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«L’absence de rituels et de mise en lien suite au décès d’un proche sont difficilement vécues par les endeuillées», écrit Georgia Vrakas.
«L’absence de rituels et de mise en lien suite au décès d’un proche sont difficilement vécues par les endeuillées», écrit Georgia Vrakas.

Vivre un deuil pendant la pandémie

Georgia Vrakas, Ph. D., psychologue et ps.éd.
Professeure agrégée, Département de psychoéducation UQTR, campus de Québec
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CHRONIQUE / La mort d’un proche est déjà difficile à vivre psychologiquement en temps normal. Cependant avec la pandémie, vivre son deuil peut être encore plus douloureux et complexe.

La professeure Mélanie Vachon de l’Université du Québec à Montréal mène un projet de recherche participatif et créatif sur le deuil au temps du coronavirus. Ses résultats auprès de personnes ayant perdu un proche en raison de la COVID-19 révèlent que l’absence de rituels et de mise en lien suite au décès d’un proche sont difficilement vécues par les endeuillées.

Les funérailles représentent un rituel qui porte un sens. Elles nous permettent de nous retrouver avec nos proches, nous serrer dans les bras, de rendre hommage à la personne décédée. Or, les mesures sanitaires en place (funérailles plus petites, port du masque, distanciation physique) ne nous permettent pas de vivre cette étape, pourtant cruciale dans le processus du deuil. Elle est en quelque sorte escamotée ou prise en otage par la pandémie. On se retrouve alors à vivre un deuil en suspens, selon Mme Vachon.

Ayant perdu mes deux parents, je peux témoigner à quel point ces pertes ont été difficiles pour moi. Après le décès de ma mère en 2015, je me retrouvais orpheline à 39 ans. Il ne restait plus dans ma famille immédiate que mes deux sœurs et moi. Je ne réussirai jamais à décrire adéquatement ce que je ressentais à cette époque. Un mélange de peine intense, de rage, d’incompréhension, d’impuissance et d’un vide immense à l’intérieur. Le processus de deuil est long et est vécu différemment par chaque personne. Dans mon cas, il y a des parties de ce long cheminement dont je ne me souviens plus, soit parce que j’étais coupée de mes émotions soit parce que j’étais trop submergée par celles-ci. 

Importance du rituel

Cependant, je n’oublierai jamais les funérailles de mes parents. Toutes les personnes qui y étaient présentes, les beaux témoignages, les portes de l’église restées ouvertes tellement qu’il y avait du monde. Des personnes que mes parents avaient touchées, marquées d’une façon ou d’une autre. Être entourée de tant d’amour, de bienveillance et de compassion laisse des traces et m’a permis de clore un chapitre de ma vie afin d’en amorcer un autre. Celui de ma reconstruction, petit pas par petit pas, morceau par morceau, en vivant mon deuil à ma façon. 

Je comprends donc très bien l’importance que revêt ce rituel et que cela peut être extrêmement triste de ne pas avoir l’occasion de se retrouver ensemble comme on le voudrait, comme on en aurait besoin. Le sentiment de solitude peut en être exacerbé dans le contexte de la pandémie, marquée par la distanciation physique et des contacts sociaux très limités. La perte d’un être cher fait très mal. Pandémie ou pas, nos besoins restent les mêmes. Le besoin d’être entendu.e, d’être accueilli.e dans notre souffrance, le besoin de nous appuyer psychologiquement et physiquement sur nos proches, de pleurer avec eux, de rager avec eux, de simplement se retrouver dans le même espace qu’eux. La COVID-19 nous oblige à vivre notre deuil différemment; la peine est là, alourdie par le contexte pandémique. 

Que peut-on faire alors pour traverser cette épreuve, qu’est le décès d’un être cher, durant la pandémie? La première chose est de ne pas rester seul.e avec votre peine, d’en parler avec quelqu’un en qui vous avez confiance. Je sais qu’un de nos réflexes peut être de vouloir rester seul.e, pleurer, s’isoler, s’enfermer chez soi. Cependant, pour prendre soin de votre santé mentale, il est important de maintenir vos liens avec les autres que ce soit virtuellement ou en «vraie vie». 

Ici je vais m’adresser aux proches de personnes endeuillées et je reprends les conseils de la professeure Vachon : s’il vous plaît, prenez des nouvelles de la personne endeuillée. Si vous le pouvez, offrez-lui d’aller marcher ensemble dehors. Lorsqu’on traverse un deuil, on n’a pas nécessairement l’énergie d’aller vers les autres. Il est d’autant plus important pour vous d’aller vers la personne endeuillée.

Finalement, il est important que vous sachiez qu’il y a des ressources pour personnes endeuillées (voir le tableau). Il y a des gens qui sont là pour vous écouter, pour accueillir vos émotions, pour vous accompagner dans ce processus. Vous n’êtes pas seul.e. Je suis très consciente qu’il n’y a pas de mots assez justes pour décrire l’immensité de la peine qu’on ressent après avoir perdu un être cher. Cela peut sembler être une épreuve insurmontable. Je peux vous assurer, toutefois, qu’il a de l’espoir. Même si le cheminement peut être long et ardu par moments, on peut s’en sortir petit pas par petit pas avec le soutien de nos proches et avec l’aide des ressources, même en temps de pandémie.

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Vous avez une question pour Georgia Vrakas? Écrivez-vous!

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OUTILS

Si vous ou un de vos proches est suicidaire ou si vous êtes endeuillé.e.s par suicide :  1-866-APPELLE

Pour les endeuillé.e.s par suicide

Ministère de la Santé et des Services sociaux. Deuil en raison de la pandémie (COVID-19)

Tel-Écoute - Ligne Le Deuil, Service de consultation téléphonique 1-888 LE DEUIL ou 1-888-533‑3845

Deuil-Jeunesse - Service de consultation téléphonique et d’interventions individuelles et familiales s’adressant autant aux adultes qu’aux enfants: 1-855-889‑3666

J’Accompagne: un projet de recherche participatif et créatif mis en place afin de soutenir, informer, sensibiliser, outiller, lier et inspirer les individus touchés par la fin de vie et le deuil (projet de Professeure Mélanie Vachon).

Liste des ressources mises à jour au 25 février 2021