Chronique

L’effet Trump chez nous

CHRONIQUE / Donald Trump n’a qu’à bien se tenir! Philippe Couillard est en route pour Washington et New York où il se portera à la défense des intérêts du Québec.

Dans le cynisme ambiant de la campagne électorale, il serait tentant de ne voir qu’une manœuvre partisane dans la démarche du premier ministre. C’est d’autant plus tentant que M. Couillard fait valoir, depuis quelques jours, qu’en raison du contexte économique incertain créé par la guerre commerciale avec Washington, le Québec a besoin d’un gouvernement fort et expérimenté… donc libéral!

Faute de pouvoir dénoncer les souverainistes en campagne électorale, les libéraux seront bien heureux d’exploiter la menace américaine pour semer le doute sur la compétence d’un éventuel gouvernement de la CAQ. C’est de bonne guerre dans les circonstances, d’autant plus que cette menace est bel et bien réelle.

Mais campagne électorale ou pas, le gouvernement Couillard serait malvenu de se croiser les bras et de compter uniquement sur le gouvernement Trudeau pour défendre nos intérêts contre le protectionnisme de Donald Trump. Dans un tel contexte, ce n’est pas seulement le gouvernement canadien qui doit aller au front. Tous les niveaux de gouvernement et les organismes ou institutions qui transigent de près ou de loin avec les États-Unis doivent se faire entendre au sud de la frontière. 

Il est illusoire de penser convaincre ou amadouer Trump. C’est donc sur les autres niveaux politiques et sur la communauté des affaires de nos voisins du sud qu’il faut concentrer nos efforts. La dégelée que le Comité des finances du Sénat américain a servi mercredi au secrétaire au Commerce de Trump, Wilbur Ross, illustre bien l’influence que le Canada peut jouer auprès de la classe politique à Washington.

Le Québec est particulièrement bien placé à ce chapitre en raison de ses relations commerciales étroites avec les États du nord, et de son rôle au sein de la Conférence annuelle de gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada. 

Qui plus est, Philippe Couillard ne court pas le risque de Justin Trudeau en dénonçant les politiques de Donald Trump. Le président américain a un trop grand égo pour perdre son temps à répondre aux premiers ministres des provinces, dont il ne connait même pas les noms. Mais M. Couillard a tout intérêt à se porter à la défense du Québec et même de l’Ontario dans la guerre tarifaire qu’a déclenchée Washington sur l’acier et l’aluminium. Un guerre que la Maison blanche menace de faire porter sur l’industrie de l’auto. En campagne électorale, le premier ministre est le seul chef politique du Québec qui dispose de l’autorité nécessaire pour se porter immédiatement à la rescousse de nos industries menacées par les tarifs, et d’aller porter le message à Washington et à New-York. François Legault et Jean-François Lisée peuvent déplorer et dénoncer le protectionnisme de Trump, mais ils ne sont pas en position pour lancer des initiatives en sol américain. Après le 1er octobre ce sera peut-être différent, mais d’ici là, c’est le premier ministre qui parle au nom des Québécois. On peut l’accuser d’électoralisme, mais c’est quand même son devoir.

M. Couillard a fait d’une pierre deux coups dans sa démarche, en téléphonant au premier ministre élu de l’Ontario, Doug Ford. Il a trouvé là une oreille sympathique à cause des dangers que font peser les menaces de Trump sur l’industrie ontarienne de l’auto. Même si Doug Ford n’est pas sur la même longueur d’onde que le Québec dans la lutte contre les changements climatiques, le maintien de bonnes relations avec l’Ontario demeure essentiel, peu importe qui sera au pouvoir après les élections du 1er octobre.

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Le cannabis et les élections fédérales

CHRONIQUE / Après des mois de discussions avec les provinces et d’objections de la part des sénateurs, le gouvernement Trudeau a finalement obtenu le feu vert pour aller de l’avant avec la légalisation du cannabis. Fumer un joint n’est pas encore permis, mais il le sera à partir du 17 octobre. À 15 mois des prochaines élections fédérales, la légalisation du cannabis au pays a de bonnes chances d’être perçue comme le principal legs du gouvernement Trudeau.

