Chronique

Les shérifs du cannabis

CHRONIQUE / La Ville de Québec a choisi la ligne dure sur la consommation de cannabis qu’elle interdira partout dans les rues et espaces publics.

Le règlement prévoit aussi que l’état d’ivresse causé par l’alcool ou la drogue sera interdit dans les lieux publics. 

L’état ivresse, causé par la beauté d’un lever de soleil sur le fleuve, les couleurs d’automne, la féérie d’une nuit d’hiver, une promenade en amoureux, un spectacle enivrant ou l’endorphine du coureur, continuera cependant d’être toléré. 

D’autres villes au Québec, dont Lévis, Saguenay et plusieurs arrondissements de Montréal ont aussi choisi la ligne dure. 

Cela témoigne du malaise des villes qui jonglent avec une patate chaude et sentent l’inquiétude de citoyens. Comme s’il n’y avait pas déjà du pot dans l’espace public.

Les lieux de vente du cannabis font aussi débat. Plusieurs les voudraient le plus loin possible des cégeps et universités pour ne pas encourager la consommation.

Des lieux de vente trop éloignés de la clientèle «naturelle», risqueraient cependant de conduire au statu quo. Les consommateurs continueraient d’aller au noir et l’effet bénéfique recherché par la loi (meilleur contrôle de la qualité) serait perdu. 

Le cannabis est une substance intoxicante (comme l’alcool) et est le plus souvent fumé (comme le tabac). D’où le dilemme : gérer la consommation de cannabis avec les règles qui régissent l’alcool ou avec celles sur le tabac.

Les interdits sur l’alcool visent principalement les espaces publics extérieurs (parcs, rues, trottoirs, stationnements, etc.).

Ceux sur le tabac concernent surtout les lieux publics intérieurs (immeubles commerciaux, bureaux, équipements de sport ou de loisir, écoles, etc.).

Dans le doute, les villes ont choisi d’imposer l’un et l’autre, avec pour résultat qu’il sera interdit de consommer ailleurs qu’à la maison et encore. Des propriétaires de logements pourraient l’interdire.

Confiner la consommation à l’intérieur des maisons aurait pour effet d’accroître l’exposition aux fumées secondaires, a prévenu le directeur de la Santé publique de la capitale, le DFrançois Desbiens. 

La recommandation de l’Institut universitaire sur les dépendances (une quarantaine de chercheurs de l’Université du Québec) était de s’inspirer des règles sur le tabac, à savoir : interdiction dans les lieux publics intérieurs et dans certains espaces extérieurs fréquentés par des jeunes (parcs de quartier, cours d’école, etc.).

On garantirait ainsi des environnements intérieurs sans fumée secondaire. On réduirait aussi l’exposition des jeunes au cannabis, évitant de contribuer à la banalisation de l’usage.

Ces balises sur le tabac sont supportées par la recherche scientifique, tant pour le risque des fumées secondaires que pour les impacts sur les comportements de consommation.

Inversement, l’Institut n’a retrouvé aucune preuve empirique que l’interdiction de l’alcool dans les espaces publics extérieurs avait contribué à en réduire l’usage. 

Je comprends qu’il n’y a pas d’étude équivalente pour le cannabis.

On sait cependant qu’au Canada, la consommation en est (encore) interdite partout, ce qui n’a pas empêché qu’un citoyen sur 10 en avait consommé en 2012, dont 20 % des 15-17 ans et 33 % des 18-24 ans. 

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Plusieurs villes ont tout de même choisi la ligne dure, quitte à assouplir plus tard leur réglementation.

Dans le cas de Québec, ça n’étonnera personne. L’intransigeance sur le cannabis est cohérente avec celle que le shérif Labeaume et son administration ont appliquée à la Saint-Jean, lors de manifestations étudiantes, au Sommet du G7, aux sorties de bar et autres activités «jeunes».

Québec sanctionne ceux qui traversent la rue à trois heures du matin en dehors des lignes pointillées; embarque des étudiants lors de marches pacifiques; intimide les opposants au G7 par un dispositif policier disproportionné, etc. 

