Le métro de Montréal

Tramway ou métro?

CHRONIQUE / Il se fait tard pour cette question dont on connaît déjà la réponse.

Mais peut-être vaut-il mieux se la poser une fois de trop que de regretter de ne pas l’avoir assez fait. 

Québec serait-elle mieux servie à long terme par un métro que par un tramway? 

Toutes les études qui se sont intéressés depuis 1968 à l’hypothèse d’un métro ont conclu qu’un tramway serait mieux adapté à la réalité de Québec.

Un métro coûte trois à quatre fois plus cher et offrirait une sur-capacité pour nos besoins.

Ces arguments, en apparence irréfutables, appellent cependant des nuances.  

Des villes plus petites que Québec se sont dotées d’un métro, car il est possible d’en moduler la taille selon les besoins.

Un métro coûte peut-être plus cher, mais dure plus longtemps. 

Si on l’amortit sur 75 ans, 100 ou davantage, l’écart n’est peut-être plus aussi grand. C’est ce que plaident des citoyens du collectif «J’y vais en métro». 

Depuis quelques semaines, ceux-ci tentent de ramener le métro dans le débat public, malgré le refus de l’administration Labeaume. 

Pour ma part, je trouve le projet très approximatif, tant dans l’argumentaire que dans le tracé de 16 km proposé. Mais il a le mérite de soulever de bonnes questions. 

Je n’ai pas pu obtenir de réponse officielle de la Ville ou du Bureau de projet du tramway. On me chuchote cependant que le métro n’a jamais été analysé sous l’angle des coûts à long terme ni sur celui des coûts de dérangement. C’est ennuyeux.

Le tramway implique des travaux de surface pendant des années, y compris dans les deux portions souterraines. Comme il s’agit de courts tronçons, le recours à un tunnelier est impensable. Il faudra donc ouvrir la chaussée sur la colline Parlementaire et près du Phare.

Il y aura du dérangement (et des pertes) pour les commerçants et citoyens qui se déplacent. Creuser avec un tunnelier réduirait ces dérangements.

Un métro serait plus rapide, plus confortable et plus attrayant qu’un tramway, font valoir Robert Vanderwinkel, Jacques Vandersleyen et Ali Magassouba, membres du Collectif

C’est possible, mais ici encore, il faut faire des nuances.

Un métro peut aussi s’encombrer à l’heure de pointe. Des citoyens peuvent préférer la «sécurité» d’un tramway à la noirceur d’un souterrain.

Étant moins cher, un tramway permet d’étirer les lignes plus loin, ce qui sert plus de voyageurs.

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Un tramway est souvent l’occasion d’élargir les trottoirs et faire des plantations. En occupant des voies de circulation, il «calme» la pression des voitures. 

Un métro permettrait au contraire de redonner à l’auto des voies jusque là utilisées par l’autobus. Avec le risque d’ajouter à la circulation automobile.

Je note ici que ceux qui demandent plus de voies pour l’auto sur les autoroutes préfèrent un métro à un tramway. 

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«J’y vais en métro» plaide que le tramway de Québec sera saturé après quelques années et qu’on regrettera alors de ne pas avoir choisi un métro.

Ce n’est pas impossible, mais j’ai beaucoup de mal à y croire.

La population de Québec n’augmente que de façon modeste chaque année et continue de vieillir, plus vite que dans d’autres grandes villes du pays. 

On encourage de plus en plus le télétravail et l’étalement des horaires de travail et d’enseignement, notamment au cégep et à l’Université Laval.

Tout cela devrait à la longue contribuer à atténuer la pression des heures de pointe à Québec et le besoin pour un transport collectif de très grande capacité. 

Cela peut aussi faire réfléchir à l’utilité d’un troisième lien.