Le maire Régis Labeaume en compagnie de Rémy Normand

Trop peu trop tard

CHRONIQUE / L’exercice nous a laissés sur notre appétit. Un point de presse vaseux qui détonne avec le style habituellement tranché du maire Labeaume.

Pas d’explications sur les raisons l’ayant conduit à épingler son bras droit Jonatan Julien pour les ratés du projet de centrale de police.

Et pas d’excuses suggérant que ce fut une erreur de l’avoir montré du doigt sur la place publique.

Bref, on n’est guère plus avancés que la semaine dernière.

À ce qui pouvait sembler une crise politique, le maire s’est contenté de répondre par un ajustement administratif.

Voici comment les tâches de M. Julien seront dorénavant distribuées. Merci, bonsoir, on passe à autre chose. Tant pis pour ceux qui pouvaient croire d’intérêt public de savoir ce qui s’est passé.

«Je vais donner toutes les réponses […] Les gens vont tout comprendre», avait pourtant promis le maire il y a quelques jours.

Il répondait alors, depuis New York, aux questions d’une collègue du Journal de Québec.

En point de presse lundi, le maire a confié qu’il était alors animé par de «très mauvais sentiments». «J’étais en maudit, vendredi matin», dit-il.

On s’attendait dès lors à des réponses. Il fallait que l’affaire soit sérieuse ou qu’il y ait autre chose pour s’en prendre ainsi à un collaborateur aussi proche. 

Connaissant la rigueur et le sens éthique de M. Julien, j’en aurais été étonné, mais c’était la seule explication vraisemblable. On comprend qu’il n’en est rien.

La fin de semaine lui aura porté conseil. Il a décidé de ne pas en remettre. Une idée sage peut-être, mais ça nous laisse avec des sous-entendus.

«Jonatan a sa version… la mienne est très différente. Mon lien de confiance s’est aussi beaucoup dégradé», a dit le maire, refusant de préciser davantage.

Sa seule réponse catégorique fut pour dire qu’il n’y avait rien d’autre que les ratés de la centrale de police dans sa critique du travail de M. Julien. «C’est l’histoire d’un dossier. Ça arrive, en politique». 

Raison de plus alors pour ne pas l’accabler sur la place publique. 

***

Si la déclaration officielle de M. Labeaume nous laisse sur notre appétit, son ton contrit et son langage «non verbal» en disaient davantage : il regrette.

Il ne regrette pas seulement le départ de M. Julien mais regrette les propos qui l’ont provoqué. Si c’était à refaire, c’est sûr qu’il ferait autrement, mais son ego l’aura empêché de le dire. Ça arrive, en politique.

«J’ai beaucoup d’estime pour Jonatan» et «je l’ai toujours senti en contrôle», a insisté M. Labeaume, qui garde la porte grande ouverte si M. Julien souhaitait revenir. 

C’est gentil de le dire. C’est juste qu’il est un peu tard. 

Sans rien enlever à personne, le nouveau comité exécutif de la Ville de Québec est moins fort aujourd’hui qu’avant le départ de M. Julien.

Promu au «conseil des ministres», le conseiller Jérémie Ernould prendra charge des travaux publics et du déneigement. Il n’a cependant pas la formation, l’expertise et l’autorité morale de son prédécesseur pour «challenger» la machine ou son maire. On lui souhaite d’apprendre vite.

Les finances et le budget sont confiés à Rémy Normand déjà fort occupé avec le RTC et le projet de transport structurant-tramway.

Je ne doute pas de ses compétences ni de sa détermination au travail. J’espère juste qu’il trouvera le temps (et le cran) de répondre aux questions. C’est ce qui m’inquiète dans cette nomination. 

Le maire Labeaume récupère pour sa part les ressources humaines, les relations de travail et les grands projets, dont celui de la centrale de police. 

Si quelque chose cloche encore, il n’y aura plus d’ambiguïté sur les responsabilités. 

Sur papier, le maire n’aura jamais eu autant de pouvoir. Dans les faits, ce n’était pas nécessaire de l’écrire pour qu’on sache qui mène dans tous les grands dossiers de l’hôtel de ville.