Le projet Royalmount, à l’intersection des autoroutes 15 et 40 à Montréal, risque d’ajouter à une congestion déjà lourde.

Quand on se compare

CHRONIQUE / Peut-être avez-vous entendu parler de ce grand projet, Royalmount, qui déchire Montréal cet hiver.

On parle d’un mégacentre commercial et culturel de 3,6 millions de pieds carrés qui sera construit sur un ancien terrain industriel à l’intersection des autoroutes 40 (Métropolitain) et 15 (Décarie). 

Le projet, appuyé par la Chambre de commerce, a le feu vert de la petite ville de Mont-Royal où il est situé, mais la mairesse de Montréal et des élus de villes voisines s’y opposent.

Par jalousie ou crainte de la concurrence? C’est permis de le penser. 

Par son gigantisme (trois fois la superficie de Laurier à Québec), Royalmount risque de drainer une partie de la clientèle des artères commerciales et petits centres d’achats des villes voisines. 

Qui sait, peut-être même nuire au quartier des spectacles au centre-ville de Montréal, car les promoteurs espèrent attirer 30 millions de visiteurs par année, près de trois fois la fréquentation de Laurier Québec (12 millions).

Mais au-delà de l’enjeu de concurrence fiscale et commerciale, c’est surtout le lieu d’implantation et le modèle de développement qui sont mis en doute. 

Le projet prévoit 200 commerces et boutiques haut de gamme donnant sur des espaces «publics», une patinoire, deux salles de spectacle, cinq hôtels, des tours à bureaux, des restaurants, un cinéma, un aquarium, éventuellement 6000 logements et condos.

Ce modèle, c’est celui du quartier Dix30 à Brossard, du Carrefour Laval et des autres «mégacentres» ou powercenters construits en bordure de nos autoroutes urbaines. Celui-là est juste un peu plus gros. 

Rien pour se scandaliser alors, si ce n’était que ce projet va pousser à l’intersection de deux des autoroutes les plus congestionnées de la région, ce qui risque d’ajouter au chaos.

Montréal estime que les temps de parcours sur ces autoroutes pourraient être augmentés de 10 à 30 minutes. Des spécialistes des transports et de la mobilité durable croient aussi que le projet va alourdir la circulation. 

Mont-Royal conteste ce scénario catastrophe (elle parle de 2 à 5 minutes de plus) et plaide que la venue du train électrique REM va enlever de la pression sur les autoroutes. Ça reste à voir.

Mont-Royal rappelle aussi que le projet sera relié à une station de métro par une passerelle au-dessus de l’autoroute et propose des réaménagements au réseau routier local pour soulager l’intersection 40-15. 

Catastrophe ou pas, il y a quelque chose d’incongru à ce qu’une petite ville de 20 000 habitants puisse ainsi imposer va vision à une métropole de 2 millions de personnes. Montréal paye ici encore le prix des défusions municipales. Cela renvoie aux difficultés de gouvernance de l’île de Montréal. 

Des discussions sont en cours avec Montréal pour trouver des aménagements pouvant atténuer les conséquences négatives de Royalmount. Demain, ce sera pour le site de l’hippodrome, plus au sud. Inévitablement, tout nouveau projet dans ce secteur ajoutera à la circulation. 

Cela dit, Royalmount est conforme aux orientations du schéma d’aménagement de Montréal. C’est juste que ce schéma propose aussi de s’adapter aux changements climatiques et plaide pour les transports actifs et collectifs, ce qui est difficilement compatible le modèle de Royalmount construit autour de l’auto.

Cela rappelle les limites (et contradictions) des outils de planification du territoire. À quoi bon les beaux principes et les jolis documents en couleurs si au final, il est possible de construire n’importe quoi n’importe où, y compris le contraire de ce qu’on disait vouloir faire? 

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En quoi cela nous concerne-t-il à ce bout-ci de la 20? 

En rien à vrai dire.

Nos défusions ont causé quelques tracas de facturation, mais pas de grands débats d’aménagement. Nos commerces et autoroutes ne souffriront pas du projet Royalmount. 

On peut donc tranquillement vaquer à nos occupations. 

Ce n’est pas chez nous que l’on construirait de nouveaux mégacentres avec des bannières connues le long d’autoroutes encombrées ou qu’on planterait un projet pharaonique à l’endroit le plus congestionné de la ville.

Pas chez nous qu’on risquerait un gros projet susceptible d’aspirer tous les nouveaux pieds carrés de bureaux du voisinage. Pas chez nous qu’on autoriserait un projet qui irait à l’encontre des valeurs de développement durable auxquelles on dit croire. 

Québec et Lévis savent faire. Ce n’est pas comme à Montréal. Ici, nos choix d’aménagement sont cohérents, bien inspirés et servent toujours l’intérêt public et seulement l’intérêt public et non celui de promoteurs privés qui auraient l’oreille des élus.

J’espère que vous l’appréciez.