François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Deux conteneurs sont apparues sur la rue de la Promenade à Ste-Foy.
Deux conteneurs sont apparues sur la rue de la Promenade à Ste-Foy.

Quand la rue devient entrepôt

CHRONIQUE / Les deux conteneurs ont poussé sur le coin de la rue en fin de semaine dernière. Un en façade de la maison, l’autre sur la rue adjacente. 

La Ville de Québec a autorisé un nouveau propriétaire à y entreposer ses biens devant sa future résidence en attendant que celle-ci soit libérée par l’actuel propriétaire, à la mi-juillet.

Ce n’est pas l’usage que l’on imagine pour des voies publiques. Va pour des rues et trottoirs «encombrés» par des terrasses, des bacs à fleurs ou des bancs publics. Mais par des conteneurs d’entreposage?

Le permis d’occupation a été octroyé en vertu d’une nouvelle réglementation adoptée cet hiver. 

L’intention qu’avait alors la Ville était de limiter l’entrave des voies publiques par des échafaudage et conteneurs lors de travaux.

«L’occupation désordonnée de la chaussée et des trottoirs pose souvent des enjeux en matière de mobilité et de sécurité», fait-on valoir dans le sommaire décisionnel qui accompagne la réglementation. On pourrait y ajouter l’impact esthétique pour le voisinage.

L’occupation d’un espace public par des conteneurs ou échafaudages est parfois nécessaire lors de chantiers publics ou privés. Ou lors de rénovations intérieures où des propriétaires doivent sortir des meubles et les entreposer temporairement devant leur maison.

Jusqu’à cet hiver, Québec n’avait pas d’outil légaux pour encadrer cette pratique et limiter au besoin les abus.

Dans les faits, la réglementation crée l’obligation d’obtenir un permis d’occupation et prévoit un loyer payable à la ville en fonction de la durée.

Le libellé du règlement semble cependant avoir ouvert la porte à un usage qui n’était pas celui visé. 

Le texte permet «l’occupation temporaire de l’emprise de la rue aux fins d’entreposage ou nécessaire pour effectuer des travaux sur une propriété ou son entretien incluant les projets municipaux». 

L’entreposage auquel la Ville pensait alors était celui de matériaux de construction en lien avec des travaux en cours. Pas l’entreposage de meubles en vue d’un déménagement à venir.

Cet entreposage a beau être temporaire, ce n’est pas à cela qu’on veut que les rues servent. Une voisine a d’ailleurs porté plainte à la Ville. 

Dans le cas qui nous intéresse, celui de la rue de la Promenade à Sainte-Foy, l’occupation de la rue est une conséquence de la rareté des espaces traditionnels d’entreposage.

Le nouveau propriétaire a dû libérer sa maison et a tenté de louer dans un entrepôt jusqu’au déménagement dans sa nouvelle maison. Il dit ne pas avoir trouvé. Occuper la rue n’était pas son premier choix, assure-t-il, conscient que «c’est plate pour le visuel des gens». 

Mais il n’allait quand même «pas perdre la vente de sa maison pour une date de prise de possession». «On ne peut pas inventer du temps.» 

Il a donc loué deux conteneurs que la Ville l’a autorisé à placer à sa future maison, un en façade et l’autre sur la rue transversale. 

Au final, il s’en tire pour moins cher que dans un entrepôt. Le stationnement sur rue n’étant pas réglementé sur la rue de la Promenade, il n’y a pas eu à payer de permis ni de loyer d’occupation.

Le retard dans la livraison de logements, causé par la mise sur pause de l’économie, a provoqué des derniers mois une ruée vers les entrepôts. 

Des citoyens ont du libérer leur maison et la prochaine n’étant pas prête, il leur a fallu entreposer les meubles. 

C’est le cas chaque année dans les mois qui précèdent la période de pointe des déménagements, mais «c’est pire ce printemps», rapporte Jean-Christophe Ruel, gestionnaire des Mini-Entrepôts Méribec. 

Il y a des listes d’attentes et on n’arrive pas à répondre à la demande, décrit-il. «Les espaces se libèrent au compte-gouttes et se relouent le jour-même». Il redirige parfois des clients vers des concurrents, mais c’est partout pareil comme on a pu le voir dans d’autres médias.


On comprend que la situation de ce printemps est exceptionnelle à cause de la COVID. Le cas de la rue de la Promenade est peut-être une exception aussi. Et puis on peut se le dire, objectivement, il y a pire que de devoir endurer des conteneurs (ceux-là sont très propres) dans son voisinage pendant quelques semaines.

Mais on ne voudrait pas que cela devienne une habitude. Si le règlement municipal y ouvre la porte, peut-être faut-il penser à l’ajuster. 

L’intention de la Ville de Québec était de limiter l’encombrement des voies publiques par des conteneurs et échafaudages. Pas de consacrer des usages non souhaitables de la rue.