Les débats des derniers mois ont démontré les avantages et les dangers liés à la légalisation de la consommation et de la production du cannabis. Mais une fois la décision politique prise et entérinée par les institutions concernées, le véritable défi du gouvernement canadien et des provinces sera de faire un suivi minutieux et attentif de son application.

Il serait naïf de croire que l’entrée en vigueur de cette législation ne causera pas de problèmes. L’idée maîtresse qui doit dicter le suivi à ce changement doit porter sur une réaction rapide aux mauvaises surprises. 

Les politiciens ont souvent l’habitude de passer à autre chose une fois leurs politiques adoptées. Ils attendent les rapports d’experts ou des vérificateurs pour corriger le tir, ce qui prend généralement beaucoup de temps. À Québec, c’est le prochain gouvernement qui verra à l’application et à la surveillance de la réglementation sur le cannabis. Comme la nouvelle équipe gouvernementale sera élue le 1er octobre, ses priorités seront ailleurs. Elles porteront notamment sur la composition du Conseil des ministres, et la préparation du prochain exercice budgétaire. Il faut du temps à un nouveau gouvernement pour se mettre en place et il en faudra davantage si c’est l’équipe de François Legault qui prend le pouvoir.

La situation n’est pas la même à Ottawa. Il s’écoulera une bonne année avant le rendez-vous électoral d’octobre 2019. Une année pendant laquelle la moindre anicroche liée à la légalisation du pot fera les manchettes et alimentera les critiques de l’opposition. Même si les municipalités et les provinces seront les premières instances à écoper, tout le monde saura que c’est d’Ottawa qu’est venue la décision de légaliser l’usage du cannabis au pays. Le gouvernement fédéral n’aura pas le loisir de s’en laver les mains sous prétexte que les problèmes soulevés ne sont pas de sa juridiction.

On l’a vu dès mercredi, la décision du gouvernement canadien a fait l’objet des manchettes dans toutes les grandes capitales. Le Canada est le premier pays du G7 à légaliser le cannabis. L’expérience canadienne sera donc suivie avec intérêt par la communauté internationale. Ce serait un bien mauvais signal s’il fallait que les problématiques en lien avec cette décision en viennent à prendre la vedette sur les objectifs de ce changement. S’il fallait par exemple que la légalisation ne parvienne pas à sortir le crime organisé de ce commerce. Ou encore que ce changement législatif ait comme résultat d’accroître considérablement la consommation chez nos jeunes, ou d’augmenter les tragédies routières.

C’est aux provinces et aux municipalités qu’il incombera d’accompagner ce changement, mais c’est vers Ottawa que les regards se tourneront pour voir si la légalisation du pot a été assortie des mesures préventives nécessaires pour en faire un succès.

La victoire des conservateurs dans l’élection complémentaire de lundi dans Chicoutimi–Le Fjord n’avait probablement rien à voir avec cette affaire. Mais elle a tout de même démontré que le Québec n’est pas acquis aux libéraux. À la lumière de ces résultats, il ne faudrait surtout pas que la mise en place de la légalisation du cannabis s’avère un désastre pendant sa première année.

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«Le député, c’est de la schnoutte!»

CHRONIQUE / Après 42 ans à l’Assemblée nationale, le doyen des élus, François Gendron, reproche aux médias d’avoir largement contribué à discréditer le rôle des députés. «Le député, c’est de la schnoutte» aux yeux des médias, a déclaré M. Gendron, dans une entrevue à La Presse canadienne. Selon lui, les médias sont coupables de ne pas inviter les élus à commenter l’actualité politique, et d’inviter à la place une horde de «commentateux» de tout acabit «qui polluent les ondes».

Je ne sais pas à qui en particulier M. Gendron faisait référence, mais ce n’est pas très gentil pour ses anciens collègues comme Rémy Trudel, Louise Beaudoin, ou Yves-François Blanchet, qui comptent parmi les nombreux «ex» de la politique qui sont régulièrement invités à commenter l’actualité.

Cela dit, M. Gendron a raison sur un point : il n’y a pas beaucoup de place pour les députés dans le paysage médiatique accaparé par les chefs de parti et les ministres du gouvernement. Et c’est vrai que l’espace-temps accordé au commentaire politique, depuis une décennie ou deux, a souvent été donné à des anciens politiciens qui prennent toute la place. Au lieu de rechercher l’expertise chez les députés, les recherchistes des médias se tournent souvent vers ces politiciens d’une autre époque, parce qu’ils sont disponibles et qu’ils sont censés savoir. 

