Hoboken depuis la promenade le long de la Hudson River, où le sommet des tours de Manhattan disparaît dans la brume les jours de pluie.

Un week-end à Hoboken

CHRONIQUE / Long week-end à New York pour du football. Tailgate sous la pluie arrosé avec des partisans locaux arrosés. Un match moyen mais une finale trépidante dans un grand stade à moitié vide.

Nous avons goûté à la frénésie de Times Square et à la féérie du Rockfeller Center et de la 5e Avenue à quelques semaines de Noël. Le grand sapin, la patinoire et la musique. La foule serrée des touristes et les millions de lumières. 

Des images de cartes postales un peu convenues mais dont l’effet reste irrésistible.  

On comprend que le promoteur du Phare puisse vouloir s’en inspirer pour sa place publique. Mais même avec la meilleure volonté, on en restera à des millions d’années-lumière. Inutile de s’en faire accroire. Une énergie pareille ne se crée pas à partir de rien. 

Mon fait saillant du week-end est cependant ailleurs que dans cette effervescence d’avant Noël. Il fut dans le quotidien du quartier Hoboken, New Jersey, sur la rive mal-aimée de la Hudson River que New York regarde un peu de haut.

Sixième borough de la Grosse Pomme pour les uns. Enfant bâtard pour d’autres.

Cinquante-deux mille habitants sur cinq kilomètres carrés, la quatrième plus forte densité aux États-Unis.

L’ancienne ville portuaire est aujourd’hui grouillante d’universitaires, artistes et hipsters. Hoboken gagne des prix d’urbanisme et est devenu en vogue. On s’imagine facilement y habiter. Le prix de l’immobilier y a explosé et est désormais astronomique, mais rien comparé à Manhattan.

Une ville à échelle humaine. La plupart des immeubles y font cinq ou six étages. Les briques rouges du début de siècle dernier y côtoient des constructions neuves.

Depuis la promenade le long de la Hudson, le sommet des tours de Manhattan disparaît dans la brume les jours de pluie. 

Une ville bien construite avec une rue principale, Washington St., aux trottoirs larges avec des commerces diversifiés, des bandes cyclables, des parcours d’autobus, des bars où les jeunes font la file aux petites heures de la nuit. 

Derrière, des rues résidentielles avec des escaliers de fer forgé, des services, des fenêtres discrètement décorées pour Noël. 

En retrait, l’avenue Willow avec l’hôpital universitaire, des églises de pierres, une école secondaire et un grand square avec les jeux d’enfants et l’enclos à chiens. 

À la rentrée du matin, on y trouve des brigadiers à chaque coin de rue. Partout, de jour comme de soir, un sentiment de sécurité.

Au bout de la rue principale, la vieille gare de 1907 et la station du PATH (pour Port Authority Trans Hudson), le métro-train local dont une des lignes dessert Manhattan. On y retrouve le mystère et la mémoire des gares d’Europe.

À peine 20 minutes entre celle de Hoboken et le Macy’s de la 33e Rue.

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J’avais toujours résisté à l’idée de me loger au New Jersey. C’est bien de payer moins cher, mais pas d’intérêt à être nulle part et à se compliquer la vie pour entrer en «ville», me disais-je.

Ce Airbnb à Hoboken m’a fait découvrir un quartier qui m’avait toujours échappé.

Rien d’étonnant.

Hoboken est minuscule dans l’ombre de New York qui l’ignore. J’ai vu qu’un blogueur mène bataille depuis quelques années pour mettre le PATH sur la carte du métro de New York. Pour l’instant, on n’y voit encore que des pointillés bleu pâle, presque invisibles.

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J’ai compté plusieurs liens entre Manhattan et les quartiers voisins : ponts, tunnels, métros, navettes fluviales. Au total, plus de trois liens je dirais, mais deux seulement qui m’importaient : le métro pour Manhattan et le train vers le stade à Meadowlands.

Les plaisirs des villes où on voyage sont toujours les mêmes, peu importe leur taille.

Un bon transport en commun, des rues animées avec des commerces et des trottoirs larges, des spectacles, des restos, des parcs et des espaces publics sécuritaires. Ce ne sont pas tant les gratte-ciels qui font le plaisir de New York que ses rues.

Si c’est bon partout ailleurs, pourquoi toujours chercher autre chose pour chez nous.