Les taxes influencent le taux de satisfaction des citoyens. Une baisse au moment opportun peut aider à se faire pardonner d'autres décisions moins populaires. Ce n'est pas par hasard si ça arrive maintenant. 

Un gel de taxes pour lancer la campagne

CHRONIQUE / Personne n'est dupe de la «coïncidence» de ce gel de taxes résidentielles (pour certains une baisse) à la veille d'une année électorale.
Les taxes influencent l'humeur et le taux de satisfaction des citoyens envers les administrations publiques. Une baisse au moment opportun peut aider à se faire pardonner d'autres décisions moins populaires, voire à atténuer la perception de l'usure du pouvoir. Ce n'est pas par hasard si ça arrive maintenant. 
Personne ne s'objectera à un gel ou une baisse de taxes. Même l'opposition, désormais dirigée par Anne Guérette, voit la chose d'un bon oeil.
Reste à voir si la Ville arrivera à gruger encore dans les budgets de fonctionnement sans sacrifier la qualité des services. C'est un exercice de plus en plus risqué.
Pour arriver à geler les taxes, l'administration Labeaume a aussi dû étirer l'esprit (sinon la lettre) des lois sur les fusions municipales. 
La règle était claire. Chaque ancienne ville restait responsable de ses dettes. Québec va déroger à ce principe.
Pendant les deux prochaines années, les paiements sur les dettes des anciennes villes seront assumés à même le budget général.
Donc, par l'ensemble des citoyens et non plus par ceux des anciennes villes concernées.
Au total, ces vieilles dettes s'élèvent à 241 millions $, dont plus de 96 % uniquement dans l'ancienne ville de Québec.
Lorsque l'administration Labeaume donne «congé» de paiements aux anciennes villes, cela équivaut à refiler une partie de la facture aux anciennes banlieues. 
Ce n'est peut-être pas un grand scandale, mais ce n'est pas non plus anodin et cela pose la question de l'équité.
La stratégie de l'administration Labeaume donne un répit de taxes dont les citoyens vont se réjouir. 
Elle aura aussi un autre effet positif. Pour la première fois depuis les fusions, les citoyens verront sur leur facture de taxes la même chose que dans le discours de leurs élus. 
Le gel de taxes sera un vrai gel de taxes, pas une pirouette intellectuelle.
Depuis les fusions, les élus de Québec se sont souvent félicités d'avoir limité les hausses de taxes au niveau (ou en dessous) de l'inflation. 
Dans les faits, ce n'était pas vrai. L'harmonisation des taux de taxe et le remboursement des dettes des anciennes villes faisaient augmenter les factures au-delà de l'inflation.
Les citoyens avaient l'impression d'avoir été floués. Cette fois, les choses seront claires.
Le gel et les baisses de taxes pour les deux prochaines années coupent l'herbe sous le pied de la nouvelle chef de l'opposition, Anne Guérette, qui en avait fait un des enjeux de la course à la direction de son parti.
La hausse des investissements au Réseau de transport de la Capitale (RTC) vient aussi gruger dans les arguments de Démocratie Québec.
Qui a dit qu'il était facile d'être chef de l'opposition dans un hôtel de ville? Si quelqu'un le sait, c'est bien la conseillère Guérette, qui y affronte le maire Labeaume depuis neuf ans.
Anne Guérette sort grandie de la course au leadership. Pas tant pour les 54 % de voix obtenues devant François Marchand, ce qui est une victoire bien modeste. 
Mais à cause du respect qu'elle s'est gagné. Sa préparation, sa maîtrise des dossiers, son calme, la cohérence de sa vision. Même ses adversaires en conviennent et saluent sa ténacité. Lui reste à ajouter (parfois) un peu de réalisme.
Beaucoup de militants associés à la «vieille garde» du parti ne faisaient pas confiance à Mme Guérette. Ils lui reprochaient son imprévisibilité et sa difficulté à travailler en équipe. 
Malgré sa bonne performance, une partie de ceux-là vont partir. Ils voteront pour elle à l'élection, mais n'y seront pas pour se battre à ses côtés.
Le premier défi de la nouvelle chef sera de limiter ces départs et de démontrer qu'elle peut rassembler dans son propre parti. 
Le second sera le recrutement de leaders locaux et éventuels candidats. L'arrivée récente de l'ex-député du Nouveau Parti démocratique Raymond Côté en est un bel exemple, mais il en faudra d'autres si le parti espère vraiment progresser.