L'avocat François Marchand, qui veut affronter Régis Labeaume aux élections de l'an prochain, a présenté mercredi son plan en matière de transport pour la ville de Québec s'il est élu maire en 2017.

Un quitte ou double

CHRONIQUE / L'avocat François Marchand joue un quitte ou double dangereux.
En se portant candidat indépendant dans Cap-aux-Diamants, il va diviser le vote d'opposition et favoriser peut-être l'élection d'une candidate de plus d'Équipe Labeaume. Le contraire de ce qu'il dit rechercher.
Mais s'il gagne son pari, il deviendra de facto la principale voix d'opposition à l'hôtel de ville, ce qui le placerait déjà dans la course à la mairie de 2021. 
C'est loin encore, mais M. Marchand a de tenaces ambitions et (souvent) de la suite dans les idées. Il avait été candidat à la mairie en 1993. 
Les mauvais esprits penseront que gagne ou perd, sa candidature sera utile aux affaires de son bureau d'avocat de droit municipal. Je préfère croire qu'il y a dans cette candidature davantage d'abnégation et de sens commun que d'appétit mercantile. 
Advenant la défaite (probable) d'Anne Guérette à la mairie et une victoire de M. Marchand contre son colistier, la chef de Démocratie Québec serait écartée du conseil municipal. 
Cela fait plusieurs si, mais c'est une possibilité.
Cela ne vous émeut peut-être pas beaucoup, mais Mme Guérette fait quand même partie de la vie politique de Québec depuis 15 ans, dont 10 au conseil.
Par son opiniâtreté et son courage, elle a tenu, parfois presque seule, le fort de l'opposition au maire Labeaume. Pour le meilleur et pour le pire.
Le destin a voulu qu'elle soit élue le même jour que M. Labeaume lors de la partielle de décembre 2007, mais pour le reste, le parfait contraire d'une âme soeur. 
Quelques jours après l'élection, elle se souvient être allée manger avec M. Labeaume pour évaluer une possible collaboration.
C'était l'époque du débat sur le pavillon du Musée des beaux-arts. Mme Guérette s'opposait à la démolition du couvent des Dominicains. 
La réponse du maire l'avait désarçonnée. «Oublie ça, penses-y même pas. C'est réglé. C'est mon chum, John Porter [alors directeur du Musée] et on perdra pas le milliardaire Lassonde.»
«Ce jour-là, j'ai compris, dit-elle. Nous avons compris mutuellement que jamais nous ne pourrions travailler ensemble.»
La suite fut ce que l'on sait.
M. Marchand a déjà affirmé ne pas être intéressé à une candidature comme conseiller. Mme Guérette lui reproche maintenant d'avoir aussi brisé un «engagement». À la veille du vote à la chefferie de Démocratie Québec, l'automne dernier, ils avaient convenu d'une «entente de ralliement».
M. Marchand s'est effectivement rallié (un temps), mais il invoque aujourd'hui une «urgence», estimant que «l'opposition ne va nulle part».
Le récent sondage (Léger-Journal de Québec), qui donnait Mme Guérette à 10 % des intentions de vote et tous les candidats d'Équipe Labeaume en avance, fut décisif dans sa réflexion.
M. Marchand dit vouloir mener une opposition fondée sur les contenus et l'argumentaire plutôt que sur les attaques personnelles. 
C'est bien, mais ça ne fait pas de lui le sauveur de la démocratie ni le seul à pouvoir l'incarner. D'autres partis et candidats partagent ce souhait.
Ce qui rend sa candidature intéressante, c'est qu'il ajoute, comme Québec 21 à l'autre bout du spectre, un point de vue clair sur les enjeux d'urbanisme. Plus clair que celui de Démocratie Québec. 
M. Marchand est pour un tramway, contre les élargissements d'autoroutes, contre Le Phare, contre un troisième lien, etc. Le débat démocratique gagne toujours à une diversité de points de vue pertinents lorsque ça se fait dans le respect des personnes et des idées de l'autre.