Le risque que le projet de Club Med au Massif de Charlevoix fait courir aux pouvoirs publics est atténué par rapport aux premières appréhensions.

Un projet d’exception

CHRONIQUE / Ce fut une des conférences de presse-spectacle les plus courues des dernières années.

Un parterre et une galerie chargés d’invités, élus, ministres et acteurs de tous les horizons économiques de Québec et Charlevoix.

Une foule à la mesure des attentes créées par ce projet de Club Med de 120 millions $ au Massif de Charlevoix, qui aboutit après cinq ans de montagnes russes.

Ce projet soulevait beaucoup de questions quant à sa viabilité et au risque qu’il ferait courir aux pouvoirs publics qui ont déjà englouti 65 millions $ au Massif.

Il reste encore «une part de risque», a convenu le promoteur Daniel Gauthier. Ce risque est cependant atténué par rapport aux premières appréhensions. 

On parle désormais de prêts (26 millions $ du provincial, 10 millions $ du fédéral) remboursables à montants fixes sans égard aux performances du Massif. 

Si dépassement de coûts il y a, ils seront à la charge du privé. 

L’engagement financier du Club Med fut déterminant dans la relance de ce projet qu’on avait cru un temps abandonné. 

Ce fut une condition pour que le gouvernement y participe, a confirmé la ministre de l’Économie Dominique Anglade. 

Club Med investira 14 millions $ dans l’hôtel, garantit un achalandage couvrant les coûts annuels d’opération et achètera 75 000 journées de ski par année pendant 15 ans.

C’est plutôt rassurant. Une des craintes était que Club Med plie bagage s’il n’obtenait pas les résultats espérés. Le Massif ou, qui sait, le gouvernement, aurait alors hérité d’un hôtel déficitaire. 

Club Med fait ici une «exception» en investissant dans l’immobilier, a beaucoup insisté Xavier Mufraggi, son pdg en Amérique du Nord. 

Pourquoi cette exception pour le Massif?

Une première explication tient du lyrisme et flirte avec les clichés qui attirent les touristes français au Québec. 

Beauté du paysage, espaces, vue sur la mer, patrimoine, gastronomie, proximité des baleines à Tadoussac, fjord, etc. Pas étonnant dans le contexte d’apprendre que Club Med songe à organiser des sorties vers Wendake.

Le chef Konrad Sioui était d’ailleurs présent jeudi, mais ça n’avait rien à voir. 

S’il était là, c’est qu’on lui avait demandé d’approuver le projet, condition du gouvernement Trudeau avant d’investir sur les terres ancestrales.

Plus prosaïquement, Club Med voulait ouvrir un premier village de ski en Amérique du Nord. Sans doute a-t-il compris que sans engagement de sa part, c’était peine perdue au Massif. 

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Il restera encore des questions et des doutes. M. Gauthier assure que les routes actuelles desservent bien le Massif.

Mais c’est un secret de polichinelle que la seconde où l’achalandage va augmenter, on invoquera la sécurité pour demander de refaire la côte d’accès au village.

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L’architecte Jérôme Henné (Lemay Michaud) a commencé à plancher sur le futur hôtel de 300 chambres. C’était aussi une préoccupation: ne pas abîmer le paysage par une construction massive. 

M. Henné envisage un hôtel en escalier, avec peut-être sept ou huit paliers qui suivront la courbe de la montagne dans le secteur de la gondole. Trop tôt encore pour nous montrer des plans. 

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Avec la venue du Club Med, le Massif franchit une étape décisive qui le mènera à l’exact opposé de ce que le promoteur Gauthier avait imaginé au départ.

Il avait alors obtenu de l’argent public pour un «lieu ouvert» qui serait, disait-il, «l’antithèse même d’un resort».

Les temps changent. Les rêves aussi.