La capitale pratique «la loi et l’ordre» avec fermeté, souvent jusqu’à l’excès, quitte à aller s’expliquer ensuite au tribunal et à se faire rabrouer pour avoir limité de façon indue les libertés individuelles. 

C’est probablement ce qui attend sa réglementation sur l’interdiction totale du cannabis dans l’espace public. 

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Les dispositions du «Règlement sur la paix et le bon ordre» visant le cannabis seront comme les autres assujetties au pouvoir discrétionnaire de la police. 

On aimerait pouvoir se fier au jugement et au gros bon sens des policiers sur le terrain, mais ce n’est pas toujours possible. 

C’est d’autant plus difficile que le message institutionnel et politique encourage la prudence excessive, pour ne pas dire l’intransigeance, voire la répression. 

Personne ne souhaite que Québec devienne une ville à risque et soit livrée au chaos. 

Le sentiment de sécurité élevé fait partie de la qualité de vie et est un atout pour attirer des citoyens et des visiteurs. 

Mais si on souhaite une ville animée où les jeunes (et les autres) trouvent plaisir à vivre, il faut être prêt à tolérer parfois un peu de bruit, d’ivresse ou d’odeurs de pot qui peuvent venir avec.

Chronique

Balayée par deux vagues

CHRONIQUE / J’en avais plein mon char. Je suis allé me débarrasser.

Deux pneus usés; une grande télé à l’image brisée; une autre figée à son vieux tube cathodique; des jalousies décolorées aux rebords émoussés; une porte défoncée et une volée de bois plus très vert. 

J’ai tout balancé dans les grands conteneurs et sur la table des électroniques passés date de l’écocentre.

Puis je suis allé voter. Le cœur et le char léger. Sans me soucier de stratégie ni penser aux sondages.

Je me suis dit en voyant déferler les résultats lundi soir que je ne fus pas le seul à profiter de cette belle journée d’automne pour faire un grand ménage. 

Un changement de garde décisif. Pas encore un changement de génération si on s’arrête à l’âge du nouveau premier ministre, mais beaucoup de jeunes nouveaux élus et un grand changement d’air. 

Des nouveaux partis en montée; des vieux partis en chute. Le paysage politique vient de changer.

L’histoire était déjà écrite avant que les militants et candidats de la Coalition avenir Québec (CAQ) aient eu le temps d’arriver au Centre des congrès.

Eux non plus n’avaient pas vu venir une vague aussi forte. Sauf peut-être pour la région de Québec où la carte des résultats ressemble à celle que les sondages avaient annoncée : un balayage presque sans partage de la CAQ, sauf pour les circonscriptions du centre-ville.

Le Parti libéral est repoussé dans son dernier retranchement de Jean-Talon. Réélu, Sébastien Proulx, qui est de ceux qui ont fait bonne impression dans le gouvernement sortant, sera sans doute de la course à la succession de Philippe Couillard.  

Le mouvement de changement amorcé à la partielle de Louis-Hébert l’an dernier, que beaucoup avaient perçu comme prémonitoire, sera devenu irrésistible.

Le départ de Sam Hamad, boudé par son parti, aura d’une certaine façon, sonné le glas des libéraux. Ici et partout ailleurs.

Le Parti québécois n’aura pas survécu au départ d’Agnès Maltais. Mais serait-elle restée que le résultat n’aurait probablement pas été très différent. 

Car ce n’est pas une vague qui a balayé la région mais deux. Une première venant (timidement) de la droite et une seconde d’une gauche vigoureuse et indépendantiste.   

Avec Catherine Dorion et Sol Zanetti, Québec solidaire devient la principale voix d’opposition dans la région de Québec.

Ce n’est pas anodin et c’est heureux pour la démocratie. Les positions de la CAQ et de Québec solidaire sont aux antipodes sur plusieurs sujets, dont l’incontournable troisième lien. 

Des débats utiles et nécessaires s’annoncent.

Il y a quelques années, la prise du pouvoir par la CAQ aurait représenté pour Québec un changement plus important qu’aujourd’hui.