Mais s’il faut partager les reproches de François Gendron, il faut aussi regarder du côté des élus. Leur problème, c’est que les partis politiques ne leur laissent pas beaucoup de liberté dans leurs relations avec les médias. Si vous appelez au bureau du député X ou Y, peu importe la couleur du parti, il y a de fortes chances qu’un apparatchik du bureau du chef vous rappelle pour savoir de quoi vous désirez causer. Et si le sujet est le moindrement controversé, le député se fera dicter une «ligne de presse» ou se fera dire de ne pas retourner l’appel. 

Quand vous avez gagné leur confiance, certains députés vont accepter de vous parler, à la condition que ce soit off the record. Mais ce n’est pas ainsi qu’ils vont se faire valoir ou se faire connaître du public.

Le fait est qu’il est très difficile pour la plupart des élus de traiter avec les journalistes. Certains en ont une peur bleue, d’autres sont maladroits, et les audacieux qui osent nous parler risquent de se retrouver en porte à faux avec les politiques officielles du parti ou de leur chef.

Il y a pourtant des exceptions à la règle. C’est là que les élus qui désirent être plus que de «la schnoutte» devraient prendre modèle. J’ai encore en mémoire le cas de l’ancien député libéral fédéral Jean-Claude Malépart au début des années 80. Ce n’était pas le plus éloquent ni le plus instruit, mais il avait une grande qualité, soit d’exprimer tout haut, même devant Pierre Elliott Trudeau, ce qu’il ressentait de la part de ses concitoyens. Il n’y avait pas de game politique avec lui, simplement l’expression franche et honnête de son opinion.

Plus près de nous, le caquiste Simon Jolin-Barrette a rapidement fait sa place auprès des médias en provoquant des rencontres et en affichant son ouverture. Ce n’est pas tout le monde qui a cette capacité et qui jouit d’une telle confiance, mais son cas démontre que c’est possible, à la condition d’y mettre le temps et les efforts. 

Ce n’est pas facile de communiquer efficacement dans le monde médiatique actuel, dominé par «les clips» de 10 ou 15 secondes. Des clips qui ne trouvent leur place dans les bulletins de nouvelles que si leur auteur place son parti ou le gouvernement dans l’embarras. Le reproche que François Gendron fait aux médias est donc partiellement mérité, mais il ne couvre qu’un côté de la réalité.

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Mes clins d’oeil de la semaine

Cordonnier mal chaussé

Le nouveau code de la sécurité routière impose aux automobilistes de céder la priorité aux piétons dans les passages réservés à cette fin, lorsqu’ils manifestent leur intention de traverser la voie publique.

C’est bien, mais encore faudrait-il que les passages réservés aux piétons soient clairement indiqués. Or, ici-même à Québec, à deux pas de l’Assemblée nationale, la Ville n’a toujours pas repeint les passages pour les piétons. Des passages où circulent quotidiennement des centaines de fonctionnaires, de députés, de ministres et même le lieutenant gouverneur! Un oubli? Oh que non! C’est la même chose chaque année. Un petit coup de pinceaux M. Labeaume?

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Faire durer le plaisir

François Legault a eu un aperçu, jeudi, des situations troubles qui l’attendent s’il forme le prochain gouvernement. Le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, a lancé le débat après lecture d’un reportage sur le président de la CAQ et candidat dans La Prairie, Stéphane Le Bouyonnec. L’homme avait des intérêts dans une compagnie qui fait des prêts privés à des taux d’intérêt de plus de 90 % en Ontario. L’affaire est légale dans la province voisine, mais ce taux est plus élevé que ceux du prêt usuraire au Québec. Gênant, gênant pour François Legault, même si Le Bouyonnec a tout de suite démissionné de l’entreprise. Le PQ a fait durer le plaisir en présentant une motion pour réaffirmer que le prêt usuraire est interdit au Québec. Une motion que François Legault et ses troupes ne pouvaient pas rejeter.

