À part le petit débordement du fleuve sur Dalhousie, comme souvent les jours de tempête, de grandes marées et de pleine lune, c'est le calme plat à Québec.

Québec dans une bulle

CHRONIQUE / On vit dans une bulle. Des inondations aux quatre coins de la province mais toujours rien à Québec.
À part le petit débordement du fleuve sur Dalhousie, comme souvent les jours de tempête, de grandes marées et de pleine lune, c'est le calme plat.
Pas d'inondations, pas d'embâcles ni de refoulements d'égouts. Pas de parade de ministres en bottes de caoutchouc devant les caméras avec une mèche de cheveux collée sur front par la pluie et le vent.
Aucun des cours d'eau de la grande région de Québec ne fut une menace ce printemps. Ni la Chaudière, ni la Beaurivage, ni la Montmorency, la Jacques-Cartier ou la St-Charles, etc. 
«Inquiétude à zéro», confirme le conseiller exécutif Patrick Voyer, responsable des mesures d'urgences à la Ville de Québec.
Ex-employé de la Sécurité Civile, M. Voyer sait qu'on ne peut tout prévoir et évoque la «loi de Murphy»: tout ce qui peut aller mal finira par mal aller. «Dame nature trouve le moyen de nous faire mal paraître», se souvient-il.
Québec a-t-elle été chanceuse d'échapper aux inondations? 
Oui et non. 
Les inondations des derniers jours ont été causées par les précipitations abondantes de l'hiver combinées au fort coup d'eau du début mai.
Québec a aussi reçu en 2017 plus de neige et de pluie que la moyenne pour les quatre premiers mois de l'année. Près de 400 mm, en hausse de 23 % sur la moyenne de 322 mm. 
Rien comparé à Ottawa (376 mm; + 46 %) ou Montréal (530 mm; +83 %).
Dans l'immense bassin versant de la rivière des Outaouais (146 000 km carrés), ça fait beaucoup d'eau à la fonte des neiges. 
Par comparaison, le bassin de la St-Charles ne fait que 513 km carrés, celui de la Montmorency, 1152 et celui de la Jacques-Cartier 2515.
Les sols étaient déjà imbibés et les réservoirs de rétention à capacité lors des pluies du début mai: plus de 113 mm d'eau en 8 jours à Ottawa, plus que pendant tout un mois de mai habituel (80 mm). 
C'est beaucoup, mais pourtant loin du déluge du Saguenay en 1996 lorsque l'eau a arraché jusqu'au lit des rivières.
On ne contrôle pas les précipitations, la fonte des neiges ni les effets des changements climatiques.
On croit savoir qu'il y aura davantage d'événements météo extrêmes. Mais un réchauffement pourrait signifier moins de neige l'hiver, donc moins d'eau et moins d'inondations au printemps. 
Ce qui se contrôle c'est l'endroit où on construit. S'installer en zone inondable, c'est courir après le trouble, mais les élus n'ont pas toujours le courage de dire non aux citoyens. 
On contrôle aussi les ouvrages de protection : réservoirs, digues, barrages, etc. C'est ce que fait Québec à la rivière Lorette pour éviter qu'elle déborde en été lors des orages extrêmes. 
La ville de Québec avait constaté d'importantes lacunes à son plan d'urgence lors du renversement d'un camion de propane en 2011. Elle a depuis refait ses devoirs et initié le «projet K».
Un réseau de caméras a été déployé dans les secteurs à risque d'inondation et on a créé une vigile permanente; on inspecte les rivières, on suit la météo et on reçoit les observations des citoyens et des employés. Cela permet de briser à l'avance un embâcle menaçant, de planifier des détours de circulation et informer les citoyens.
Le plan est gradué en fonction de la menace. Il n'y a pas d'entrepôts pleins de sacs de sable au cas où, mais on sait où trouver le sable.
Il faut être prêt à tout. Mais pas trop. Être trop préparé à un événement qui n'arrivera jamais peut avoir un effet démotivant sur les employés, analyse M. Voyer.
Peut-être a-t-il raison. Mais ce n'est sans doute pas ce qu'ont envie d'entendre ces jours-ci, les citoyens de Montréal exaspérés par la lenteur et l'insuffisance des secours.