L’église Sainte-Geneviève, une des trois églises du plateau de Sainte-Foy appelées à fermer à court terme.

Gérer les églises n’est pas une religion

CHRONIQUE / Trop d’églises pour le nombre de fidèles. Il y a un moment que la communauté catholique est résignée à cette fatalité.

Elle ne se demande plus s’il faut fermer des églises, mais lesquelles fermer pour permettre à d’autres de survivre. 

Pour les paroissiens qui ont souvent vu bâtir l’église de leur voisinage et l’ont fait vivre depuis 50 ans, il y a un deuil à faire. 

Parfois accompagné d’un sentiment d’incompréhension et d’injustice. Pourquoi mon église et pas telle autre?

Un réflexe qui s’apparente au «pas dans ma cour» en ce que le premier réflexe est de craindre le changement et de souhaiter conserver ce qui est.

Même pour la majorité de citoyens qui ne fréquentent pas l’église, un clocher est souvent le pôle central du quartier et un élément identitaire. C’est encore plus marqué en milieu rural.

Et c’est sans parler de leur valeur patrimoniale ou architecturale. 

Il arrive que les pouvoirs publics (villes et gouvernement) prennent le relais des fabriques pour assurer la survie et la transformation des bâtiments les plus précieux.

Pour les autres, on va chercher autant que possible des usages publics, communautaires ou culturels. 

En dernier recours, parfois après 10 ou 15 ans de recherche, on va se résigner à vendre à un promoteur qui réussira (ou pas) à le recycler dans un nouveau projet.

Vont ainsi disparaître des églises des années 60 dont la créativité et l’audace architecturale continuent de nous étonner 50 ans plus tard.

Tout le contraire du nombre de caisses populaires qui ont défiguré le paysage des villes et villages. 

L’argument officiel est qu’il faut fermer des églises pour mieux adapter les lieux de culte aux nouvelles pratiques : moins de grands rassemblements de fidèles, plus de rencontres individuelles et de catéchèse par petits groupes. 

Possible, mais personne n’est dupe. C’est beaucoup l’incapacité financière qui pousse à réduire le nombre de fabriques et d’églises. Se pose aussi un problème de rareté des prêtres.

Des centaines de fabriques/paroisses ont déjà été regroupées et d’autres fusions sont à venir. Le rythme des fermetures d’église va aussi s’accélérer. 

Depuis 2011, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix parle d’un «sentiment d’urgence» pour les «réaménagements pastoraux». Il estime que le «statu quo n’est plus possible».

L’intention annoncée était alors de consulter et informer les communautés locales sur les choix à faire. 

Dans l’empressement à bouger vite, il y a cependant eu des ratés de communication.

Ce fut notre «point faible […] Il aurait fallu mieux informer en cours de route», confesse Gaston Hardy, président du conseil de fabrique de Notre-Dame-de-Foy, qui regroupe huit églises du plateau de Sainte-Foy. M. Hardy convient aussi que les portraits financiers ayant servi à la prise de décision n’ont «pas une rigueur comptable énorme». 

Cela a causé des débats, à Sainte-Geneviève notamment, une des trois églises du plateau appelées à fermer à court terme. 

Des paroissiens estiment que leur église est en bon état et en surplus financier, alors que le Plan directeur immobilier de la fabrique indique un déficit. 

Difficile de dire qui a raison, mais j’ai compris qu’un portrait financier plus juste n’aurait sans doute rien changé à la décision de fermer l’église Sainte-Geneviève. 

Le premier critère de la fabrique était celui de l’assistance aux messes du dimanche et du nombre d’activités pastorales. 

Entre 2012 et 2016, Sainte-­Geneviève fut la dernière du groupe pour l’assistance à la messe (155 personnes/semaine) et parmi les dernières pour les baptêmes (14,8/an), les mariages (1 par année) et les funérailles (11,6/an).

Par comparaison, il y a plus de 500 fidèles par semaine à Sainte-Ursule et 560 à Saint-Benoît, et de meilleurs revenus de quête.

Des paroissiens attachés à leur église ont plaidé que plus de 300 bénévoles et nombre d’organismes de soutien utilisent le presbytère de Sainte-Geneviève. 

Ce fait n’est pas contesté, mais n’est pas unique, d’autres églises et presbytères jouant un rôle similaire.

Il n’est pas interdit de penser que Sainte-Geneviève puisse être un jour transformée en centre communautaire, souhaite M. Hardy. La Ville pourrait être intéressée, croit-il.

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La géographie a aussi pesé dans les choix. Si on pouvait appliquer aux églises les principes de la «mobilité durable», on les conserverait toutes. 

Fermer des églises a pour conséquence de forcer ceux qui pouvaient s’y rendre à pied à prendre l’auto pour aller dans une paroisse voisine. 

La fabrique de Notre-Dame-de-Foy a cherché à répartir les églises qu’elle allait conserver sur l’ensemble de son territoire. Saint-Yves a ainsi été maintenue (pour l’instant) malgré une faible assistance (215). 

Toute offre d’achat sur l'une ou l’autre des églises pourrait cependant bousculer les critères qu’on dit suivre. À l’évidence, la gestion des églises n’est pas une religion.

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J’ai grandi dans la paroisse Sainte-Geneviève. J’ai vu construire l’église et garde le souvenir flou d’arbres ou arbustes de grande taille sur le terrain d’avant.

J’y ai fait ma première communion à une époque où on la faisait tous sans poser de question.

J’y ai eu ma première job à vie, servant de messe à 10 ou 15 cents la cérémonie. 

Les matins de funérailles, nous étions plusieurs à faire cortège et à attendre la fin. Pour chasser l’ennui, on s’amusait à noircir le bout du cordon de nos aubes au-dessus de la flamme des cierges. 

J’ai plus tard connu ma conjointe au sous-sol du presbytère où se réunissait un groupe d’ados et jeunes adultes. 

Je me souviens à cette époque m’être arrêté quelques fois prendre une bière au salon du vicaire avec qui on parlait politique davantage que de religion. Je pense que j’avais déjà cessé à l’époque d’aller à l’église le dimanche.

J’aurai un petit pincement le jour où l’église sera démolie si cela devait arriver. 

Mais pas plus ou pas moins que lors de la disparition de l’école primaire, du boisé au bas de la côte, du comptoir à crème glacée au sous-sol du bungalow du laitier qui habitait la rue voisine, du dépanneur et du barbier au petit centre commercial, du Gogo pizza. 

Ce qui rend nostalgique, c’est moins la disparition des lieux que de voir, chaque jour un peu plus, s’éloigner l’enfance et l’adolescence.

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LOCATAIRE DANS SES PROPRES ÉGLISES

Depuis 1997, 33 églises du diocèse de Québec ont été fermées au culte et vendues, les dernières en date étant Saint-­François d’Assise (Limoilou), La Présentation (Thetford Mines) et Sainte-Bernadette (Lévis) en 2017.

Une douzaine d’autres églises ont été vendues à des municipalités, mais des locaux y servent encore au culte. 

La communauté catholique devient ainsi locataire dans ses propres églises. 

Cette tendance va s’amplifier, prévoit Rémy Gagnon, responsable du Département des fabriques au diocèse de Québec. 

Les fabriques peuvent ainsi se «libérer» du poids de l’entretien des bâtiments, explique-t-il.