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Qui vit par l’épée…

Les caquistes, qui dénoncent régulièrement le gouvernement, ont été pris les «culottes à terre» dans cette affaire. Interrogé par les journalistes, le député Éric Caire a déclaré que le prêt usuraire ne correspond pas aux valeurs de son parti. Le Bouyonnec n’a pas apprécié d’être ainsi jugé et condamné sans procès par son collègue. «Sur les valeurs de la CAQ, M. Caire n’a pas de leçon à me donner, je suis un vieux routier» a-t-il déclaré, en ajoutant que dans toutes ses entreprises, il avait respecté la loi.

«Qui vit par l’épée périra par l’épée» nous rappelle une vieille expression biblique. Dans ce cas précis, la CAQ s’est fait servir la même recette qu’elle sert régulièrement aux autres partis.

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«Viarge!»

Le député François Gendron, qui présidait exceptionnellement la période de questions de jeudi, avait pourtant demandé à tout le monde de se comporter dignement. Jean-Marc Fournier a bien essayé, mais le député Éric Caire, une vraie mouche à… aux yeux des libéraux, a eu raison de sa patience en l’attaquant sur le cas de Pierre Paradis. «Un chum c’t’un chum», a répété Caire à plusieurs reprises. Excédé, Fournier a lâché un «viarge!» bien senti, ce qui n’est pas tout à fait parlementaire… La transcription de sa réponse a éliminé le juron, mais la vidéo l’a conservé. Ça ira dans les mémoires de Fournier, qui prend sa retraite à la fin de son mandat. Et si la CAQ prend le pouvoir, ça ira dorénavant dans le langage de Caire se retrouvera de l’autre coté de la clôture.

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Sur la ligne de départ

CHRONIQUE / Je connais François Legault depuis 1998, Philippe Couillard depuis 2003, et Jean-François Lisée depuis trop longtemps pour m’en souvenir, sauf que ça remonte à nos années communes à La Presse. Trois hommes respectables qui ne feront pas honte aux Québécois, quel que soit le résultat des élections générales du 1er octobre. Ma connaissance de Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois est plus récente, mais ce sont de bons parlementaires.

Sur la ligne de départ, c’est Philippe Couillard et François Legault qui dominent dans les sondages. Et j’ai trouvé ça triste de les voir tous deux clore la session parlementaire sur une note sombre touchant l’éthique. Du côté libéral, c’est la décision de demander un avis juridique externe sur le rapport de la commissaire à l’éthique touchant Pierre Paradis qui fait controverse. Du côté de la CAQ, c’est l’absolution donnée par François Legault au président de son parti et candidat dans La Prairie, Stéphane Le Bouyonnec. Dans les deux cas, ce sont des décisions éminemment discutables.

Je comprends que Paradis a peut-être payé pour les autres dans la décision de la Commissaire à l’éthique. Si on avait la liste complète des députés qui ont profité de leur allocation de logement pour acheter des propriétés et en faire profiter leur famille, on comprendrait que les règles touchant ces allocations ont été interprétées de différentes manières. J’ai même connu un député qui en avait profité pour s’acheter un condo dans un centre de ski de la région. Mais si la commissaire a été trop sévère à l’endroit de Paradis et que le précédent créé commandait un avis juridique externe, le gouvernement aurait dû à tout le moins prévenir les autres partis avant de le faire.

De la même manière, je comprends aussi que les activités de Stéphane Le Bouyonnec étaient légales parce qu’elles se faisaient en Ontario et non au Québec où de tels taux d’intérêt sont interdits. Mais François Legault fait fausse route en disant qu’il s’agissait simplement «d’une erreur». C’était plutôt un grave manque de jugement de la part d’un homme qui a déjà été député et qui connaît la loi. La réaction de M. Legault m’a tristement rappelé celle des libéraux dans les situations similaires. Comme le disait Éric Caire cette semaine en blâmant les libéraux dans le cas de Paradis, «un chum c’t’un chum». Ça s’applique maintenant à la CAQ.

Le plus navrant dans ce nouvel épisode touchant l’éthique, c’est que le député Éric Caire se soit lancé vendredi dans une dernière séance de salissage, à laquelle Jean-Marc Fournier a réagi comme on l’imagine. C’était totalement disgracieux.

Pourtant, les libéraux et les caquistes avaient bien amorcé la journée. Philippe Couillard a fait une bonne prestation sur son bilan tôt en matinée, en invitant les Québécois à lui renouveler sa confiance dans le monde économique incertain de Donald Trump. Sur un ton plus intime et émotif, François Legault a remercié son équipe et il a offert de «l’espoir» aux Québécois en leur disant que le Québec peut faire mieux. «Les libéraux vont essayer de mener une campagne de peur, mais à la peur on va opposer l’espoir», a dit M. Legault. Belle ligne de presse.

