La réalité est aussi que ce projet va à contresens de la tendance des dernières décennies à Québec qui fut de dégager les perspectives vers le fleuve et vers la ville, croit François Bourque

Une passerelle à contresens

CHRONIQUE / Ce projet de passerelle aérienne a le mérite de l’audace et de faciliter peut-être la vie à vélo dans le Vieux-Port.

On réduira en théorie les dangers de la cohabitation vélos-piétons ou «l’occupation» par les vélos d’une voie de circulation de Dalhousie comme l’été dernier. Cela ne règle cependant pas l’autre problème de la Pointe-à-Carcy qu’est la limitation d’accès au quai pour les piétons lorsque des navires de croisières y sont amarrés. 

En période de pointe, l’espace est souvent encombré de clôtures et une passerelle pour vélos n’y changera rien. 

L’imprécision de la ville sur les coûts du projet est par ailleurs inhabituelle et préoccupante. 

En faisant des règles de trois avec le prix d’autres passerelles construites récemment, on peut facilement arriver quelque part entre 5 millions $ et 10 millions $, peut-être plus. C’est beaucoup pour 300 mètres de piste cyclable.

Que le Port de Québec offre d’en payer le premier million est louable, mais sera une bien mince consolation pour les contribuables de Québec.

Cette passerelle sera «spectaculaire» et deviendra une «attraction touristique», plaide le maire Labeaume. C’est possible. Cette voie aérienne offrira à n’en pas douter des points uniques pour les cyclistes.

Des élus parlent d’un projet «signature» (Marie-Josée Savard), d’un «coup de circuit» (Pierre-Luc Lachance) et d’une «mise en valeur du fleuve» (Jérémie Arnould). 

Ces points de vue se défendent. 

Mais la réalité est aussi que ce projet va à contresens de la tendance des dernières décennies à Québec qui fut de dégager les perspectives vers le fleuve et vers la ville. 

Construire sur le quai une structure de béton, aussi «artistique» puisse-t-elle être, va nécessairement réduire ces perspectives. 

Le dommage sera minime dans le premier tiers qui longe l’édifice des Terrasses du Vieux-Port, mais sera plus lourd pour la suite.

On a la mémoire courte. Dans les années 80, le Port avait construit des structures tubulaires rouges aériennes pour relier les bâtiments de la Pointe-à-Carcy. 

Ces passerelles furent démantelées quelques années plus tard ainsi qu’un des immeubles qui occupait l’extrémité est afin de dégager le paysage des quais. Voici qu’on veut reconstruire au même endroit.

Il faut ici se méfier des dessins d’artistes qui ont tendance à embellir les projets et à les faire voir plus légers qu’ils ne le seront.

Il serait étonnant par exemple que les garde-corps de la piste aérienne puissent être aussi discrets et transparents que le laissent croire les images diffusées lundi.

L’imprécision quant aux coûts suggère que les plans ne sont pas complétés et pourraient encore d’évoluer d’ici la mise en chantier annoncée pour le début 2019, ce qui semble difficile à réaliser. 

Je m’explique mal par ailleurs cet escalier qui mène à la passerelle pour vélo et ce piéton appuyé au garde-corps de la voie cyclable. 

Si des piétons de mettent à utiliser la passerelle comme poste d’observation, ne risque-t-on pas d’amplifier les problèmes actuels de cohabitation et de sécurité? 

La ville de Québec dit s’être inspirée du Bicycle Snake bridge de Copenhague pour sa passerelle à vélo dans le Vieux-Port. 

Il est vrai que Copenhague est souvent à l’avant-garde de l’architecture et de l’urbanisme et on ne va pas reprocher à Québec d’y rechercher des solutions. 

Je vois cependant une différence énorme entre ces ceux passerelles. 

Celle de Copenhague traverse un petit bassin intérieur de moins de 200 mètres, dont le pourtour est entièrement construit. Le Snake Bridge n’obstrue donc aucune perspective sur l’eau ou sur la ville.

Tout le contraire du projet de Québec.