Rouvrir le PPU de Sainte-Foy deux ans après son adoption pour permettre le projet du Phare provoque une «perte de confiance», selon l'Institut du Nouveau Monde.

Québec au bas de l'échelle

CHRONIQUE / Le jugement peut sembler sévère. On le prendrait avec réserve, venant de l'opposition ou de citoyens ouvertement hostiles au maire.
Mais il vient cette fois de l'Institut du Nouveau Monde, le consultant indépendant à qui l'administration Labeaume a demandé d'examiner ses processus de consultation publique.
Le maire Labeaume avait souhaité un rapport non complaisant. Il a été servi. 
Ce n'est pas que Québec soit pire que les autres villes du Québec. Ni qu'elle ait tout faux, au contraire. 
Les auteurs notent d'ailleurs que Québec déploie des pratiques «innovantes» pour mieux rejoindre les citoyens et susciter leur intérêt. 
Ils constatent aussi que Québec consulte davantage en «amont» des décisions et qu'elle va au-delà de ses obligations légales. Pour les programmes particuliers d'urbanisme (PPU), par exemple. 
Cela est bien, mais ne suffit pas, croit l'Institut du Nouveau Monde.
Surtout quand c'est pour rouvrir le PPU de Sainte-Foy deux ans après son adoption pour permettre le projet du Phare. Cela provoque une «perte de confiance». 
Constat général : Québec favorise les «mécanismes de participation les plus pauvres» au détriment des «plus riches».
Elle préfère sondages, manipulations, marketing et communications à des discussions, des délibérés et des partenariats de décision avec les citoyens.
On croit comprendre pourquoi. 
Un communiqué lénifiant ou un sondage où l'élu choisit les questions est moins risqué que des échanges directs où on partage l'information, où on confronte les points de vue et où on fait participer les citoyens aux décisions. 
En point de presse lundi, le maire Labeaume a été catégorique. Il ne souhaite pas accroître la participation des citoyens dans les prises de décision de la Ville. 
«L'aménagement est un geste politique, plaide-t-il. Si les citoyens ne sont pas d'accord, il y a les élections.»
«Le partenariat [avec les citoyens], c'est très vertueux, mais c'est antidémocratique», tranche le maire. Il avait dit la même chose des référendums la semaine dernière.
Le choix du mot antidémocratique est inutilement provocant, pour ne pas dire cynique, dans la bouche d'un maire qui montre si peu de respect pour les opinions différentes des siennes.
Mais sur le fond, la formule actuelle des référendums pose effectivement problème. 
On peut facilement en soustraire les projets importants (par exemple, le Phare) et on ne s'en sert jamais sur les grands sujets structurants comme le transport en commun, l'agrandissement du port, les autoroutes, etc.
Ces référendums portent sur de petits projets et donnent beaucoup de poids à des voisins pour les bloquer, souvent au détriment de l'intérêt public. 
Les référendums provoquent une confrontation stérile des points de vue. On vote pour, ou on vote contre. 
Le concept de «partenariat» avec les citoyens, tel que pratiqué avec les PPU, a il me semble, l'effet contraire. Il incite au dialogue intelligent et à la recherche de solutions pouvant convenir au plus grand nombre. 
Il restera toujours des arbitrages à faire par les élus, mais les citoyens auront davantage l'impression d'avoir participé aux décisions. 
Lorsque leur point de vue ne sera pas retenu, ils sauront au moins pourquoi, une transparence qui fait souvent défaut dans la mécanique actuelle des consultations à Québec.
Croire que le «partenariat» est une idée «antidémocratique» en dit long sur la conception égocentrique que le maire a de la démocratie.