En début d’après-midi, Jean-François Lisée a également présenté son bilan de cette dernière session. Un bilan un peu long, très pédagogique, qui ne passera pas dans ses meilleures allocutions. Mais à tout le moins, il y a mis du contenu.

Nous sommes donc sur la ligne de départ, même si la campagne électorale ne sera officiellement déclenchée qu’à la fin août. Comme dans une série télévisée, le moment est venu de choisir vos comédiens pour la prochaine saison. Bonne réflexion.

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Nous sommes tombés dans le panneau

CHRONIQUE / Le rapport de la Vérificatrice générale sur les allégations de collusion et de corruption faites par Annie Trudel à l’endroit de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) nous interpelle tous, élus, non élus et médias d’information. Nous vivons dans un monde surmédiatisé où la moindre dénonciation devient trop souvent vérité, avant même que les faits ne soient vérifiés. Un monde où les médias et les élus devraient s’informer davantage avant de tomber aussi rapidement dans le lynchage public.

Le cas d’Annie Trudel est troublant. En suivi au rapport de la commission Charbonneau, l’Assemblée nationale a adopté en 2012 une loi forçant les entreprises engagées dans un processus d’appel, à obtenir préalablement une autorisation de l’AMF. Or, selon Mme Trudel, ce processus d’autorisation aurait donné lieu à une collusion entre l’UPAC et l’AMF, visant à favoriser une firme de consultants qui conseillait les entreprises dans leurs démarches. 

C’était grave comme accusation, parce qu’elle visait des organismes chargés précisément de surveiller l’intégrité du suivi donné à la commission Charbonneau. D’autant plus grave que les propos de Mme Trudel ont trouvé écho dans tous les médias, jusqu’à la tribune de Tout le monde en parle.

L’ampleur de ces accusations a amené la vérificatrice à faire un audit particulier après des organismes concernés, à examiner l’information détenue par ces organismes, à questionner les firmes de services professionnels et les entreprises impliquées dans le processus d’autorisation. On y a consacré 5500 heures de travail!

Conclusion : «Nos travaux d’audit n’ont pas permis de confirmer la présence d’un stratagème entre l’AMF et l’UPAC visant à favoriser une firme de consultants», a conclu le rapport. Annie Trudel a été rencontrée, mais elle a refusé de préciser ses accusations sous prétexte que ses renseignements auraient été obtenus «alors qu’elle collaborait avec un avocat». Elle a refusé d’identifier cet avocat.

Une lettre a été envoyée à 316 entreprises leur demandant si des employés de l’AMF ou de l’UPAC leur avaient recommandé une firme de consultants. Rien là non plus. Les courriels de ces deux institutions ont également été vérifiés.

Bref, il a fallu dépenser une fortune pour vérifier les allégations d’une personne dont la crédibilité avait déjà été mise à mal dans un autre dossier concernant le ministère des Transports. Une personne qui s’est lancée sur Twitter dès mercredi, pour dénoncer tout le monde : le Vérificateur général, le journal La Presse, et le gouvernement. Demain, ce sera sans doute à mon tour d’y passer. 

Il y a des gens qui voient des conspirations partout dans nos sociétés. Dans ce cas-ci, on en a fait une vedette pour constater une deuxième fois son manque de crédibilité.

Un jour, il se trouvera bien quelqu’un dans le monde universitaire pour faire le bilan de toutes ces allégations lancées régulièrement dans l’espace public. Combien de cas ont été confirmés et combien se sont avérés totalement faux, erronés, ou tirés par les cheveux? Un beau sujet de recherche.

Il y a eu de grands moments dans le travail journalistique au cours des dernières années. Le scandale sur la gestion de certains baux conclu par la Société immobilière du Québec, maintenant Société québécoise des infrastructures, en est un bon exemple. Même chose pour les compteurs d’eau à Montréal. Le questionnement sur les dépenses de la présidence de l’Assemblée nationale dans le cadre des délégations de députés à l’étranger est tout aussi légitime. 

