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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
François Legault
François Legault

François Legault contre les intimidateurs

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CHRONIQUE / François Legault a affirmé samedi qu’il défendrait la liberté d’expression dans les universités et ailleurs. Un propos qui ne peut trouver qu’un très large appui dans la population.

«On entend beaucoup parler de liberté académique et de liberté d’expression ces temps-ci. Je pense notamment à l’histoire de l’Université d’Ottawa, qui a choqué pas mal de monde, moi compris», écrit le premier ministre dans un message publié sur sa page Facebook.

Première remarque : ce qu’il a exprimé est plutôt consensuel. Les chefs des partis d’opposition souscrivent très certainement à ses propos. Le fond est semblable à une résolution parlementaire adoptée à l’unanimité le 22 octobre dernier à l’Assemblée nationale. Présentée par le Parti libéral du Québec, elle découlait déjà des dérapages enregistrés à l’Université d’Ottawa.

Deuxième remarque : si on lit bien son message, on verra que M. Legault joue la carte de l’équilibre — ce qui est un impératif dans ce débat.

On y lit d’abord un exposé de la situation : «On voit qu’une poignée de militants radicaux essaient de censurer certains mots et certaines œuvres. On voit arriver ici un mouvement parti des États-Unis et franchement, je trouve que ça ne nous ressemble pas.»

«Des professeurs se font demander d’effacer des œuvres de certains de nos grands écrivains, comme Anne Hébert, Réjean Ducharme, Dany Laferrière ou Pierre Vallières. C’est absurde. Ça va à l’encontre de l’idée même de l’université.»

Par la suite, il rappelle d’un autre côté que «l’utilisation de certains mots peut blesser», qu’il faut «reconnaître la douleur de ceux qui la ressentent».

Il estime qu’il «peut être sain de remettre en question certaines conceptions ou certains comportements et d’éviter de choquer ou de blesser».

«Entre blessure et censure, on doit tracer une ligne», écrit-il en cherchant l’équilibre.

«On doit se tenir debout pour que les personnes intimidées sachent qu’elles ont le droit d’exposer des faits et des idées, et qu’on sera là pour les défendre. Même chose pour les personnes victimes de racisme, poursuit-il. Elles doivent savoir qu’on ne laissera pas passer les propos haineux, les actes racistes ou la discrimination.»

Troisième remarque : M. Legault parle d’«une poignée de militants radicaux». Une poignée. C’est exactement ça. Ne sous-estimons pas les dégâts, mais prenons la juste mesure du phénomène.

Malheureusement, ces militants radicaux, ajouterais-je, éloignent petit à petit des alliés naturels de la lutte contre le racisme. Ne le voient-ils pas?

La règle générale est simple : il faut faire preuve d’empathie et tenir compte des sensibilités, mais aucun mot ne peut être interdit d’emblée à l’université ou dans l’espace public. La liberté de débattre sans tabou est conciliable avec le respect des autres.

Parce que «la liberté d’expression fait partie des piliers de notre démocratie», son gouvernement fera «ce qu’il faut pour aider nos universités» à la protéger, promet le premier ministre.

L’idée d’une éventuelle «loi-cadre» est applaudie par certains. Elle effraie toutefois plusieurs personnes dans le monde universitaire, un milieu jaloux de son autonomie.

Voilà qui conduit à une quatrième et dernière remarque : cet éventuel texte législatif ne pourra être autre chose qu’un énoncé de principes. Il ne changera pas grand-chose. Il n’apportera pas un seul outil de plus — sinon celui d’envoyer un message.

Sur les campus, tout continuera de passer par le leadership de bon sens dont voudront faire preuve, ou pas, les directions pour sévir contre les intimidateurs.