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La chroniqueuse Georgia Vrakas est de retour avec sa chronique après un pause après un repos nécessaire sur lequel elle se confie.
La chroniqueuse Georgia Vrakas est de retour avec sa chronique après un pause après un repos nécessaire sur lequel elle se confie.

Santé mentale: savoir s’arrêter

Georgia Vrakas, Ph. D., psychologue et ps.éd.
Professeure agrégée, Département de psychoéducation UQTR, campus de Québec
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CHRONIQUE / Chers lecteurs, chères lectrices, je suis très contente de vous retrouver après une pause de plusieurs semaines. Mon absence était due à un congé de maladie. Comme je l’ai déjà mentionné ici, je vis avec un trouble de santé mentale, la dépression majeure, depuis plus de 20 ans. Ceci signifie que j’ai eu plusieurs moments dans ma vie au courant desquels j’ai vécu des épisodes dépressifs.

Il y a quelques semaines, j’ai réalisé que ma santé mentale se dégradait tranquillement, et de plus en plus depuis le mois de décembre. Comme tout le monde, je suis affectée par la pandémie. Je fais du télétravail depuis plus d’un an et je vois peu de monde «en présentiel». Ma famille est à Montréal. Je me suis séparée en décembre juste avant les Fêtes ce qui a aussi eu un impact important. Malgré tout, je considérais que je gérais bien tout cela : je continuais à enseigner, à superviser des étudiant.e.s, à faire de la recherche et de la pratique clinique, à écrire. Tout était sous contrôle, du moins c’est ce que je me disais. Après tout, je suis psychologue et spécialiste en santé mentale, n’est-ce pas? En réalité, je n’allais pas si bien que cela. Je me sentais glisser, les signaux d’alarme étaient allumés : insomnie, tristesse, fatigue, manque d’appétit, diminution de la concentration.

Vous allez me demander pourquoi je n’ai pas suivi mes propres conseils et écouter ces signes avant-coureurs? Vous avez raison de vous et de me poser la question. Premièrement, comme plusieurs d’entre vous, il est plus facile pour moi d’aider les autres que de m’aider moi-même.

De plus, dans le contexte pandémique, je voyais clairement que les gens avaient des besoins importants sur le plan psychologique. Je voulais mettre ma main à la pâte et contribuer dans l’effort collectif d’aide à la population. Je ne prenais donc pas le temps pour voir si moi-même j’avais des besoins sur ce plan.

Deuxièmement, j’étais convaincue que je n’aurais plus jamais de rechutes puisque j’ai fait et je continue de faire ce qu’il faut pour aller mieux (traitement médicamenteux et psychothérapie). Incroyable, n’est-ce pas ? Venant d’une psychologue en plus. Je suis la première à dire que le rétablissement n’est pas un processus linéaire, il y a des hauts et il y a des bas. Ce n’est pas un processus facile que de se reconstruire. 

Dans le contexte de maladies mentales chroniques, les rechutes peuvent arriver. C’est normal et c’est correct. Même si la comparaison n’est pas tout à fait équivalente, c’est un peu comme lorsqu’on fume la cigarette pendant 25 ans et qu’on décide qu’on veut arrêter. Il est fort possible qu’on récidive plusieurs fois durant notre parcours. Et, il est fort probable qu’on ait besoin d’aide pour s’en sortir.

Je ne vous cacherai pas que ces dernières semaines ont été difficiles pour moi. Cependant, la très bonne nouvelle est que j’ai décidé de chercher de l’aide beaucoup plus rapidement que je ne l’aurais fait auparavant. Parce que j’ai fait cela, mon arrêt de travail et ma rechute ont été beaucoup moins longs. De plus, j’ai eu le soutien de mes collègues qui ont pris la relève de mes cours et ont suivi mes étudiant.e.s durant mon absence. Je ne les remercierai jamais assez pour tout ce qu’ils et elles ont fait pour moi.

Qu’est-ce que j’ai fait d’autre pour aller mieux durant cette période? Je me suis beaucoup reposée, j’ai fait de la méditation, j’ai pris des marches, j’ai parlé à mes sœurs (beaucoup!) et mes ami.e.s. J’ai aussi fait les autres choses que j’aime en respectant l’énergie que j’avais (ex. : la peinture, la poésie). J’ai ainsi pu garder espoir que j’allais remonter la pente.

Stratégies pour minimiser le risque

Maintenant, comment m’assurer de mettre en place des stratégies pour minimiser le risque d’une autre rechute? Je vais partager avec vous mes réflexions à ce sujet, qui pourront peut-être vous être utiles actuellement :

  • Ralentir. Pour ceux et celles d’entre nous qui sont en télétravail, puisqu’on n’a plus besoin de se déplacer, on a tendance à en faire plus qu’avant la pandémie. Il faudrait prioriser le plus possible ce qui est important et délaisser certaines tâches, projets, activités secondaires.  Il serait tout aussi important fixer une limite claire entre la vie de travail et la vie personnelle.
  • Être à l’écoute de nous-mêmes. Ceci signifie d’être à l’écoute de nos besoins, des signaux d’alarme qui indiquent qu’on commence à aller moins bien. Si on les ignore, notre corps, lui, va nous le rappeler (ex. : maux de tête, maux de ventre, fatigue, etc.).
  • Chercher de l’aide. Croyez-moi quand je vous dis que je comprends à quel point cela peut-être difficile d’avouer qu’on a besoin d’aide professionnelle. Je comprends aussi qu’en ce moment il y a des listes d’attente partout. Cependant, il y a plusieurs ressources qui peuvent vous aider (voir la liste de ressources ici-bas).
  • Être proactifs et proactives. Si vous avez un.e proche qui vit seul.e, qui a déjà certaines vulnérabilités (ex. : problèmes de santé mentale) ou qui a un réseau social limité, assurez-vous de leur demander comment ils/elles vont régulièrement. En faisant cela, vous aidez à briser l’isolement et cela augmente les chances que la personne se confie à vous si elle ne va pas très bien.

J’espère que cette tranche de vie vous un peu d’espoir en ces temps difficiles. Je sais que ce n’est pas simple, mais nous devons apprendre à ralentir, à arrêter s’il le faut et surtout nous écouter pour prendre soin de nous-mêmes.

Parole de psychologue...en rétablissement!

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