Le cas de Mme Trudel n’est pas de cette nature. Nous sommes tombés dans le panneau.

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Pas question de présenter l’autre joue…

CHRONIQUE / L’abandon du G7 par Donald Trump en l’espace de deux tweets a été spectaculaire et insultant, mais il n’est guère différent de toutes les autres controverses que ce président a créées depuis son arrivée à la Maison-Blanche. La planète n’arrêtera pas de tourner à cause de lui. Les tractations entre ses négociateurs et ceux du Canada se poursuivront probablement, et Trump continuera de twitter. Quant aux effets de son retrait du communiqué du G7, il ne porte pas à conséquence parce que le texte n’engageait en rien les États-Unis sur les sujets chers au gouvernement Trudeau.

La véritable inquiétude au lendemain de sa sortie de samedi soir porte davantage sur la possibilité qu’il a évoquée d’une nouvelle ronde de tarifs sur l’industrie de l’automobile cette fois. La simple évocation d’une telle menace a semé l’émoi en Ontario, où les emplois de centaines de milliers de travailleurs sont directement liés à cette industrie. Si les Canadiens dans leur ensemble appuient le gouvernement canadien dans sa détermination de tenir la ligne dure sur l’ALENA, le nouveau gouvernement Ford serait très pénalisé par une telle guerre commerciale qui aurait des conséquences désastreuses sur son économie.

Dimanche matin, sur les ondes de Radio-Canada, le professeur Yan Cimon de l’Université Laval a fait valoir qu’il serait très difficile pour Washington d’appliquer des tarifs sur les automobiles assemblées au Canada et au Mexique, en raison de la forte intégration de cette industrie. Une auto construite au Canada, a-t-il expliqué, compte plus de 60 % de composantes en provenance des États-Unis. En d’autres mots, des tarifs sur l’industrie automobile du Canada priveraient également des milliers de travailleurs américains de leur emploi. 

Que feront les conseillers du président lorsqu’ils constateront la complexité d’un tel scénario? C’est difficile à dire parce que personne n’est en mesure de comprendre et encore moins de prédire ce qui se passe à Washington sous Donald Trump.

Une chose qui saute aux yeux cependant, c’est que les relations «cordiales» que le premier ministre Trudeau croyait pouvoir entretenir avec cet homme, malgré son imprévisibilité, sont définitivement ternies. Justin Trudeau a beau se montrer gentil, souriant et diplomate, il y a une chose que les Canadiens ne lui pardonneraient pas, c’est d’offrir l’autre joue à Trump après une gifle aussi cinglante. Et même si le président revient avec d’autres propos sympathiques envers Trudeau ou encourageants sur nos relations bilatérales, personne ici ne voudra le croire. L’homme est un menteur compulsif et une brute.

Ce sera fascinant de voir comment Kim Jong Un composera avec un tel personnage. Trump sera doucereux et flatteur en sa présence et une fois partie, il l’accusera d’être une menace pour l’humanité. C’est le scénario le plus plausible. 

Donald Trump me fait penser à ces conducteurs qui souffrent de la rage au volant quand ils montent dans leur automobile, et qui deviennent de petits moutons lorsqu’ils en sortent. C’est ce qu’on a vu dans Charlevoix: un Trump blagueur et accommodant, qui a retrouvé sa rage lorsqu’il est retourné à son clavier et qu’il a repris ses tweets

Bref, un personnage qui n’a pas le courage de vous dire en pleine face ce qu’il pense, et qui se défoule sur son clavier lorsqu’il est seul. Le seul espoir du Canada et de ses alliés est que Trump et les républicains soient punis aux élections de mi-mandat, et que l’électorat américain signe son congédiement aux prochaines élections présidentielles. En attendant, c’est Vladimir Poutine qui doit rire dans sa barbe.

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Kim ne pourra croire Trump après ça

CHRONIQUE / Justin Trudeau croyait avoir sauvé la journée, mais ça n’a pas duré 12 heures: Donald Trump l’a laissé tomber. Comment Kim Jong Un pourra-t-il prendra la parole de cet homme après une telle trahison du président envers son plus proche voisin et allié? Une fois encore, Trump a agi comme un bébé à qui on vient d’enlever sa suce.

