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«Pour réellement améliorer la santé mentale populationnelle, il faut commencer en amont par la promotion, la prévention qui se fait souvent par des organismes communautaires», soutient Georgia Vrakas.
«Pour réellement améliorer la santé mentale populationnelle, il faut commencer en amont par la promotion, la prévention qui se fait souvent par des organismes communautaires», soutient Georgia Vrakas.

Notre santé mentale: un rappel important

Georgia Vrakas, Ph. D., psychologue et ps.éd.
Professeure agrégée, Département de psychoéducation UQTR, campus de Québec
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CHRONIQUE/ Je planifiais écrire ma chronique sur comment gérer l’anxiété en temps de pandémie. J’ai choisi plutôt de tenter de briser des tabous et de parler d’accessibilité aux services de santé mentale au Québec.

Je vous avoue que ce choix a été influencé par la chronique de Patrick Lagacé du 7 décembre qui m’a beaucoup touchée, outrée et surtout mobilisée pour écrire ce texte-ci. Voyez-vous, j’aurais pu facilement être dans la situation qu’il décrit.

J’ai déjà mentionné ici que je porte trois chapeaux : celui de professeure-chercheuse en santé mentale, de psychologue clinicienne et de personne vivant avec un trouble de santé mentale, la dépression. Ce dont je vais vous parler aujourd’hui est beaucoup teinté de la personne que je suis, ayant vécu une grande souffrance, ayant eu besoin d’aide pour m’en sortir. Je me sers donc de mon histoire pour tenter de démystifier la maladie mentale et pour souligner l’importance d’avoir accès aux services au bon moment.

J’ai eu plusieurs épisodes dépressifs majeurs ces 20 dernières années. Tous découlant de plusieurs deuils difficiles, tous très souffrants. Je ne vous cacherai pas que j’ai pensé au suicide, non parce que je voulais mourir, mais parce que je voulais arrêter d’avoir mal tout le temps. Ces mots sont difficiles à écrire pour une psychologue ayant fait sa thèse doctorale sur la prévention du suicide et pour qui le suicide n’est pas une option. C’est que la détresse est tellement grande qu’on ne voit plus d’option. On ne voit plus d’espoir, on n’a même plus la force de le chercher. Je peux vous dire qu’il y en a de l’espoir. Parfois, c’est juste une petite une brèche de lumière qui a besoin d’aide pour rentrer dans la noirceur, nous éclairer. Mais je vous assure qu’il est là.

Accès aux services

J’ai été chanceuse, j’en suis consciente. J’ai reçu l’aide dont j’avais besoin. J’ai une médecin de famille qui a de solides connaissances en santé mentale. Elle a su rapidement voir ma détresse aigüe et elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour ma prise en charge rapide. J’ai eu des services en psychiatrie, j’ai suivi des ateliers d’autogestion offerts par des organismes communautaires de ma région, j’ai une excellente psychologue dans le privé. Je le répète, je sais que je suis très chanceuse.

La majorité des gens qui souffrent de détresse psychologique n’ont pas accès facilement à ces services. Lorsqu’ils se présentent à leur CLSC ou à l’hôpital, cela peut marquer le début d’une longue péripétie, un processus complexe dont ils ne connaissent pas les règles ni le fonctionnement. Je connais le système (je l’enseigne!) et je m’y perds. Il est absolument inacceptable pour moi qu’une personne qui se présente avec des idéations suicidaires ne soit pas prise en charge sur-le-champ. Que ferait-on si une personne se présentait à l’urgence avec des symptômes de crise cardiaque? Est-ce qu’on lui dirait de revenir le lendemain matin? Qu’est-ce qui fait que ces deux personnes, toutes deux souffrantes, toutes deux en danger de mort soient traitées différemment?

Je pense que la réponse n’est pas simple. La santé mentale n’a malheureusement jamais été priorisée par nos gouvernements successifs. On dirait presque que nos décideurs ne se rendent pas compte qu’elle fait partie intégrante de notre santé globale. En temps de pandémie, je sens le besoin de répéter que la santé publique inclut la santé mentale, au cas que cela ait été oublié...

Pour réellement améliorer la santé mentale populationnelle, il faut commencer en amont par la promotion, la prévention qui se fait souvent par des organismes communautaires. Il y a bien sûr l’intervention, c’est-à-dire les services (dans les CISSS/CIUSSS) où il y a clairement un manquement si des personnes souffrantes et suicidaires sont laissées à elles-mêmes après avoir cherché de l’aide. Je peux témoigner à quel point il est difficile de demander de l’aide quand on va mal psychologiquement. Lorsqu’on la demande finalement, il faut absolument que quelqu’un réponde à l’appel. Point.

Il faut repenser notre façon de voir et de faire en ce qui concerne la santé mentale et la maladie mentale. Cela urge encore plus dans ce contexte difficile, psychologiquement parlant, de pandémie. Ce que je souhaite est que les personnes vivant avec une détresse, une souffrance psychologique, une maladie mentale soient entendues, comprises et accueillies dans nos vécus et nos besoins. Et que ces besoins soient répondus adéquatement. En d’autres mots, qu’on nous aide non seulement à survivre, mais à vivre.

En attendant, je tente de faire ma part dans tout cela. Je vous laisse ici ma liste de ressources en santé mentale que je mets à jour régulièrement.

La semaine prochaine, j’aborderai comment mieux composer avec l’anxiété au temps du coronavirus. J’en profiterai pour partager avec vous des idées envoyées par des lecteurs et lectrices. Merci à vous pour vos précieux messages.

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Vous avez une question pour Georgia Vrakas? Écrivez-nous à opinion@lesoleil.com

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