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«J’ai l’impression qu’en tant que professeure, le message qui nous est envoyé implicitement est que nous devons être aussi performant.e.s qu’avant l’arrivée de la COVID-19», écrit Georgia Vrakas.
«J’ai l’impression qu’en tant que professeure, le message qui nous est envoyé implicitement est que nous devons être aussi performant.e.s qu’avant l’arrivée de la COVID-19», écrit Georgia Vrakas.

Diminuer la détresse chez les universitaires

Georgia Vrakas, Ph. D., psychologue et ps.éd.
Professeure agrégée, Département de psychoéducation UQTR, campus de Québec
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CHRONIQUE / Le 11 février, les résultats de l’enquête * menée par Léger pour l'Union étudiante du Québec sur la santé mentale des universitaires ont été dévoilés. Des étudiant.e.s de 17 campus à travers la province ont été sondés. Ce qui en ressort est que 81 % des répondant.e.s présentent des signes de détresse psychologique. De plus, au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête, 7% ont rapporté avoir eu des idées suicidaires et 3 % à avoir tenté de s’enlever la vie. Ces taux sont plus élevés comparativement à ceux rapportés dans la dernière enquête de l’Union en 2018.

En tant que professeure d’université spécialisée en santé mentale et en prévention du suicide, ces données me préoccupent. J’enseigne à distance depuis le 13 mars 2020. Comme l’hiver et l’automne passés, tout se fait encore par l’entremise de Zoom.

Depuis cet automne, je suis sollicitée pour donner des conférences sur la santé mentale et la pandémie et comment composer avec la détresse durant cette crise. J’ai reçu des demandes de groupes d’étudiant.e.s (baccalauréat, maîtrise et doctorat). J’ai aussi donné une conférence dans le cadre de la semaine de prévention du suicide à toute la communauté universitaire incluant les étudiant.e.s. Le besoin est là et il est criant. J’essaie d’y répondre autant que possible, mais bien évidemment cela prendrait plus que des conférences et ateliers pour pallier les problèmes vécus actuellement par nos étudiant.e.s.

Plusieurs sources de stress ont été identifiées dans le sondage Léger dont : une charge de travail accrue (65 %), le manque de relations humaines (61 %) et les cours en ligne (56 %). Je pense qu’une partie de la solution, en lien avec ces trois facteurs, peut être apportée par les universités elles-mêmes, tout en gardant en tête que le personnel des universités vit également des problèmes sur le plan psychologique depuis la COVID-19. Je suis très consciente qu’on travaille déjà très fort afin de mettre en place tout ce qu’on peut pour aider nos étudiant.e.s.

Premièrement, cela peut sembler évident, mais il faut garder en tête que nous sommes  en train de traverser une pandémie mondiale. On navigue dans l’inconnu. Nos vies ont été chamboulées, nos routines complètement changées, nos façons de faire d’avant la pandémie ne fonctionnent plus. À l’université, nous avons été obligé.e.s de nous adapter rapidement à la situation, autant les enseignant.e.s que les étudiant.e.s. Nos charges de travail ont augmenté, car enseigner et apprendre à distance est nouveau pour la plupart d’entre nous et je peux vous dire que c’est loin d’être facile. J’ai l’impression qu’en tant que professeure, le message qui nous est envoyé implicitement est que nous devons être aussi performant.e.s qu’avant l’arrivée de la COVID-19. Je dis bien que c’est une impression et que c’est implicite. Je reconnais aussi qu’il est fort probable nous entretenons ces attentes envers nous-mêmes. Il se peut donc que les étudiant.e.s vivent la même chose que nous et ressentent une pression de performance élevée. 