Pourtant, les dirigeants du G7 étaient parvenus à s’entendre sur un communiqué final au lieu de s’en remettre à une déclaration de la présidence. Mais Donald Trump a renié sa signature en accusant Justin Trudeau d’avoir menti sur le commerce avec les États-Unis.

Pourtant, ce n’était pas un communiqué très engageant qu’avaient accepté les leaders du G7. Un communiqué à sept, à six et même à cinq. Le Japon et les États-Unis avaient refusé de s’engager dans un effort collectif sur le plastique pour protéger les océans. Les Américains n’avaient pas bougé sur l’accord de Paris concernant le climat. Ils n’avaient pas accepté d’être partie prenante à l’entente visant à améliorer le sort des femmes.

Sur le commerce, le texte négocié par les sherpas permettait à tous de rester sur leurs positions. D’ailleurs, avant de quitter samedi matin, le président avait demandé des échanges commerciaux «sans tarifs, sans barrières et sans subventions», tout en menaçant de couper les liens avec les pays qui refuseraient de se plier à ses exigences. 

Pour les Japonais, qui ont fait un point de presse avant le communiqué final, les deux mots les plus importants à surveiller porteraient sur un commerce mondial «libre et équitable, et le maintien des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Bref, tout le monde pouvait s’entendre sur ce genre d’objectif, même s’ils savaient tous qu’il serait impossible de s’entendre avec les Américains sur ce qui est équitable. D’ailleurs avant même de quitter Charlevoix, Donald Trump avait claironné à nouveau que son pays avait été floué par ses partenaires commerciaux depuis longtemps. Le seul changement dans son discours avait été de dire que les déficits commerciaux des États-Unis n’étaient pas la faute des leaders des autres pays, mais celle des présidents américains des 50 dernières années. 

Même Emmanuel Macron croyait qu’on avait sauvé la journée. Il avait convenu qu’il faudrait améliorer l’OMC et que le travail ne faisait que commencer. Mais l’important, selon lui, c’est qu’on avait «évité les déclarations qui nous auraient fait revenir en arrière. Il avait déclaré que les discussions à venir devraient se faire «avec les faits sur la table». Des faits, a-t-il dit, dans une allusion directe aux déclarations de Donald Trump, «qui ont été complètement déformés».

Conclusion: rien n’était réglé, les tarifs allaient rester en place, et Donald Trump recommencerait rapidement à blâmer le Canada et ses partenaires, mais on avait un communiqué final. Comme s’il avait pressenti ce qui s’en venait en soirée, le premier ministre Trudeau a déclaré à plusieurs reprises pendant sa conférence de presse que le président américain «va continuer à dire ce qu’il dit» et que le Canada ne se laisserait pas «bousculer». «J’ai dit au président que les Canadiens ne prennent pas cela à la légère» et qu’ils trouvent un peu «insultant» de se faire traiter de cette manière pas leur voisin du sud. M. Trudeau avait réitéré que le Canada appliquerait dès le 1er juillet des droits de douane en représailles à ceux imposés par Washington sur l’acier et l’aluminium. Emmanuel Macron avait annoncé la même intention au nom de l’Union européenne.

L’important, selon M. Trudeau, était que le G7 de Charlevoix se soit terminé par un communiqué sur les défis qui confrontent les pays membres. 

Il s’était montré particulièrement fier d’avoir obtenu un engagement de 3,8 milliards $ pour l’éducation des femmes et des filles en situation de crise et de conflit. Donald Trump ne lui a même pas laissé le temps de savourer le moment. Il lui a volé la manchette en deux tweets de trois lignes, sans même l’en prévenir à l’avance.

Quel jugement porteront les Américains sur une telle trahison? Et surtout, quelle opinion Kim Jong Un aura-t-il de cet homme? Si j’étais lui, j’annulerais la rencontre de Singapore et je garderais mon arsenal nucléaire. Parce qu’avec Trump, il n’y a pas d’honneur. 

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Aucun progrès sur le commerce au G7

CHRONIQUE / Cette première journée du G7 dans Charlevoix ressemblait à une rencontre familiale où on a invité la parenté par politesse, mais où tout le monde a hâte de voir «l’oncle chicanier» s’en aller pour que la fête puisse enfin commencer.

