Personne ne prenait l'autobus pour toucher un crédit d'impôt. On prend l'autobus quand on est obligé ou quand c'est plus efficace (ou moins cher) que de prendre sa voiture.

Quelque part dans l'infonuagique

CHRONIQUE / L'abandon du crédit d'impôt pour transport en commun envoie un bien drôle de message pour un gouvernement Trudeau qui pose en leader du développement durable.
Le même genre de message que lorsqu'il autorise de nouveaux pipelines pour accroître l'extraction du pétrole des sables bitumineux. 
Pour les usagers du RTC, le crédit offert depuis 2007 peut représenter entre 85 $ et 155 $ par année. Pas assez pour provoquer une baisse d'achalandage, mais punir ces usagers n'aidera en rien à augmenter la part modale du transport en commun, comme on prétend vouloir le faire. 
Le gouvernement allègue que la mesure n'avait pas d'effet positif sur l'achalandage. Je le crois aussi.
Personne ne prenait l'autobus pour toucher un crédit d'impôt. On prend l'autobus quand on est obligé ou quand c'est plus efficace (ou moins cher) que de prendre sa voiture.
La meilleure façon d'augmenter l'achalandage est d'améliorer l'offre de service: parcours plus pertinents; horaires plus fiables, meilleur confort. Idéalement, meilleur prix. 
Le gouvernement dit vouloir utiliser l'argent des crédits de taxe (1 milliard $ en cinq ans) pour des infrastructures. La stratégie se défend, mais elle aurait été plus convaincante et mieux reçue si l'abandon du crédit avait été accompagné de projets d'investissements précis.
Pas en envoyant l'argent flotter quelque part dans l'infonuagique du budget des infrastructures. 
J'ai souvent relevé les contradictions de l'administration Labeaume sur les enjeux de transport.
Je salue aujourd'hui sa détermination à réaliser le projet de service rapide par bus (SRB), même si la Ville devait être contrainte d'en payer une partie.
Lorsque le projet fut lancé au printemps 2010 (on parlait alors d'un tramway), il était clair pour Québec que la facture irait à 100 % aux gouvernements supérieurs, comme pour le métro de Montréal. 
Il est aujourd'hui question de 40 % au fédéral et 50 % au provincial, ce qui laisserait 10% aux Villes de Québec et Lévis, soit entre 100 M$ et 150 M$.
Dans le contexte où beaucoup de médias et d'acteurs publics souhaitent l'abandon du SRB, il aurait pu être tentant de prendre prétexte du «recul» fédéral pour mettre les freins. 
Le maire Labeaume a au contraire choisi de garder le cap et de ne pas semer de doute sur le projet. 
Il préfèrerait que la ville ne paye rien, mais «à 90 %, est-ce qu'on laisse tomber un projet qu'on attend depuis des décennies?» Surtout que la ville aurait les moyens de payer une part.
Le maire de Lévis, qui aime lui aussi poser en champion du développement durable, ne montre pas la même détermination. 
M. Lehouillier refuse d'envisager que Lévis paie une part du SRB. Cela suggère qu'il n'y tient pas tant que ça. Peut-être est-il trop occupé désormais à promouvoir un projet de troisième lien.
Pourrait-on envisager un SRB uniquement sur la rive nord, comme l'a évoqué, un peu en désespoir de cause, le maire de Québec? 
Il me semble que le projet perdrait tout son sens ou presque. 
Le tramway-SRB a été pensé pour unir les deux rives et arrimer enfin les deux réseaux de transport collectif. Ce ne serait dans l'intérêt de personne de l'amputer de son tronçon le plus significatif, le plus symbolique et le plus prometteur si on veut augmenter la part du transport en commun et réduire celle de l'auto.