Manque de relations humaines

Deuxièmement, le manque de relations humaines peut être lié, en partie du moins, au fait que les cours sont en très grande majorité dispensés à distance (dépendant du programme et de l’université). Lorsque je donne un cours, à la pause tout le monde ferme son écran et son micro. Il n’y a plus de moments d’interactions informelles entre moi et mes étudiant.e.s comme on en avait lorsqu’on était en classe (ou dans notre nouveau vocable : en présentiel). Il n’y a plus de discussions de corridor aux pauses entre étudiant.e.s. De plus, dans certains cas, les caméras des étudiant.e.s demeurent éteintes pendant la durée du cours. Je comprends tout à fait et je respecte leur choix. Je crois, par contre, que d’allumer leur caméra de temps en temps peut contribuer à augmenter le sentiment d’appartenance au groupe et à briser l’isolement.

Troisièmement, suivre des cours en ligne n’est pas la même chose que de les suivre en présentiel. Nous sommes tous et toutes derrière nos écrans. Je sais que, comme professeur.e.s, nous faisons déjà notre possible pour que nous cours ne soient pas trop lourds pour nos étudiant.e.s en utilisant différentes stratégies prometteuses (exercices en groupes, utiliser des outils interactifs, etc.). Nous étions habitués à enseigner en bloc de 3 heures entrecoupé d’une pause de 15 minutes, avec nos PowerPoint et des exercices en classe (dépendant du cours, et du programme). Transposer ce modèle en ligne tel quel n’est pas faisable ni souhaitable. Imaginez avoir deux cours d’affilés de 3 heures sur Zoom! Enseigner et apprendre devient difficile et décourageant dans ce contexte. Nous nous sommes donc adapté.e.s pour tenter de faciliter les apprentissages des étudiants.

Que peut-on faire de plus du côté de l’université? Des petites choses, que certain.e.s d’entre vous, cher.e.s collègues, faites déjà, et qui peuvent contribuer à insuffler de l’espoir aux étudiant.es.

Comme enseignant.e.s, on peut prendre quelques minutes au début de nos cours pour demander à nous étudiant.e.s comment ils ou elles vont. On peut ainsi prendre le pouls de leur état. On peut aussi leur rappeler (et nous le rappeler nous-mêmes) qu’il est tout à fait normal de vivre plus de détresse et de difficultés que d’habitude, car on est dans une période de crise sanitaire. On peut inclure les coordonnées du Service aux étudiants et celles d’autres ressources en santé mentale (voir lien à la fin de l’article) gratuites ou à prix modique sur le portail de nos cours. On peut aussi être flexibles dans les dates de remise des travaux. Les universités, à mon avis, devraient augmenter les ressources en santé mentale pour les étudiant.e.s et être proactives, c’est-à-dire agir en amont et aller vers eux/elles plutôt que d’attendre qu’une crise ne survienne et de se retrouver à éteindre des feux.

Je veux aussi bien sûr m’adresser aux étudiant.e.s : je veux que vous sachiez que nous comprenons vos situations. Je veux aussi vous dire qu’il y a de l’espoir. Je vous suggère fortement de parler à vos enseignant.e.s si vous avez des difficultés dans vos cours. Nous sommes là et nous sommes compréhensifs. Ensemble, nous pouvons trouver des solutions pour vous aider sur le plan académique. Sur le plan psychologique, je vous suggère de prendre du temps pour vous et faire les activités qui vous font du bien. Il faut aussi travailler à reconnaître et respecter vos limites et de demander de l’aide (par exemple, aux Services aux étudiants) lorsque vous en sentez le besoin. Il y a des ressources qui vous sont disponibles. N’hésitez pas à les utiliser.

Finalement, j’aimerai souligner que résultats de l’enquête Léger vont dans le même sens que les études sur la santé mentale et la COVID-19 réalisées jusqu’à maintenant qui démontrent une détresse accrue chez les jeunes adultes. Oui les universités peuvent continuer de faire leur part, mais le gouvernement doit maintenant plus que jamais prioriser la santé mentale de ce groupe. Il est grand temps de déployer des ressources et des services pour ces jeunes. Ils et elles ont besoin d’aide.

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Vous avez une question pour Georgia Vrakas? Écrivez-nous!

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* Reportage sur l'étude Léger

OUTILS 

Si vous ou un de vos proches est suicidaire : 1-866-APPELLE

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