Le parti de François Legault ne parle plus de sabrer massivement dans la fonction publique. La CAQ plaide aussi que sa posture sur l’immigration n’est pas incompatible avec les attentes en main-d’œuvre de la région de Québec. Reste à voir comment.

Un des défis du nouveau gouvernement sera de lancer un pont nouveau, pas seulement sur le fleuve mais vers l’hôtel de ville de Québec. Il y a peu d’atomes crochus entre le parti de François Legault et l’administration Labeaume. Cette distance n’est pas un accident de parcours. Il en est ainsi depuis des années.

Les Jonatan Julien, Jean-François Simard, Geneviève Guilbault, qui pourraient accéder au Conseil des ministres et François Paradis à Lévis auront ici leur mot à dire.   

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Je me suis demandé si je devais passer la nuit debout à attendre la première pelletée de terre pour le troisième lien. Puis, je me suis dit que ça pouvait bien attendre encore un peu.

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Chronique

La revanche des carrés rouges

CHRONIQUE / Ce fut la campagne de Québec solidaire. À Québec comme ailleurs, même si ça ne se mesure pas par un très grand nombre de députés.

QS a occupé l’espace public par l’audace de ses propositions; par son ton chaleureux; par sa montée dans les sondages et par les attaques tous azimuts qui l’ont ciblé depuis 10 jours.

La mouvance des carrés rouges et des casseroles, discrète depuis le printemps 2012, a trouvé dans cette campagne un nouvel élan.

Québec solidaire a réussi le tour de force d’intéresser à la fois des idéalistes, des désillusionnés et des indifférents. 

À mobiliser ceux qui rêvent d’un monde meilleur, plus respectueux des gens et de la planète, et ceux qui n’y croient plus. 

À séduire ceux qui votent pour des idées et des valeurs fortes comme ceux qui se foutent de tout et disent «fuck la politique», advienne que pourra. 

Le programme de QS, c’est Dr Jekyll et Mr Hide

L’histoire d’un philanthrope de jour, qui, la nuit venue, devient menaçant lorsque sous l’effet de la drogue (ou du marxisme) : partition du territoire, nationalisations généralisées, programmes sociaux invraisemblables à financer, report des dettes et déficits sur les générations futures, etc. 

Avec ce programme extrême, QS ne prendra jamais le pouvoir, pouvons-nous penser. Le pouvoir se gagne au centre, pas dans les excès et les révolutions trop brutales. 

C’était vrai à l’époque où les élections se gagnaient sur l’axe des idées, des valeurs ou des préférences économiques et constitutionnelles.

On choisissait alors le parti le plus proche des nôtres, ou on votait «stratégique» pour battre celui qui s’en éloignait trop. 

Mais le jour où les élections se jouent sur l’axe de l’ennui, de la démission ou de l’écœurement, tout devient possible. Y compris l’improbable et l’indésirable. Pas besoin de chercher très loin les exemples. 

On vote alors pour le parti ou le chef qui incarne le mieux le ras-le-bol ou l’indifférence que la politique nous inspire, sans penser aux conséquences. Il y a une part de cet état d’esprit dans le vote solidaire.

QS est le parti du courage, pouvons-nous penser. C’est vrai. Il en faut pour oser des réformes aussi radicales : économie, environnement, services publics gratuits presque illimités, etc. 

Mais il en faut aussi pour oser dire non à ce qui est impossible.

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Malgré tout le bruit, QS ne peut espérer qu’une circonscription à Québec (Taschereau). Au mieux deux avec Jean-Lesage, où Sol Zanetti est efficace et a réussi à créer un buzz

Partout ailleurs, on le verra quatrième. À l’aise dans les centres-villes (Montréal, Québec, etc.), le parti n’arrive pas à percer dans les banlieues et les régions. 

Dans Chauveau, en banlieue nord, il risque d’être cinquième derrière le Parti conservateur d’Adrien Pouliot.

Il n’y a que 6 ou 7 km entre le centre-ville et Chauveau, mais le gouffre est énorme : c’est celui qui sépare ceux qui roulent au gaz de ceux qui marchent.

