ottawa, il faut connaître le préjugé qui a toujours marqué les relations entre le gouvernement fédéral et les provinces. À quelques exceptions près, les politiciens et les fonctionnaires fédéraux ont toujours considéré les dirigeants des provinces comme des quêteux qui lorgnent l'argent du fédéral. Plus on leur en donne, plus ils en demandent... Ottawa a toujours préféré utiliser lui-même son pouvoir de dépenser dans les juridictions provinciales, au lieu de voir son financement disparaître dans les transferts aux provinces sur lesquels il a peu de contrôle et de visibilité.
C'est vrai que les provinces sont souvent en demande à l'endroit des fonds fédéraux, mais c'est tout aussi vrai que le gouvernement canadien a retrouvé l'équilibre budgétaire sous Jean Chrétien, en sabrant unilatéralement dans ses transferts aux provinces.
Justin Trudeau a pris le pouvoir en promettant de rétablir la collaboration avec ses homologues provinciaux. Il était sincère et a pris la mesure de l'importance de cette collaboration à la rencontre de Paris sur les changements climatiques, il y a un an. Sans les provinces, le gouvernement canadien n'aurait rien eu de nouveau à présenter à cet événement. 
La situation vient de changer radicalement. Ce ne sont pas à de véritables négociations auxquelles les ministres de la Santé et des Finances avaient été convoqués à Ottawa. C'est à la présentation d'une offre à prendre ou à laisser. 
Il y a donc eu échec. Mais au-delà du débat sur les chiffres, c'est la collaboration promise en campagne électorale qui a souffert de cette rencontre. Cette promesse n'a pas survécu au premier grand défi du gouvernement Trudeau. Bien sûr, il y aura une rencontre des premiers ministres en 2017, mais pas sur la santé, nous a précisé mardi le bureau de M. Trudeau.
Cet échec de la collaboration se double d'une autre impasse. En campagne électorale, le chef libéral avait promis d'investir 3 milliards $ sur quatre ans dans les soins à domicile. Or le calendrier actuel des déboursés fédéraux à ce chapitre ne contient que 400 millions $ pour l'année qui se termine et 650 millions $ pour la prochaine. Il accuse donc déjà un retard de 1 milliard $. Plus encore, on ne voit pas comment Ottawa pourra utiliser les sommes promises à ce chapitre, sans la collaboration des provinces.
La stratégie habituelle du fédéral, dans de telles situations, est de conclure des ententes individuelles avec les gouvernements provinciaux, afin de briser le front commun. Le Nouveau-Brunswick a toujours été l'une des provinces les plus collaboratrices avec Ottawa dans ce genre de situation. Ce pourrait être le cas à nouveau en 2017, compte tenu notamment des attentes du premier ministre Brian Gallant à l'endroit de la décision fédérale sur Énergie Est. Mais il est douteux, sur un dossier aussi lourd à porter financièrement que la santé, que le Québec se trouve isolé face à Ottawa. L'Ontario de Kathleen Wynne, notamment, ne laissera pas tomber Philippe Couillard sur le sujet.
Tout le monde comprend que le gouvernement Trudeau, qui entrevoit déjà des déficits très importants, a un devoir de prudence dans ses dépenses. Mais personne n'acceptera de voir Ottawa réduire à nouveau sa participation à la santé, un poste budgétaire de plus en plus exigeant à cause du vieillissement de la population. Ce serait indéfendable devant l'opinion publique. C'est là que se situe le véritable point de départ des négociations auxquelles le gouvernement Trudeau devra se plier, à moins de faire une croix définitive sur la collaboration promise en campagne électorale.