Alexandre Bissonnette est décrit comme un être antisocial et malheureux, rejeté, raillé et intimidé depuis l'école primaire. 

Profil d'un loup solitaire

CHRONIQUE / Les attentats terroristes ont souvent pour effet d'exacerber la méfiance. On pleure les victimes tout en faisant les additions et les amalgames.
Voyez, encore un islamiste, et la communauté musulmane devient chaque fois un peu plus suspecte, même si elle n'y est pour rien et est aussi une victime. 
L'attentat de Québec aura je crois l'effet contraire. Celui de rapprocher plutôt que de diviser.
On l'a senti toute la journée de lundi et davantage si ça se trouve lors de la vigile en soirée au coeur du vieux village de Sainte-Foy, entre la mosquée et l'église. 
Des milliers de citoyens sans religion venus dire qu'ils habitent le même village et partagent la même peine.
C'est délicat à dire mais montrer sa sympathie à la communauté musulmane semble plus facile aujourd'hui qu'elle est victime que les jours où les forcenés se réclament de l'islam.
Pour la deuxième fois en un an, Québec vient donc d'être rattrapée par le terrorisme.
D'abord, six Québécois catholiques tués à Ouagadougou par des islamistes; aujourd'hui, six Québécois musulmans tués à la maison par un catholique. L'histoire a parfois d'étranges et troublantes symétries.
Alexandre Bissonnette, 27 ans, habitait encore chez ses parents à Cap-Rouge. Toutes les apparences d'une bonne famille.
La page Facebook publique du jeune homme en était le reflet. Des photos de famille, dont celles de la fête de grand-maman; des albums d'enfance où on le voit avec son frère jumeau ou son père; des images de party, des témoignages d'affection de proches, etc.
Le profil exemplaire d'un garçon doué, un peu nerd, intéressé par les sciences, les lettres et la politique. D'un garçon qui a traversé le cégep avec une cote de R-36 ou 37, la plus haute ou presque qu'un étudiant puisse obtenir.
Rien dans ce profil qui puisse laisser présager la suite, à moins de voir un symbole dans le fait qu'il avait partagé une vidéo de Megadeth.
Ou d'avoir partagé cette photo l'automne dernier où on le voit, drapé tout de noir dans un costume d'Halloweeen de Grande faucheuse.
Il ne faut pas se fier qu'aux apparences. La face cachée du Facebook d'Alexandre Bissonnette, celle qui n'était accessible qu'aux «amis», si le mot veut dire ici quelque chose, montrait un autre garçon.
Plus engagé, plus dérangé. Il y partageait des pages islamophobes et d'extrême droite. Dr Hyde aimait Trump, prenait position contre l'immigration, contre la gauche, les féministes, etc.
Je n'ai pas compris qu'il y exhibait des armes comme on l'a vu parfois chez d'autres jeunes terroristes, mais son ton était devenu plus intense depuis une dizaine de jours, avait remarqué un «ami».
Les témoignages de voisins et anciens camarades de classe recueillis par les médias avaient révélé des pans importants de l'enquête bien avant les mises en accusation officielles.
Le mot «loup solitaire» prend ici tout son sens.
Le jeune homme y est décrit comme un être antisocial et malheureux, qui fut rejeté, raillé et intimidé depuis l'école primaire où il était plus petit que les autres.
Un ancien camarade de sa classe de 6e à l'école des Grandes-Marées m'a raconté qu'un jour, la professeure avait interrompu le cours pour faire plutôt une leçon sur les dangers de l'intimidation.
Alexandre n'était pas dans la classe mais tous savaient que c'est de lui dont il était question.
L'intimidation est une trajectoire connue et un terreau fertile pour le terrorisme. Il suffit ensuite d'y semer la haine et de la canaliser pour faire pousser une bombe à retardement.