Dans cette campagne, QS a joué les enjeux planétaires autant que les sujets locaux : non à un troisième lien; non à l’expansion du Port qui altérerait le paysage de la baie de Beauport et ajouterait au bruit, à la circulation et au rejet de poussières dans Limoilou; non au dézonage agricole à Beauport, etc. 

À quelques jours du vote, il vient d’abattre une nouvelle carte : faire barrage à la CAQ pour que celle-ci ne soit pas la seule voix à parler au nom de Québec. 

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Depuis 2003, le Parti libéral a beaucoup donné à la région de Québec. Espaces publics, infrastructures, pouvoirs, etc. 

Le PLQ mériterait sans doute mieux que d’espérer sauver les meubles dans Jean-Talon et Jean-Lesage.

Il sera cependant puni pour sa longévité au pouvoir, son manque d’empathie, son austérité, l’arrogance de son ministre de la Santé. L’idée de quatre autres années d’un gouvernement de docteurs semble devenue pour plusieurs insupportable. 

Le PLQ aura eu le mérite de relancer un projet de transport structurant-tramway qui a forcé l’adhésion des autres partis. Si ça arrive, il s’agira d’une contribution décisive à la vie et à l’image de Québec. Comme le fut la promenade De Champlain.

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Mis à l’index depuis 20 ans, le Parti québécois était en sursis dans Taschereau tant qu’il y avait Agnès Maltais. Il risque maintenant de disparaître.

Pourtant, son programme tient la route et sa vision du transport est raisonnable (attendre l’étude avant de décider pour un troisième lien).

Mais il manque quelque chose, une audace, un courage, une idée ou une personnalité forte qui le démarquerait.

Son principal espoir à Québec tient désormais à une réforme du mode de scrutin qui lui donnerait peut-être la voix que le vote populaire ne lui donne plus.

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À en croire les sondeurs, la CAQ va balayer les deux rives. Sauf le village gaulois du centre-ville de Québec, qui résiste souvent aux courants du moment (fédéral, provincial, municipal). 

Sous cet angle, la CAQ est peut-être moins le parti du changement et des jeunes familles que celui des banlieues. 

Sa promesse phare de mettre le pied sur l’accélérateur du troisième lien aura (malheureusement) occulté toutes les autres.

La collision annoncée avec l’administration Labeaume n’a pas eu lieu. La CAQ a eu l’habileté d’ajuster son propos sur l’immigration aux besoins de main-d’œuvre de Québec. 

Le danger qui la guette désormais est l’érosion de son aile la plus à droite, qui a déjà commencé à déchanter devant la tiédeur de ses projets et migre vers le Parti conservateur. 

Ceux qui auront voté CAQ par simple appétit du changement pourraient aussi se retrouver ailleurs. Y compris à l’autre bout du spectre, chez les carrés rouges de Québec solidaire qui incarnent mieux que la CAQ la lassitude des vieux partis et de l’ordre établi. Pour le meilleur et pour le pire.

Élections 2018

Une bière avec les chefs

CHRONIQUE / C’était soirée de quilles sur console Wii jeudi soir dans cette résidence pour personnes âgées de Limoilou.

L’affiche pour le vote par anticipation est déjà au mur et les candidats locaux y sont passés à tour de rôle. On parle parfois politique et on encourage les résidents à voter, explique la responsable des loisirs.

Mais entre des abats virtuels et un débat surréaliste, le choix n’était pas difficile à faire. Pas touche aux quilles sur la Wii, c’est leur «sport», m’a-t-on prévenu. L’argument était imparable. Je n’ai pas insisté.

J’ai cherché en vain une autre résidence d’aînés pour le débat des chefs. Même lorsqu’il n’y avait pas de Wii, on m’a dit non.

Ou bien il n’y avait pas de télé dans la salle commune, ou pas de résidents dans la salle à cette heure du soir, mais surtout, pas beaucoup d’intérêt. On peut comprendre.
Les débats des chefs visent en théorie un public large, mais il faut avoir la vocation pour tenir jusqu’au bout.

Je me suis retrouvé en haute-ville, sur cette rue Saint-Jean foisonnante où le casse-croûte gras à poutines voisine les commerces véganes ou d’aliments bios.

