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Il faut de l’aide maintenant pendant la pandémie, et qu’elle doit demeurer en place après que la crise sanitaire soit derrière nous.
Il faut de l’aide maintenant pendant la pandémie, et qu’elle doit demeurer en place après que la crise sanitaire soit derrière nous.

Parler du suicide sauve des vies

Georgia Vrakas, Ph. D., psychologue et ps.éd.
Professeure agrégée, Département de psychoéducation UQTR, campus de Québec
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CHRONIQUE / Parler du suicide sauve des vies. C’est la thématique de la 31e Semaine de prévention du suicide qui se termine aujourd’hui.

Pour encourager les gens à briser le silence, l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a aussi lancé une nouvelle vidéo intitulée Dis-le dans tes mots. Le message véhiculé est que de parler du suicide peut sauver des vies, soit en s’ouvrant à l’autre pour leur en parler, soit que l’autre nous tend la main et nous invite à en parler. En effet, le suicide tout comme la santé mentale reste un sujet tabou et incompris pour plusieurs, mais la bonne nouvelle est qu’on en parle de plus en plus. Ce n’est pas facile d’en parler et c’est pour cela que l’AQPS a créé un site bilingue pour outiller les gens sur ce plan. Je vous encourage fortement à aller le visiter.

Autre bonne nouvelle, les données les plus récentes sur le suicide au Québec n’indiquent pas une hausse de suicides durant la pandémie (75% des dossiers sont toujours en cours d’analyse). L’AQPS insiste sur l’importance de fournir des services en santé mentale une fois la pandémie passée, car beaucoup de gens risquent d’en sortir fragilisés.

Je suis d’accord avec cette position. Je sais que je me répète, mais il faut de l’aide maintenant pendant la pandémie, et qu’elle doit demeurer en place après que la crise sanitaire soit derrière nous.

Pourquoi est-ce important que les services soient disponibles maintenant? On sait qu’il y a eu une augmentation de certains troubles mentaux durant la pandémie (dépression, anxiété, symptômes s’apparentant au stress post-traumatique, etc.). Et on sait que les troubles de santé mentale sont associés au suicide : selon les études à ce sujet 90% des personnes qui se suicident avaient un trouble de santé mentale. Ce n’est pas rien. Même si ce n’est évidemment pas le seul facteur important, il faut absolument en tenir compte.  

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement? Ceci signifie qu’il faut offrir des services aux personnes vivant des difficultés psychologiques présentement. Il faut également travailler à diminuer les facteurs de risque liés à la maladie mentale et augmenter les facteurs de protections associés à la santé mentale positive (bien-être). Ces derniers relèvent de la santé publique et visent à intervenir en amont avant que les problématiques ne surgissent (promotion de la santé mentale) ou d’en diminuer l’ampleur et les effets (ex. : prévention du suicide).

Que faire sur le plan individuel?

En sachant tout cela, que pouvons-nous faire sur le plan individuel pour renforcer nos facteurs de protection et diminuer nos facteurs de risque afin de préserver notre propre santé mentale?

Sur le plan des facteurs de protection, je vous suggère, si ce n’est pas déjà fait, d’identifier les éléments dans votre vie qui vous aident actuellement, par exemple : les personnes sur qui vous pouvez compter, les activités que vous faites qui vous font du bien, votre animal de compagnie si vous en avez (je sais que les chiens sont devenus extrêmement populaires durant ce deuxième confinement), etc. De mon côté, mes facteurs de protections sont : ma famille et mes ami.e.s, mon travail, l’écriture, la peinture, la lecture et je viens tout juste de recommencer le théâtre (virtuel!) ce qui m’aide à sortir du quotidien et mettre en pratique mon côté créatif avec de nouvelles personnes. Il ne me reste qu’à faire de l’exercice physique, mais je n’ambitionnerai pas trop... Une chose à la fois!

Facteurs de risque

Sur le plan des facteurs de risque, nous avons tous et toutes des choses dans nos vies qui ne nous aident pas du point de vue psychologique. Il faut identifier ces éléments aussi et voir ce qu’on peut en faire. Un facteur de risque potentiel est la consommation d’alcool et de drogues. J’en parle, car la recherche démontre que nous sommes plus portés à consommer ces temps-ci. Notre propre étude sur la santé mentale au temps du coronavirus démontre un lien négatif entre le bien-être (santé mentale positive) et la consommation d’alcool, entre autres. Encore une fois, il faut connaître nos limites et les respecter pour éviter, le plus possible, de fragiliser notre santé mentale.

D’autres facteurs de risque sont des stresseurs que nous ne pouvons pas éviter, par exemple, les exigences liées à notre rôle de travailleur/travailleuse ou de parent (pour ceux et celles qui en ont). On s’attend de nous que nous soyons productifs/productives au travail et d’être de bons parents. Je dirai même que nous entretenons ces exigences envers nous-mêmes! Je le sais, car je fais la même chose!

Vous le savez déjà sûrement, mais en temps de crise sanitaire mondiale, il est tout à fait normal de ne pas avoir le même rendement qu’avant au travail. Il est tout à fait normal qu’on ne soit pas les modèles de parents parfaits. Je pense qu’il est important de se donner la permission d’être «assez bons» et de ne pas viser ce qu’on était pré-pandémie. Cela ne veut pas dire de mal faire les choses, mais plutôt de faire du mieux qu’on peut avec ce qu’on a dans le contexte actuel. On ne peut pas retourner en arrière, on peut juste avancer petit pas par petit pas en respectant nos limites. Je pense aussi que, post-pandémie, nous allons devoir nous engager dans un processus de rétablissement collectif et individuel, c’est-à-dire, nous reconstruire en tenant compte des effets que la pandémie a eus sur nous.

En terminant, l’un des moyens à notre portée pour nous aider à préserver notre santé mentale est de parler de ce qui ne va pas. La thématique de la Semaine de prévention du suicide tombe très à point cette année. Nous savons que notre santé mentale collective souffre davantage dans le contexte de la pandémie. On a besoin plus que jamais de parler, de demander de l’aide et de l’obtenir.

L’AQPS, en plus de sa ligne téléphonique, a développé de nouveaux services numériques pour venir en aider aux gens en détresse. Je vous encourage fortement à visiter le site et parler à quelqu’un si vous en avez besoin. Si vous allez visiter la version anglaise du site, vous allez voir mes deux témoignages, l’un sur la dépression et l’autre sur la rupture amoureuse : je l’ai dit dans mes mots.

Dites-le dans vos mots, on vous écoute.

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Vous avez une question pour Georgia Vrakas? Écrivez-nous

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OUTILS

Si vous ou un de vos proches est suicidaire : 1-866-APPELLE

Service numérique québécois en prévention du suicide

Comment parler du suicide 

Pour trouver votre centre de crise

Site de l’Association québécoise de prévention du suicide

Liste des ressources

Pour visionner les témoignages de Georgia Vrakas sur le site de suicide.ca (EN):

Dépression

Rupture