Le maire de Québec Régis Labeaume a répondu aux questions des journalistes du Soleil dans le cadre d'une entrevue éditoriale.

Quand le maire prépare son legs

CHRONIQUE / Après six mois à «ronger son frein» jusqu'à en «virer fou», le maire Labeaume «sort de sa coquille» et «recommence à être en forme», dit-il.
À la bonne heure, mais je n'ai toujours pas compris pourquoi M. Labeaume s'était senti muselé sur le débat du transport en commun ces derniers mois. 
L'argument de l'incertitude sur le tracé du SRB à Lévis ne l'empêchait pas, il me semble, d'expliquer le projet et en faire valoir l'intérêt général. 
Ça ne ressemble pas beaucoup au maire de Québec d'être aussi précautionneux à exposer ses points de vue. Je soupçonne que M. Labeaume avait dû sentir lui aussi un fléchissement des appuis au projet de SRB et a préféré ne pas aller au front tout seul.
Peut-être cela n'aurait-il rien changé, mais qu'y avait-il à perdre à essayer?
Cela dit, place à la prochaine campagne. M.Labeaume voit une «grosse différence» entre celle qui commence et les élections de 2013. 
«Je ne serai pas contre quelque chose», analyse-t-il. «Dans les dernières campagnes, j'avais toujours des ennemis [...] j'étais contre les syndicats [...] j'étais en mission sur les fonds de pension et les lois du travail».
Il envisage une campagne 2017 plus positive. «L'anti, ça ne sera pas moi», dit-il. Il fera ainsi campagne sur les thèmes du «raffinement» de la qualité de vie et de l'embellissement de la ville. 
De nobles objectifs. Ceux-ci risquent cependant d'être tassés sur l'accotement par le train du trafic, du troisième lien et du transport en commun.
Des adversaires ont déjà commencé à le définir comme le maire «anti-auto». 
Ce n'est pas ma perception. J'ai même souvent trouvé que le  maire avait des postures ambiguës pour ne pas dire contradictoires sur la place de l'auto et du transport en commun. 
Mais il s'expliquera avec ses adversaires. S'il espérait une campagne zen et sans ennemi, la réalité l'aura vite rattrapé.
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Régis Labeaume s'estime «trop jeune» pour parler du legs de son administration. «Je ne suis pas rendu là. Il y aura un moment pour parler de ça, je ne sais pas quand.»
On le sent cependant déjà sensible aux traces qu'il laissera. 
«Je suis comme tout le monde, quand je vais quitter, je veux avoir marqué la ville pour longtemps», dit-il. «J'espère l'avoir améliorée, sinon mon passage sur Terre aura pas servi à grand chose.»
Il considère qu'un «amphithéâtre, ça peut pas être le legs.» 
Cela fera partie des legs, dit-il, mais il pense à «des affaires qui vont marquer la ville pour des décennies» : les rivières, le fleuve et une promenade Samuel-De Champlain de pont à pont depuis Sainte-Foy jusqu'aux chutes Montmorency. 
Et n'écartons pas trop vite un legs de transport en commun, prévient-il.
Mais en attendant, c'est avec la mise en valeur des cours d'eau qu'il souhaite faire sa marque.
L'ennui est que la ville ne contrôle ni l'agenda ni les budgets, pour prolonger la promenade. Le rôle de la ville et du maire sera d'aller «chercher des mandats au gouvernement», dit-il.
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M. Labeaume n'est pas le premier à s'intéresser aux cours d'eau. Le retour au fleuve et aux rivières a été amorcé par le maire Lamontagne et s'est poursuivi depuis plus de 30 ans sous les maires et mairesses Pelletier, Boucher, Delisle, Langlois, Juneau, L'Allier, etc.    
Rien de nouveau, donc, mais lorsqu'il s'agit d'embellir et d'animer les espaces publics, je pense qu'une ville en fait rarement trop. 
J'imagine que ça devrait valoir aussi pour la plage de la batture de Beauport, dont le paysage et l'esprit sont menacés par le projet d'agrandissement du Port de Québec.
Ce n'est pas sous la juridiction de la ville, mais si le maire se montrait aussi sensible à la plage qu'à la promenade de Champlain, cela pourrait avoir son effet. 
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Le soutien aux grands événements (championnats de vélo et de ski, etc.) et à d'autres événements plus petits, comme les places éphémères, ne fait pas l'unanimité. 
Des aspirants à la mairie croient que la ville doit revenir à ses missions de base (rues, égouts, sécurité, ordures, etc.) afin de baisser les taxes. 
Le maire Labeaume pense au contraire que «le monde en veut des événements et aime ça» et rappelle que c'est en partie le gouvernement qui paie pour les grands événements. 
Quand vous serez tannés d'entendre parler de trafic, voici un autre bel enjeu pour réfléchir et vous changer les idées.