À l’étage de la Ninkasi, un écran géant derrière la table de billard au mur d’une salle vide.

Rien de l’effervescence de la semaine dernière où des militants de Québec solidaire avaient investi la place.

Premier client, un jeune artiste. Slam, piano, humour. Il venait pour une bière. Né à Varennes, il s’est installé à Québec depuis peu pour une «vie plus stable», parce que c’est «plus propre», qu’il «aime la ville» et pour «roder ses jokes». J’ai souri.

Il votera par anticipation samedi. Il avait l’habitude de voter Parti québécois, aime bien Sol Zanetti de Québec solidaire dans Jean Lesage, mais hésite encore. Québec solidaire l’énerve à refuser le regroupement des «forces progressistes».

Il était reparti quand le débat a commencé.

Ça a mal commencé pour Lisée. Son attaque sortie de nulle part contre Manon Massé et Québec solidaire qui n’a pas de vrai chef est tombée à plat.

On sentait chez lui une urgence à performer, mais ses envolées hors d’ordre, son ton accusateur («Vous mentez!») et ses obstinations avec l’arbitre ont mal paru.

Il a fini par corriger le tir et rentrer dans le rang, mais les premières impressions sont tenaces et finissent par contaminer notre lecture du reste du débat.

Autant M. Lisée avait bien fait dans les deux premiers débats, autant il se sera tiré dans le pied dans ce troisième.

Ça ne change rien à sa grande connaissance des dossiers et au réalisme de son programme, mais au jeu du débat, il aura perdu celui d’hier.

François Legault a beaucoup mieux paru. Il fut le plus distrayant avec une pétarade de punch lines percutantes.

«Les seuls qu’on veut expulser, c’est le Parti libéral», a-t-il lancé à M. Couillard qui lui reprochait ses ambiguïtés sur le traitement des immigrants.

«Les Québécois sont tannés de vous entendre donner des leçons», lui lancera-t-il plus tard. «Vous avez plus aidé la famille libérale que la famille québécoise», etc.

M. Legault a même fait acte d’humilité en reconnaissant avoir fait des erreurs, ce qui a semblé prendre tout le monde par surprise. Du moins, dans le bar où une dizaine de personnes ont fini par se regrouper pour une soirée de bière bien modeste.

L’habileté à larguer des lignes assassines ne fait pas la force d’un programme et ne peut en compenser les lacunes, mais en débat, ça a son effet. Reste à voir si ça suffira à freiner la chute de la Coalition avenir Québec que les sondeurs semblent avoir décelée.

Philippe Couillard fut égal à lui-même. Parfait contrôle de ses répliques et émotions (en a-t-il?), excellente maîtrise des contenus, approche technocratique, mais efficacité à livrer ses messages.

Son appel aux citoyens pour obtenir un «deuxième mandat» ne dupe cependant personne. Les libéraux sont au pouvoir depuis longtemps et il fait partie de la famille.

Dans un format de débat plus serré que celui de la semaine dernière à Radio-Canada et un animateur plus prompt à intervenir, Manon Massé n’a pas autant peiné à trouver son temps de parole.

Elle fut excellente, autant que peut l’être la leader d’un parti audacieux qui souffre d’un déficit de crédibilité. Elle avait le ton juste, capable d’attaques féroces contre les idées des autres tout en respectant les personnes qui les portent.

Son mot de clôture était particulièrement réussi, y reprenant des mots clés de sa soirée: courage, authenticité et ambition.

Mes adversaires, ce ne sont pas les trois autres chefs de parti, c’est la peur du changement, a-t-elle plaidé.

Mme Massé n’a peut-être pas imposé une idée forte qui aurait forcé la main aux autres chefs comme l’avait fait à l’époque Françoise David avec les personnes âgées. Mais, elle sort grandie de l’exercice.

Avec lequel des chefs aimeriez-vous prendre une bière, demande-t-on parfois dans les sondages? Jeudi soir, j’aurais dit Manon Massé. Il y a des soirs comme ça où on se prend à vouloir changer le monde. D’autres où on se sent plus paresseux.