Normalement, les leaders auraient pris ombrage de voir le président des États-Unis arriver en retard et quitter dès le samedi matin. Mais comme la présence de Donald Trump ne servait qu’à confirmer la querelle sur le commerce et à rééditer le blocage américain de 2017 sur le climat, son départ a soulagé tout le monde. À compter de samedi matin, les six pourront discuter librement de leurs objectifs et des défis auxquels ils sont confrontés.

Que ce soit à Québec ou dans Charlevoix, les informations ont filtré au compte-gouttes sur la teneur des discussions de la journée. Même la presse américaine, généralement friande du moindre détail, n’a pas eu de point de presse de la Maison-Blanche pendant la journée. Les représentants du service de presse de Donald Trump n’ont même pas été en mesure de me dire s’il y aurait une séance de breffage pour leurs médias d’ici la fin du G7.

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Les ministres canadiens Bill Morneau et Chrystia Freeland ont rencontré les médias en fin d’après-midi pour dire qu’il y avait des divergences d’opinions, mais aussi des points d’entente. Plus général que ça comme information, c’est difficile à battre. À Mme Freeland, qui a déclaré que les discussions avaient été «cordiales», j’ai demandé si Donald Trump avait «véritablement» participé à ces discussions et si oui, quelle avait été la nature de ses préoccupations. Parce qu’après ses tweets incendiaires de la veille, il était difficile d’imaginer une discussion cordiale. La ministre a répondu qu’elle «essaie de dire seulement la vérité», mais elle n’a pas dit si Trump avait participé aux discussions, et encore moins quelles avaient été ses préoccupations. Elle a toutefois été catégorique sur le rejet, par le Canada, de la proposition faite par le président de ramener la Russie au sein du G7. Elle a rappelé que l’invasion de l’Ukraine et l’annexion de la Crimée avaient éloigné la Russie des valeurs démocratiques défendues par les membres du G7.

En début de soirée, la séance d’information des représentants du gouvernement canadien ne nous a rien appris. J’ai demandé si on pouvait au moins écrire qu’il y avait eu des progrès sur le commerce et les tarifs. On n’a pas été en mesure de me répondre par l’affirmative. Cette séance de travail n’aura finalement servi qu’à permettre aux participants de réitérer leurs positions déjà connues, sans plus.

Il est clair que la présence de Trump à cette première journée ne visait qu’à montrer les muscles pour faire plaisir à son public. Le président quitte samedi en matinée, sans même assister à la rencontre organisée par le Canada entre les membres du G7 et les 12 leaders des pays invités ainsi que les quatre chefs des organisations internationales, dont les Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. C’est dire le peu d’intérêt que Donald Trump accorde à ce forum et aux sujets discutés.

Peut-être que j’ai la nostalgie du passé, mais je n’ai jamais vu de G7 où il y a si peu de développements. J’ai encore en mémoire ces réunions où il y avait tellement de points de presse des pays concernés qu’il fallait collaborer entre médias concurrents pour partager les informations. Cette année, tous les journalistes ont eu le temps de prendre un bon lunch et de participer au cocktail de 18 heures pour goûter aux petites bouchées de Charlevoix. C’était délicieux, et on nous a servi un vin blanc québécois. 

J’ai dit «tous les journalistes…» C’est faux. J’aurais dû dire: sauf mon voisin de pupitre qui célébrait le ramadan, qui a fait sa prière à 17 heures, et qui avait fait le plein de nourriture
sous son pupitre afin de pouvoir manger dès le coucher du soleil.

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Trump n'est pas éternel, rappelle Macron

CHRONIQUE / «Peut-être que ça lui est égal au président américain d’être isolé, mais nous aussi ça nous est égal d’être à six, si besoin était, parce que ces six représentent des valeurs et un marché économique qui a cette force de l’histoire, et qui, surtout, représente une vraie force internationale».

Cette déclaration d’Emmanuel Macron, jeudi matin, aux côtés de Justin Trudeau, illustre mieux que tout autre événement préparatoire ce qui nous attend aux discussions sur le commerce qui lanceront les travaux du G7 vendredi.

Un peu plus tôt en matinée, Donald Trump avait clairement énoncé la position qu’il tiendra à cette rencontre, et dissipé les rumeurs voulant qu’il ne s’y présente pas. «Prêt à partir pour le G7 au Canada pour se battre pour notre pays sur le commerce (nous avons le pire accord commercial jamais fait)» a tweeté le président américain.